Le dragon de l’ego

 

Il y a quelques temps, j’ai publié un article où il était question de l’ego, et comment ce mécanisme de protection devient, au fil de l’évolution intérieure, un blocage insurmontable. Un lecteur m’a fait part de ses difficultés à ce sujet, en me demandant comment j’avais fait pour résoudre le problème.

Désolé de te décevoir, ami lecteur : je n’y suis pas arrivé. Impossible de résoudre définitivement le problème de l’ego. Cela n’est pas donné aux humains, je le crains. En d’autres temps, Jeff Gros-Sel m’a ouvert les portes de l’autre monde. Je lui dois cette deuxième vie qui a pris racines dans la première, celle que mes parents m’ont donné. Mon benefactor a retrouvé tout un tas de choses précieuses, une foule de savoir-faire enfouis dans la nuit des temps. Il les a transmis à quelques explorateurs de l’astral dont j’ai eu la chance de faire partie.

J’avais déjà couru le monde à la recherche de moi-même, pendant ma jeunesse. Se chercher soi-même comporte un grand risque, celui de renforcer son ego. Sans ego, l’être humain ne peut vivre. Avec un ego puissant, l’être humain ne peut se diviniser. L’ego, disait Jeff, c’est la seule part de nous-mêmes qui ne peut connaître l’éveil. Un ego dominant est utile dans le monde matériel, il devient un handicap majeur dans le monde spirituel. Jung ne disait pas autre chose : 

On consacre la première moitié de sa vie à se forger un ego solide, et la seconde moitié à s’en débarrasser. (Carl Gustav Jung)

Si l’on ne peut se débarrasser de l’ego, et si l’ego s’oppose à l’éveil, en toute logique il est impossible de s’éveiller. Pourtant l’éveil existe. Comment concilier ces deux vérités ? Là encore, la voie du milieu est la solution. Je ne peux tuer mon ego, sinon je meurs. Mais je peux le maintenir dans des limites qui n’empêchent pas l’éveil. Jeff racontait l’histoire des deux saints chrétiens qui ont combattu le dragon de l’ego. Il s’agit de saint Georges et de Saint Michel. Saint Michel est le seul à avoir terrassé le dragon. Mais Saint Michel n’est pas un homme, c’est un archange. A ce titre, il peut très bien vivre sans ego. Les anges sont portés par le Soi. Eternel, infini, total, le Soi se confond avec l’éveil. Certains l’ont rencontré en astral, ils l’appellent l’être de lumière. Je dis que c’est notre âme. Et Saint Georges, n’a-t-il pas vaincu le dragon ? Pourtant il était humain, lui. Petite précision : Georges n’a pas terrassé le dragon, il l’a blessé pour le mettre en fuite. Grosse différence ! 

Tant que le maître est absent, le contremaître est aux commandes. Dès que le maître arrive, le contremaître doit lui laisser la place. Tant que l’âme éternelle n’est pas incarnée, l’ego tient le haut du pavé. Pour que l’âme s’incarne, il faut et il suffit que l’ego soit discret. Le mettre en fuite est une tactique efficace, sachant qu’il va revenir tôt ou tard. L’ego revient toujours, habitué qu’il est à diriger, à décider. Pour l’ego, entrer dans la lumière blanche de l’éveil est une façon de mourir. L’ego sait qu’au bout du chemin de l’éveil, l’être va fusionner avec la conscience universelle, et lui, l’ego, va retourner au néant. Alors il résiste, il se bagarre avec l’énergie du désespoir. Et il nous fout dans la merde. Tant qu’on agit dans le monde matériel, l’ego est notre bouclier. Dès qu’on renonce à la matière pour se tourner vers la lumière, l’ego nous freine. Notre pire ennemi est en nous.

La meilleure façon de contenir les débordements de l’ego consiste à briser le miroir de l’auto-contemplation. Effacer mon histoire personnelle. D’abord il y a eu le grand nettoyage de printemps : l’arcane XIII, l’initiation aux petits mystères. J’ai plongé dans les abysses de mon être à la recherche des engrammes, ces blocages émotionnels qui limitent l’évolution et perpétuent la suffisance.

Après ça, pendant une quinzaine d’années, je suis devenu l’initiateur après avoir été l’initié. J’ai fait passer l’arcane XIII à une trentaine de personnes. Tandis que leurs engrammes s’effaçaient, brûlés par le feu de la catharsis, j’en ai profité pour nettoyer encore d’autres engrammes personnels qui n’avaient pas été délogés par ma propre catharsis. Coup de chance ? Perfectionnisme ? Ces nombreux nettoyages m’ont épuisé, maintes fois j’ai cru ma dernière heure venue, mais, disait Nietzsche, ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts. J’ai survécu. A présent, j’ai pris ma retraite de passeur passant. Je ne m’occupe plus de ces catharsis. Mais le travail sur l’ego n’est pas fini pour autant.

Collectionneur impénitent, j’avais amassé des babioles, des traces, des colifichets, brins de riens, broutilles, bricoles et brimborions, comme le vieux Ficelle dans son sac à chiffons. Les flammes m’ont aidé à nettoyer tout ça. A deux reprises, ma maison a brûlé. Oh je n’y suis pour rien, croyez-le bien. Une friteuse défaillante a mis le feu à ma cuisine. Plus tard, dans une autre maison, c’est un insert qui a incendié mon living et ma chambre à coucher. Tout a été détruit de mes souvenirs et de ma petite histoire. Pourtant, dans ma tête, il y avait encore trop de passé pour vivre ici et maintenant. Alors j’ai entrepris de me raconter dans ce site. J’ai eu du mal à parler de moi, j’en ai encore, l’exercice n’est pas simple. Bravant mes réticences, dépassant la pudeur, traquant la vantardise, je m’y suis attelé. Je n’ai pas terminé. Raconter son histoire personnelle est une bonne façon de s’en débarrasser.

Quand l’ego s’efface, vient le soi. Le soi qui est en nous communique avec le Soi universel. C’est un autre nom qu’on donne à l’âme immortelle. Un autre nom qu’on donne à Dieu. L’éveil est le monde du Soi. Un autre monde, croyez-moi. Mais l’éveil n’est pas un grade, ni un diplôme, ni un permis, ni même un statut acquis une fois pour toutes.

L’éveil est une grâce que l’on reçoit et que le Soi nous reprend. L’éveil ne dure qu’un temps, il illumine l’être tout entier jusqu’à sa plus petite fibrille. Il nous fait rayonner, dessinant sur nos lèvres le sourire de l’ange de Reims.Voir ci-dessous Puis il retourne d’où il est venu. Rude est la chute. On reste nu. Déçu. Cocu… Il reviendra, puis s’en ira. C’est comme ça. Cyclothymie extrême d’un bord du monde au bord d’un ciel, trop de ciels. Tentation de l’après, de l’ailleurs. Et puis l’éternité dans l’instant, hic et nunc, jouissance extrême au bord du vide. Un jour peut-être l’état d’éveil devient permanent, mais cette victoire n’est pas la mienne. Je souhaite qu’elle le devienne. 

 

 

Un jour ? Oui, le jour de ma mort.

Quand tu auras renoncé à l’espérance, je t’apprendrai la volonté.
Sénèque