Niveau 4 : La mémoire de cristal

La Roche aux Fées

Dernière modification le 10/12/2011 à 15h12

Te voici  dans toute ta splendeur, dame de haute magie. La Roche aux Fées, photo  XS

 

Tu trônes sur une colline douce, en terre d'Armor, sous bosquet du bocage rennais. Tu es la perle bretonne des temples mégalithiques.Sans doute l'équivalent français d'une autre allée couverte célèbre, celle de page

 

En approche par l'est, on s'arrêtera au bout du chemin qui vient du parking. C'est la bonne distance pour un premier contact.Pour te trouver, on suit tout un lacis de routes et de chemins, Retiers, Janzé, Essé, ça y est. On te découvre sous tes deux gardiens, le Châtaignier Boulu et le Chêne Triple, qui te font un écrin de verdure. Et toi, cathédrale du fond des temps, dinosaure parmi les pachydermes,Nom que donne J.J. Beinex aux très vieux arbres. Voir page tu fais ta modeste entre leurs deux piliers vivants. L'approche est précise, et précieuse. A vingt mètres de ta gueule ouverte, béance tellurique, je me fige sur la prairie. J'ai senti sur la "peau" élastique de mon aura la légère résistance exercée par la tienne : je touche à ton premier cercle. Marquons la pause.

 

Le monument vu du sud-est. La Roche aux Fées, photo XSDebout sur le premier cercle, je te regarde, chemin de la Jérusalem Céleste. Je m'imprègne de ton image, ce qui laisse à ta mémoire le temps de me reconnaître et de s'ouvrir. Ton premier cercle correspond à la limite extérieure de ton aura, belle dame de pierre et d'énergie. Cette aura mesure une quarantaine de mètres de diamètre. Préliminaire important, le premier contact entre les auras va déterminer la suite. Tu es vivante, mais ton rythme de vie est beaucoup plus lent que le mien. Il faut donc s'apparier.

 

Vers le Chêne Triple, ton second gardien. La Roche aux Fées, photo XSÇa y est, tu m'as humé, la très légère résistance de ton aura vient de fondre, tu m'as ouvert ta première porte. A quelques mètres de toi, je me détourne et me dirige vers le Chêne Triple, ton second gardien. Le laissant à ma droite, je poursuis mon cercle autour de toi, dans le sens des aiguilles d'une montre. Après ce premier tour, j'en ferais encore deux autres, toujours dextrogyres. Je m'arrête au pied du Châtaignier Boulu, ton premier gardien. Jamais je ne manque de le saluer, assis sur sa souche en boule.

 

Le Châtaignier Boulu, ton premier gardien, aurait cinq mille ans d'âge !??   La Roche aux Fées, photo XS"Le Chataîgnier gardien mérite bien le titre de Vénérable. Marie la Gardienne m'a conté son histoire. Il y a 20 ans, Marie tenait table d'hôte à deux pas de la Roche. Elle se considérait comme sa gardienne humaine, aussi avait-elle le plus grand respect pour ses gardiens végétaux. Un jour qu'elle lisait avec moi dans la mémoire du Châtaignier, elle se détacha du tronc, pensive. "Tu crois qu'un arbre peut vivre cinq mille ans?" me demanda-t-elle. Désarçonné par cette question saugrenue, je ne répondis rien.


Sous les plis boulus de son énorme souche une pierre est bloquée peut-être depuis ta construction, il y a 5000 ans ?  La Roche aux Fées, photo XSLe Châtaignier venait de lui donner son âge : "J'ai connu cinq mille hivers."Voir page De sa souche énorme et tourmentée jaillissent de multiples rejets. Un jour, l'un d'eux, plus vigoureux que les autres, détrônera le tronc mort de ce Châtaignier pour prendre sa place, comme ça a dû se passer déjà tant de fois! S'agit-il toujours du même arbre ? Issu du même réseau racinaire, chaque nouveau rejet partage la même conscience végétale. Oui, c'est donc le même arbre. Un tel processus peut-il se poursuivre pendant cinq mille ans ?" (source)Jean-Claude Flornoy, correspondance, inédit. Voir la version complète sur son site

 

Ton second gardien, le Chêne Triple, a l'air d'un gamin avec ses deux cent cinquante hivers. Le Châtaignier Boulu serait 20 fois plus vieux !Je reprends mon chemin jusqu'à ton second gardien, le Chêne Triple. Voici son histoire d'arbre sacré telle qu'il me l'a contée lui-même. Un soldat allemand, un homme qui t'aimait, ma grande, a planté ce chêne il y a deux siècles, pour te servir de gardien. Il avait apporté un gland de Bavière, qu'il avait gardé dans sa poche pendant bien des heures de feu et de sang, sans trop savoir pourquoi, un peu comme un porte-bonheur, un souvenir de sa terre natale. Dès qu'il t'a vue, il a su qu'il n'était venu que pour toi.

 

Un homme avait apporté un gland d'un chêne de Bavière qu'il a planté près de toi. Ce gland a donné un magnifique chêne triple, ton second gardien. Photo Wikipedia CommonsJ'imagine que le Châtaignier devait être mal en point quand cet homme est venu. Il a dû craindre que le châtaignier ne vienne à mourir, te laissant sans gardien végétal. Alors il a fait don à la terre bretonne de son porte-bonheur, et le gland devint ce grand chêne. Mais le Châtaignier s'est renouvelé depuis, grâce aux rejets de sa souche. Et tu t'es retrouvée avec deux gardiens, le Châtaignier pour sa longévité, le Chêne pour sa puissance. Je prends soin de boucler mes trois tours avant d'entrer.

 

Le plus grand   dolmen de France est une très vieille dame aux allures modestes, qui   mérite tous les égards des visiteurs

 

L'entrée du Sidhe, le paradis souterrain des Tuatha Dé Danann. La Roche aux Fées, photo XSAlors je m'arrête juste devant ta béance, en quoi la légende voit une porte du Sidhe.Voir Tuatha Doucement, j'appuie mon front sur la pierre faîtière de ton trilitheTrois monolithes assemblés en arche d'entrée. Ici ai-je lu dans ta mémoire le souvenir des hommes qui ont taillé et levé ce trilithe, longtemps après que les dieux t'ont faite et défaite. Quand tes bâtisseurs ont quitté cette terre, ils n'ont pas voulu que ta puissance terrifiante tombe en de mauvaises mains. Sans prendre la peine de te démolir toute, ils t'ont juste désaffectée.

 

Plusieurs de tes pierres latérales ont été soufllées par une antique explosion. La Roche aux Fées  photo XSPlusieurs de tes pierres latérales ont été soufflés par l'explosion d'un noeud d'énergie que tes bâtisseurs avaient fait grossir en toi. Après cette explosion, tu n'avais plus d'usage. Ta force d'éveil s'était dissipée, tu n'étais plus qu'un squelette de grandes pierres et le vent soufflait entre tes murs. Des longues années ont passés sur ton silence. Un jour, d'autres hommes sont venus te voir. Ils ont décidé de te remettre en marche, mais leurs pouvoirs étaient moins grands que ceux des dieux qui t'ont bâtie.

 

Par quelle   féérie suis-je arrivée ici, je vous le demande ?

 

En arrière plan le trilithe montre ses formes géométriques et ses angles droits, qui contrastent avec les formes naturelles et les courbes des autres mégalithes. La Roche aux Fées, photo XSCes hommes-là ont taillé trois grandes pierres, bien équarries, qui ne ressemblent pas à tes autres pierres. Avec ces pierres ils ont bâti le trilithe d'entrée qui t'a rendu la vie. Pour quelques siècles tu as repris ton activité d'antan, tu es redevenue la grotte sacrée, la fille du tonnerre. La foudre a grondé sur ta voûte, des guerriers ont tremblé sous ses coups, les éclairs les ont auréolé de vapeurs blanches et violettes, distillant tout autour une puissante odeur d'ozone. Ces hommes étaient sans doute des Tuatha.Voir page

 

Pour entrer chez toi, le plus fier des guerriers devra courber l'échine. La Roche aux Fées   photo XSTandis que les premiers bâtisseurs, aux pouvoirs bien supérieurs, appartenaient à la civilisation prédiluvienne d'Atlantide, celle des dieux d'avant.Voir page Ces images s'effacent alors. Au relâchement de la pression subtile sur mon torse, je sens la dernière porte s'ouvrir. Je peux entrer dans l'allée couverte. Pour ça, je dois me courber, car l'arche du trilithe est fort basse. Certains préfèrent entrer par tes portes latérales, que j'appelle tes ouïes, et par où je préfère sortir. Il ne faut pas craindre de se courber bien bas.

 

Sous ta voûte de blocs énormes, d'autres monolithes séparent des chambres ou chapelles latérales.Dans ta nef, je peux me redresser. Comme bien des allées couvertes moins vastes que toi, tu disposes de « chapelles » latérales, qui rappellent les cathédrales. On constate que le plan des temples est resté le même pendant des millénaires. Les règles de la construction sacrée, retrouvées par les compagnons médiévaux, sont déjà encodées dans les allées couvertes. Je m'avance jusqu'au saint des saints, la pierre majeure qui forme le fond de ta nef, à la place du choeur, et je m'y adosse.

 

Au fond, dans l'ombre, la pierre mémoire et le "point du célébrant"   La Roche aux Fées   photo XSJe me trouve sur ce point d'énergie que les géobiologues appellent, dans une église, le point du célébrant. A ce point précis s'ouvre la porte du Sidh.Voir Tuatha S'y tenir ouvre la porte de l'autre monde. A ce point-là, emporté sur l'aile de pierre de tes souvenirs, j'ai vécu d'innombrables aventures intérieures. J'ai vu comment les Gaulois, pour qui ta nef était déjà très antique, ont utilisé tes vibrations puissantes. Les guerriers en apesanteur montaient comme bulles de savon  se coller à ton plafond.

 

L'art de l'entrelacs est un vieux   rituel celtique visant à entrer dans l'attention seconde. Un procédé   hypnotique maîtrisé…

 

Morrigan, par GaudenziIls erraient là des heures durant, poursuivant des visions de lumière et de vent. Ces hommes farouches redevenaient de petits enfants dans le vent de l'Infini. Filant à rebrousse-temps, j'ai vu comment les dieux d'avant avaient construit ton arche de pierre, et par quelle puissante magie ils t'avaient fait naître. C'était bien des millénaires avant les Gaulois, au temps des géants,Voir page lointaine époque des mages et des prodiges. Celui qui t'a bâtie était un prêtre, vêtu d'une robe blanche.

 

© Gaudenzi, SadbBlanc de peau, ses yeux étaient bridés, ses cheveux clairs coupés ras laissaient voir la peau de son crâne. Il mesurait près de 3 m. Mais ce n'est pas lui qui a soulevé tes roches de couverture. En tout cas, pas avec ses muscles. Après une sorte de méditation, la peau de son crâne se mit à gonfler, formant une sorte de bulle au-dessus de la fontanelle. Et cette vésicule a émis un son stridulant aux harmoniques très basses, dont les modulations semblaient froncer le paysage comme les rides sur un étang.

 

© Gaudenzi, OgmaIl m'a rappelé ce son qui vient de nulle part, qu'on peut produire en frottant des bols tibétains. Il semblait sortir totalement de la sphère sonore et envahir l'image. Des jeunes gens que je n'avais pas remarqué se sont mis en cercle autour d'une grande pierre. Leurs mains ont encerclé la pierre, sans la toucher, tout près d'elle, tandis que les modulations du son la décollaient du sol. Guidées par les enfants, l'énorme pierre est venue se poser, dans un bruit ouaté, à la place où elle est encore.

 

C'est ta pierre de faîte la plus lourde, celle qu'on appelle le Clocheton. La Roche aux Fées, photo XS

 

Une fontaine bouillonnante où les baptêmes païens furent célébrés jadis par les druides gaulois. © Gaudenzi, DianCechtC'est ta pierre de faîte, la plus lourde, qu'on appelle le clocheton. Porté par le son de nulle part, je l'ai vue flotter sous les doigts des jeunes. J'ai vu d'autres séquences de ta construction, j'ai vu ta mise en service, quand tu étais recouverte d'un tumulus de terre. Ces hommes faisaient de grands prodiges, et la foule venue les admirer formait un cercle respectueux à bonne distance.Environ 220 mètres, comme nous l'avons mesuré A ton nord-est, sur ce cercle, tu m'as révélé la source bouillonnante qui était sacrée pour les Celtes.

 

L'art de l'entrelacs est un vieux rituel celtique visant à entrer dans l'attention seconde. Un procédé hypnotique maîtrisé…

 

Chère magicienne des souvenirs, chère Roche aux Fées !

A chaque visite, je reprends ce rituel qui me va.

 

Voyages dans la mémoire de la Roche aux Fées : rencontre avec Merlin

 

Chaque fois tu m'as offert des voyages qu'on n'oublie pas. Il suffit de venir vers toi le coeur humble, l'esprit ouvert et le corps affûté.

 

 

L'art de   l'entrelacs est un vieux   rituel celtique visant à entrer dans   l'attention seconde. Un procédé   hypnotique maîtrisé…

 

 


Rainer Maria RilkeLe monde est vaste

mais en nous

il est profond comme la mer

 

Rainer Maria Rilke


 

Cette page fait état d'un très antique rituel, celui du Clan des Loups,Voir page

tel qu'il a été transmis par Jean-Claude Flornoy.Voir site

Qu'il en soit ici remercié.