Le droit de tuer

 

Aux USA en 2009, les suicides d’anciens GIs ont fait plus de morts que les conflits armés. Et ça ne s’est pas arrangé depuis. La guerre tue, mais le retour à la vie civile tue davantage encore, de façon moins visible, mais beaucoup plus lente. Les virus du meurtre et des horreurs vécues rongent le corps, le cœur et l’esprit des jeunes combattants.

 

uissante est la coutume, puisqu’elle dure encore. Ne venez surtout pas me dire que les sacrifices humains ont disparu. Les massacres continuent, les assassinats de masse se perpétuent en ce moment même. Quand les rescapés sortent du charnier, ils emportent avec eux, au plus profond de leur âme, des cicatrices qui ne s’effaceront pas. Le sacrifice humain est si répandu qu’on l’admet sans état d’âme. Il n’est pas limité aux dictatures, il se produit partout, de plus en plus souvent. Des organismes internationaux l’autorisent. Des idéologies le glorifient. Des philosophies le justifient. Le profit l’organise et prospère grâce à lui. C’est quoi l’idée ? On est trop nombreux sur terre, il devient urgent d’opérer des saignées dans la population ? La gestion humaine actuelle est aussi débile que la médecine au temps de Molière : quand le malade est blême et semble à bout de forces, hop, une bonne saignée !!

Ces temps-ci, on massacre beaucoup au nom des religions. Ne pointez pas l’islam, ce ne sont pas les musulmans qui ont lancé la mode du meurtre au nom de Dieu. Les chrétiens y avaient pensé avant. Souvenez-vous des Templiers. L’ordre du Temple a été fondé par Hugues de Payns, soutenu par un homme d’église, l’abbé de Clairvaux, qui prêchait la Croisade sous la colline de Vézelay, et qui a fortement inspiré les rudes armées des Croisés.

L’Éloge de la Nouvelle Milice (De laude novae militiae) est une lettre que Bernard de Clairvaux envoya à Hugues de Payns, écrite après la défaite de l’armée franque au siège de Damas en 1129. Elle commence ainsi : « Un nouveau genre de milice est né, dit-on, sur la terre, dans le pays même que le Soleil levant est venu visiter du haut des cieux, en sorte que là même où il a dispersé, de son bras puissant, les princes des ténèbres, l’épée de cette brave milice en exterminera bientôt les satellites, je veux dire les enfants de l’infidélité. »  Etrange discours pour un curé. Attendez la suite, vous n’avez pas lu le plus beau.

Bernard se réjouit que le même homme se consacre aussi bien au combat spirituel qu’aux guerres du monde.  « Il n’est pas assez rare de voir des hommes combattre un ennemi corporel avec les seules forces du corps pour que je m’en étonne ; d’un autre côté, faire la guerre au vice et au démon avec les seules forces de l’âme, ce n’est pas non plus quelque chose d’aussi extraordinaire que louable, le monde est plein de moines qui livrent ces combats ; mais ce qui, pour moi, est aussi admirable qu’évidemment rare, c’est de voir les deux choses réunies. (…) Marchez donc au combat, en pleine sécurité, et chargez les ennemis de la croix de Jésus-Christ avec courage et intrépidité, puisque vous savez bien que ni la mort, ni la vie ne pourront vous séparer de l’amour de Dieu qui est fondé sur les complaisances qu’il prend en Jésus-Christ, et rappelez-vous ces paroles de l’Apôtre, au milieu des périls :  » Soit que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Seigneur  » (Rm XIV, 8). Quelle gloire pour ceux qui reviennent victorieux du combat, mais quel bonheur pour ceux qui y trouvent le martyre !  » (source) 

Tout à fait dégueu et totalement débile. On se demande comment de telles conneries ont pu être dites. Il y a l’excuse de l’époque ? Même pas. Ces mêmes mots sont prononcés tous les jours par les sbires d’Al Quaida, d’AQMI, de l’État islamique, de Boko Haram, et d’autres gangs de fanatiques neuf siècles après Bernard de Clairvaux et sa lettre immonde. Et c’est toujours le même refrain de chiotte. Faire des martyrs, c’est faire des heureux. Des élus. Ils pourront jouir d’une éternelle félicité quand ils seront dans les jardins d’Allah. Et si jamais Allah a changé d’avis ? Ça lui arrive. Pire encore, si jamais Dieu n’existait pas ?  Ni le paradis ? Aucune importance. Les martyrs ne viendront pas réclamer leurs 70 vierges. 

Tuer pour Jésus, pour Allah, pour Brahma ou pour l’Argent, qui est un dieu comme un autre, où est la différence ? Tuer pour l’ignoble plaisir de tuer, ou pour le bon plaisir d’Allah, ça change quoi ? Ceux qu’on assassine sont-ils moins morts quand on les tue pour Dieu ?

Saint Bernard a son avis là-dessus. Eh oui, on en a fait un saint de ce connard. Et c’est moi le complotiste !! Bref, il explique pourquoi les Templiers ont le droit de tuer un être humain : « Le chevalier du Christ donne la mort en toute sécurité et la reçoit dans une sécurité plus grande encore. […] Lors donc qu’il tue un malfaiteur, il n’est point homicide mais Malicide.»  Malicide ! On croit rêver ! Ce type est un grand malade ! Et il est saint ! « Les saints sont des hommes ou des femmes – et dans certaines traditions des anges – distingués par différentes religions pour leur élévation spirituelle et proposés aux croyants comme modèles de vie en raison d’un trait de personnalité ou d’un comportement réputé exemplaire. » (wikipédia)  Clairvaux l’a échappé belle, on aurait pu le tuer raide sans commettre le moindre homicide, rien qu’un tout petit malicide. Même pas, juste un crétinicide.

Le droit de tuer, mine de rien, se transforme en devoir de tuer. Voilà qui justifie tous les massacres à venir. Saint Connard de Blairvaux a quand même un sursaut de conscience, il était temps ! Faut-il encore que la guerre soit juste, ajoute-t-il finement. Si la guerre n’est pas juste, alors là, faut pas y aller, le tueur tue d’abord son âme. Je sais, on ne doit pas rire, mais ça me rappelle le sketch du bon chasseur et du mauvais chasseur. « Toutes les fois que vous marchez à l’ennemi, vous qui combattez dans les rangs de la milice séculière, vous avez à craindre de tuer votre âme du même coup dont vous donnez la mort à votre adversaire, ou de la recevoir de sa main, dans le corps et dans l’âme en même temps. […] la victoire ne saurait être bonne quand la cause de la guerre ne l’est point et que l’intention de ceux qui la font n’est pas droite. »  (source)

Il n’y a pas de guerre juste, donner la mort est toujours un meurtre. La guerre est toujours injuste. Il n’y a pas de Dieu juste. Il n’y a que des terraformeurs chargés d’une mission : développer cette planète, affiner cette humanité, avant d’en créer une sixième. Que leur importe les morts individuelles, eux qui n’ont pas hésité à massacrer des races entières, comme celle des géants, nos prédécesseurs sur cette planète. Les dieux d’avant étaient de grands bagarreurs. La quatrième humanité s’est auto-détruite dans un conflit nucléaire et magnétique généralisé, comme en témoignent de nombreuses régions à radio-activité élevée, et les descriptions de son arsenal épouvantable. Alors après eux, le déluge. Ce qui fut fait. Et les conneries de Clairvaux ou de Daesh ne sont que l’imitation des Saints Modèles infiniment bons et infiniment aimables. Ah bon ? Mais oui, tais-toi et prie !

 

 

« Les soldats du Christ combattent en pleine sécurité les combats de leur Seigneur, car ils n’ont point à craindre d’offenser Dieu en tuant un ennemi et ils ne courent aucun danger, s’ils sont tués eux-mêmes, puisque c’est pour Jésus-Christ qu’ils donnent ou reçoivent le coup de la mort, et que, non seulement ils n’offensent point Dieu, mais encore, ils s’acquièrent une grande gloire : en effet, s’ils tuent, c’est pour le Seigneur, et s’ils sont tués, le Seigneur est pour eux. » (Saint Bernard) 

Le temps est une spirale qui nous repasse les même plats de spire en spire, d’ère en ère. Ce que les Croisés ont fait, les crimes que les chevaliers du Temple ont commis, voici que d’autres fanatiques les commettent aujourd’hui au nom d’un autre dieu. Et s’il n’y en avait qu’un ? Alors pourquoi se battre ? Et s’il n’y en avait pas ? Alors pourquoi se battre ? Celui qui brandit l’épée périra par l’épée. Celui qui tue par haine ou par passion n’a pas d’amour dans son cœur. Et si l’amour n’est pas en lui, comment son Seigneur pourrait-il y venir ?

Maintenant, la vraie question : qu’est-ce que tu peux faire, toi, pour que ça change ? Sinon, inutile d’en parler. On est confronté à un malaise planétaire, qui s’est envenimé en rage homicide, on le voit, on le sait, on fait quoi ? Une réponse, à mon avis, pourrait être : on envoie de l’amour à la planète. On l’envoie sans réfléchir, sans juger ni condamner, on se contente d’aimer, et c’est déjà beaucoup. Il existe une plate-forme qui permet ça, et qui te donne, en plus, un groupe qui te soutient. Je veux parler des émissions scalaires. Tous les jours, nous sommes entre 150 et 200 personnes de tous pays, de toutes religions, de toutes tendances et de toutes les couleurs, à nous réunir sur la voie des ondes pour émettre, à l’aveuglette, tout l’amour qui nous anime. Je ne dis pas que c’est la solution, c’est juste une possibilité d’agir, au lieu de se contenter d’en parler. Je t’aime.

Il y a deux histoires : l’histoire officielle, menteuse; puis l’histoire secrète, où sont les véritables causes des événements.
Honoré de Balzac