Cathédrales païennes

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L’art des cathédrales gothiques, au détour du haut Moyen Age, fait irruption dans un  décor qui ne lui ressemble guère. Les thermes gallo-romains, les temples païens de la Gaule, les cryptes mérovingiennes et les églises carolingiennes n’ont rien à voir, rien à entendre, rien à sentir avec les cathédrales gothiques.

Non seulement plus complexes, plus élancées, plus ornées, plus élaborées dans des proportions plus considérables, les cathédrales ont un atout maître : l’excellence vibratoire contenue sous la voûte, dans la nef de pierre. Mais commençons par le début : le profane mène au sacré.

« La langue de pierre que parle cet art nouveau est à la fois claire et sublime. Aussi, elle parle à l’âme des plus humbles comme à celle des plus cultivés. Quelle langue pathétique que le gothique de pierres ! Une langue si pathétique, en effet, que les chants d’un Orlande de Lassus ou d’un Palestrina, les oeuvres d’orgue d’un Haendel ou d’un Frescobaldi, l’orchestration d’un Beethoven ou d’un Cherubini, et, ce qui est plus grand que tout cela, le simple et sévère chant grégorien, le seul vrai chant peut-être, n’ajoutent que par surcroît aux émotions que la cathédrale cause par elle-même. Malheur à ceux qui n’aiment pas l’architecture gothique, ou, du moins, plaignons-les comme des déshérités du coeur. » (source)J. F. Colfs, La Filiation généalogique de toutes les écoles gothiques, Paris, Baudry, 1884

Fulcanelli, l’illustre Fulcanelli dont on sait si peu de choses, lui qui en savait tant, a été touché à jamais dans son jeune âge par la découverte de ces merveilles médiévales. Esotériste, cabbaliste, hermétiste et d’abord alchimiste, le mystérieux Fulcanelli n’a pas senti tout à fait l’énergie à la façon moderne des géobiologues, il l’a pourtant pressentie. La cathédrale gothique, ses ineffables splendeurs, ses secrets et ses nombreux rituels anciens furent son domaine d’excellence. Qui mieux que lui pour en faire le portrait ? 

 

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« Sanctuaire de la Tradition, de la Science et de l’Art, la cathédrale gothique ne doit pas être regardée comme un ouvrage uniquement dédié à la gloire du christianisme, mais plutôt comme une vaste concrétion d’idées, de tendances, de foi populaires, un tout parfait auquel on peut se référer sans crainte, dès qu’il s’agit de pénétrer la pensée des ancêtres, dans quelque domaine que ce soit : religieux, laïque, philosophique ou social.

Les voûtes hardies, la noblesse des vaisseaux, l’ampleur des proportions et la beauté de l’exécution font de la cathédrale une oeuvre originale, d’incomparable harmonie, mais que l’exercice du culte ne paraît pas devoir occuper en entier.

Si le recueillement, sous la lumière spectrale et polychrome des hautes verrières, si le silence invitent à la prière, prédisposent à la méditation, en revanche l’appareil, la structure, l’ornementation dégagent et reflètent, en leur extraordinaire puissance, des sensations moins édifiantes, un esprit plus laïque et, disons le mot, presque païen. On peut y discerner, outre l’inspiration ardente née d’une foi robuste, les mille préoccupations de la grande âme populaire, l’affirmation de sa conscience, de sa volonté propre, l’image de sa pensée dans ce qu’elle a de complexe, d’abstrait, d’essentiel, de souverain. » (source)

Ici Fulcanelli aurait pu développer, s’il avait pu sentir qu’au delà – ou en deça ? – de la prière et de la méditation, il y a cette vibration tellurique qui nous grandit, qui nous pousse vers la voûte, vers la cime de notre être, il y a ces ondes scalaires, multipliées par les pierres polarisées, formant le creuset où s’opère la fusion entre l’être et son âme.

Il aurait pu décrire les effets purement physiques de la voûte, dont le rôle est d’envoûter, et de la nef de pierres aux polarités alternées, qui crée sur le corps et son énergie un effet stimulant, et donne une élévation qui n’est pas dûe à la foi, profane ou sacrée, catholique ou païenne.

L’élévation vient en droite ligne de l’intention des bâtisseurs sacrés, les compagnons du moyen-âge, les enfants de la Mère l’Oie et leur langue des Oisons.

« Si l’on vient à l’édifice pour assister aux offices divins, si l’on y pénètre à la suite des convois funèbres ou parmi le joyeux cortège des fêtes carillonnées, on s’y presse également en bien d’autre circonstances. On y tient des assemblées politiques sous la présidence de l’évêque; on y discute le prix du grain et du bétail; les drapiers y fixent le cours des étoffes; on y accourt pour quérir le réconfort, solliciter le conseil, implorer le pardon. Et il n’est guère de corporation qui n’y fassent bénir le chef d’oeuvre du nouveau compagnon et ne s’y réunissent, une fois l’an, sous la protection de leur saint patron.

 

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D’autres cérémonies, fort attrayantes pour la foule, s’y maintinrent pendant la belle période médiévale. Ce fut la Fête des Fous, – ou des Sages, – kermesse hermétique processionnelle, qui partait de l’église avec son pape, ses dignitaires, ses fervents, son peuple, – le peuple du moyen âge, bruyant, espiègle, facétieux, débordant de vitalité, d’enthousiasme et de fougue – et se répandait dans la ville… Satire hilarante d’un clergé ignorant, soumis à l’autorité de la Science déguisée, écrasé sous le poids d’une indiscutable supériorité. 

Ah ! La Fête des Fous, avec son char du Triomphe de Bacchus, traîné par un centaure et une centauresse, nus comme le dieu lui-même, accompagné du grand Pan; carnaval obscène prenant possession des nefs ogivales ! Nymphes et naïades sortant du bain, divinités de l’Olympe, sans nuages et sans tutu: Junon, Diane, Vénus, Latone se donnant rendez-vous à la cathédrale pour y entendre la messe ! Composée par l’initié Pierre de Corbeil, archevêque de Sens, selon un rituel païen et où les ouailles de l’an 1220 poussaient le cri de joie des bacchanales : Evohé ! Evohé !

Et les escholiers en délire de répondre : Ce jour est célèbre parmi les jours célèbres ! Ce jour est jour de fête parmi les jours de fête ! » (source)

Fulcanelli savait-il lui aussi voyager sur la ligne de temps ? On pourrait le croire, tant sa description sent le vécu. Pourtant, malgré ses délires parfois capilotractés,tirés par les cheveux il n’aborde pas l’aspect énergétique. Il tourne autour et nous laisse à la porte, au grand portail du mystère sacré.

Il le pressent pourtant, il l’évoque presque, au dernier moment il semble y renoncer pour décrire, avec quelle truculence, le délire d’une foule où chacun s’éclate, porté par un rituel qui ne doit rien ni au Christ Jésus, ni à Marie, ni au Bon Dieu, le grand absent, qui laisse ses concurrents et prédécesseurs, les dieux païens, lui ravir pour un jour la vedette et l’adoration des fidèles.

Tout se passe comme si la véritable puissance d’éveil concentrée dans les cathédrales gothiques et leurs cryptes romanes ne s’était épanouie que très récemment. Je peux même dater cette éclosion : début des années 1980. Comme le sida. On cherchera vainement un rapport, hormis le fait qu’un grand mal est souvent donné en même temps qu’un grand bien. L’un comme l’autre ne sont ni perçus ni reçus par tous. Mais ils s’affirment et font tache d’huile, sans remède, sans répit. 

Les méandres de la guérison et les mystères des ondes scalaires, tous deux étroitement liés à l’énergie des cathédrales et des mégalithes – c’est la même – pourront-ils venir à bout de cette maladie qui ressemble à un sort funeste ?

 

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Deux hommes regardaient par les barreaux de leur prison. L’un vit la boue, l’autre les étoiles.
Idries Shah