Dernière modification le 08/11/2011 à 09h12

Même si peu d'entre nous s'en souviennent, nous rêvons tous. Toutes les nuits. Du moins s'il s'agit du rêve ordinaire. Car les guerriers du NagualVoir page ont une autre sorte d'activité pendant leur sommeil. Ce don particulier émerge au fil d'une pratique rigoureuse que les sorciers appellent l'art de Rêver.
Carlos Castaneda,Voir page en décrivant son initiation au Nagualisme auprès d'un sorcier yaqui du Mexique, qu'il nomme Juan Matus, nous montre comment les sorciers changent l'image qu'ils ont du monde. Pour y parvenir, ils doivent « stopper le monde »Lire page ce qui va leur permettre de Voir.Lire Voir Après cette première étape, l'apprenti sorcier doit apprendre à contrôler ses rêves. Pour y parvenir, lui avait dit Juan Matus, tu dois arriver à voir le dos de tes mains dans ton rêve. Et tes mains dirigeront ton rêve.

Des années durant, sans succès notable, CastanedaVoir page a essayé de voir ses mains dans ses rêves. Il a fini par se décourager et abandonner cette pratique qui ne lui réussissait pas. Et une nuit, il a vu ses mains. Il a appris à se diriger avec ses mains. Peut-être aurait-il réussi plus vite s'il ne s'était pas polarisé uniquement sur « voir le dos de ses mains ». Ce genre de consigne devient une idée fixe qui paralyse le libre-exercice de la Règle. Il vient un moment, sur le chemin du guerrier, où l'art de Rêver est au programme.
Alors le guerrier s'attelle à cette tâche parce qu'il est impeccable. Pour voir, pour stopper le monde comme pour rêver, il n'y a pas d'instruction particulière, ça arrive quand ça doit arriver. Il est inutile, et même stupide, de s'entêter avec la force illusoire du mental, comme l'a fait Castaneda, alors qu'un simple lâcher-prise permet de réaliser la prouesse sans y penser. C'est pourquoi, le simple fait d'en parler risque de créer de nouvelles barrières, celle que le mental borné ne va pas manquer de lever sur la route.
On peut toujours en parler, ça ne changera rien. Ajouter des mots derrière les mots n'est souvent qu'une fuite causée par la peur. Tant qu'on parle, au moins, on reste dans le mental. Ça rassure. « Chaque guerrier possède sa propre manière de rêver, et chaque manière est différente. La seule chose que nous avons tous en commun est que nous rusons pour nous forcer à abandonner la quête. Pour contrecarrer cette tendance, il faut persévérer en dépit de toutes barrières et déceptions. » (source)Castaneda, Histoires de pouvoir, page 19

D'abord suspendre le dialogue intérieur. La méditation, dos droit, tête vide, avec ou sans exercices respiratoires, est le moyen traditionnel qu'on préconise pour interrompre le dialogue intérieur. C'est un moyen, oui, mais ce n'est ni le plus efficace, ni le plus rapide. Le dialogue intérieur s'interrompt dès que le point d'assemblagePour ceux que cette notion castanedienne intéresse, un article est en préparation sur ce thème. Il sera accessible en cliquant ici. sort de sa position standard. L'inverse est également possible, c'est le coup du Nagual. La technique la plus rapide, mais c'est forcer l'ego d'autrui.
Les sorciers yaquis, eux, ne s'embarassent pas de scrupules. On a tous besoin d'être poussé pour avancer, disent-ils. Mais de quoi s'agit-il ? Le coup du Nagual est une des techniques utilisées par le sorcier pour faire passer son apprenti en conscience accrue. Un raccourci de sorcier, en somme. Ce coup, donné entre les deux omoplates, comme disait Castaneda,Voir page est en fait un choc léger que donne le sorcier voyant sur un petit point brillant qu'il perçoit dans la luminosité de l'aura. Ce point brillant s'appelle le point d'assemblage.
Le coup du Nagual a pour effet de catapulter l'apprenti à peu près n'importe où dans ce monde, ou dans le temps, ou dans les espaces infinis. Le Nagual offre ainsi la possibilité à son apprenti de stopper le monde et de voir. Ça lui permet aussi d'assembler un autre monde, c'est à diredans la langue du Nagual de découvrir une nouvelle position du point d'assemblage, cadeau de pouvoir définitif. Ainsi le Nagual prête son énergie à son apprenti pour lui donner un aperçu de ce qui l'attend.

Hélas, on n'a pas toujours un Nagual à portée de main, me dira-t-on. En fait, si. Quand le moment sera venu, le Nagual viendra à vous. Ouvrez grand l'oeil fée, vous le reconnaîtrez. En attendant, voici quelques aperçus des méthodes utilisables pour Rêver. "Depuis des années, j'aime faire une sieste après midi. Quand j'étais en apprentissage chez mon benefactor, je m'endormais sur un canapé, profondément, allant même jusqu'à ronfler, au beau milieu des guerriers et des apprentis réunis autour de mon benefactor pour l'écouter conter ses histoires de pouvoir.
Je dormais profondément sans pour autant cesser de suivre la conversation qui se déroulait par-dessus mon corps endormi. Si bien qu'à certains moments, sans me réveiller le moins du monde, j'intervenais dans la conversation. C'est devenu un jeu entre mon benefactor et moi. Il s'adressait soudain à mon corps endormi, qui lui répondait d'une voix sépulcrale, entre deux ronflements. C'est ainsi que j'ai appris à me diriger dans mes rêves. Rêver, c'est vivre une sortie de corps en pleine conscience.
J'ai connu ma première sortie de corps consciente à l'âge de seize ans. Disons, c'est la première dont je me souvienne. Je n'en ai parlé à personne, persuadé que j'avais intérêt à cacher ça comme une maladie honteuse. Et j'ai bien fait. Sinon, je n'aurais jamais eu une adolescence normale. Enfin presque. J'avais tout de même une passion sigulière, dérivée de mes sorties de corps : explorer les toits de Paris. Avec un ami de mon acabit, nous avons vécu des courses passionnantes, vertigineuses et célestes.

Rêver, c'est vivre un dédoublement de soi, une bilocation, pour parler pédant. Vous êtes à la fois endormi et éveillé, à la fois ici et là, à la fois vivant et vivant. L'un des deux est un double, mais votre conscience est dans l'un comme dans l'autre. Pas en même temps. En alternance. Etrange sensation. Il y a quelques années, j'ai voulu prendre un bain de mer sous la pleine lune de Février. La Manche était glaciale, mais je n'ai rien senti. J'étais ailleurs. J'ai nagé vers le large, c'était marée decendante, je me sentais bien.
Puis je me souviens m'être dit "arrête, dès que tu vas dépasser la pointe, tu seras pris par le courant du large, tu vas te noyer" mais c'est resté lettre morte, j'ai continué à nager vers le noir, la nuit sans fin, vaste comme la mer, et froide aussi. Plus tard, quand le courant m'a pris, je me suis dit "tu vas te noyer" mais c'était une simple constatation comme s'il s'agissait d'un autre, d'une fourmi, d'un insecte sans importance, et tout était bien ainsi. Alors j'ai eu l'image d'un de mes lieux de pouvoir derrière moi sur la côte.
Un rocher magique où j'aimais m'asseoir face au large. Soudain je me suis retrouvé sur ce rocher. Sans m'en rendre compte, je m'étais arraché à l'étreinte de l'eau glacée, j'avais fait un bond de plusieurs kilomètres, jusqu'à ce rocher sur la falaise. Non, c'est encore pire que ça. A la même seconde où je me laissais couler bas dans l'eau glacée, j'étais assis sur cette falaise, face à la nuit noire, en écoutant le bruit monotone des vagues sur la plage en contrebas. Oui, j'aurais pu me dire que j'avais rêvé.

Mais j'avais le souffle court, rapide. J'étais épuisé comme après un effort soutenu. Et mes vêtements étaient trempés. Je frissonnais sans pouvoir m'arrêter. Tant bien que mal, je me levais, je partis dans une course hésitante vers ma chaumière, à travers les arbres. Je claquais des dents, mes vêtements pesaient comme du plomb glacé, et pourtant des suées m'inondaient le visage et le torse.
Un nuage est passé sur la face ronde de la lune. J'aurais juré qu'elle m'avait fait un clin d'oeil." (source)Stephane Kervor, inédit

Cet article est le quatrième volet d'une série consacré à Carlos Castaneda et au Nagualisme, constituée des articles suivants : 1-Carlos CastanedaLire page 2-VoirLire page 3-Stopper le mondeLire page