Dernière modification le 23/04/2012 à 09h38

Stopper le monde est la chose la plus évidente et la plus inimaginable à la fois. Tout dépend du regard qu'on y pose. Tout dépend si on essaie d'y parvenir ou si on y parvient. Tout dépend de ce qui nous arrive quand le monde est stoppé.
Dans la formation de Carlos CastanedaVoir page pour devenir un guerrier de l'Esprit ou Nagual, l'apprentissage du voirLire page était un point capital, que Carlos, pour des raisons personnelles, a eu bien du mal à parfaire. Or, sur le chemin du Voir, le guerrier doit d'abord apprendre à stopper le monde.Cet enseignement est donné par son benefactor à Carlos Castaneda dans son livre Le voyage à Ixtlan C'est la première porte, la première rencontre avec le gardien du seuil.Voir page Un jour, dans la vie du guerrier de l'Esprit, le monde s'arrête. Alors il peut découvrir l'infini, "cette immensité là-dehors".
Je voudrais que la terre s'arrête
pour descendre
Serge Gainsbourg
Stopper le monde constitue le premier acte du guerrier sur le chemin d'apprentissage. L'homme ordinaire se contente du monde ordinaire, qui repose sur un consensus. Depuis la naissance, chaque être humain donne implicitement son accord pour assembler ce monde ordinaire, gris et galère, où l'on s'ennuie. Il existe pourtant une infinité d'autres mondes possibles; chacun de nous possède en lui la possibilité de s'y rendre. "Notre réalité n'est qu'une description parmi beaucoup d'autres." (source)Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan, page 9
Il existe d'autres mondes au-dedans de celui-ci
La frontière est intérieure et le temps s'arrête ici
Stéphane Kervor
Pour parvenir à stopper le monde, Carlos Castaneda a dû absorber des kilos de mescalitoNom de respect que Juan Matus donne au peyotl et de petite fuméeprincipalement datura et lophophora williamsii parce qu'il était particulièrement bouché. Certains ont besoin d'ayahuasca ou de dizaines de sweatlodge pour, l'espace d'un instant fugace, stopper le monde et voir. D'autres sont tombés dans la marmite quand ils étaient petits. Ceux-là n'ont besoin d'aucune potion pour voir. Ceux-là comprennent très vite comment stopper le monde. Leurs auras sont inédites.

Leurs auras sont indigo, cristal ou arc-en-ciel. Leurs corps subtils sont équipés de dispositifs, sortes d'organes externes en compléments de chakras énormes et très actifs. Quels miracles feront-ils quand ils sauront utiliser leurs pouvoirs ? Ces êtres-là grandissent vite. Ils vont changer l'avenir de cette planète. La plupart d'entre eux seront à pied d'oeuvre fin 2012. D'ici là, apprenons à stopper le monde avant qu'il ne s'emballe. La première étape consiste à effacer son histoire personnelle.

Devenir invisible. Insaisissable. Fuir ceux qui nous connaissent, car ils nous fixent dans l'ancien monde. "Tu es obligé de renouveler ton histoire personnelle en racontant à ta famille et à tes amis tout ce que tu fais. Par contre, si tu n'as pas d'histoire personnelle, il n'y a pas une seule explication à fournir à qui que ce soit, personne n'est déçu ou irrité par tes actes. Et surtout, personne n'essaie de te contraindre avec ses propres pensées." (source)Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan, page 25 Bien sûr, Castaneda regimbe.
Le sacrifice lui paraît trop lourd pour un bénéfice trop illusoire. Son benefactor hurle de rire, et lui explique gentiment. "Toi, par exemple, tu ne sais pas quoi penser de moi parce que j'ai effacé ma propre histoire. Petit à petit, autour de moi et de ma vie, j'ai créé un brouillard. Maintenant personne ne peut savoir avec certitude ce que je suis ou ce que je fais. (source)Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan, page 26 Mais Castaneda ne supporte pas que quiconque, fût-ce son benefactor, modifie sa ligne de conduite.
A ce point de son évolution, l'élève est encore possédé par son ego, "rempli de merde" selon la forte expression de Juan Matus. Il ne peut se rendre compte à quel point sa ligne de conduite est aberrante, obérée par ses engrammes ou par leurs fantômes, risible aux yeux du benefactor qui doit faire de grands efforts pour dissimuler son hilarité. Nous sommes tous pleins de merde, nous passons toutes par les mêmes ornières, nous nous faisons toutes pièger aux mêmes coulées...

Castaneda finit par se vexer. "Tu te prends trop au sérieux, dit don Juan. Tu es sacrément trop important, au moins d'après l'idée que tu te fais de toi-même. C'est ça qui doit changer ! Tu es tellement important que tu peux te permettre de partir lorsque les choses ne vont pas à ta guise. Tu es tellement important que tu crois normal d'être contrarié par tout. Peut-être crois-tu que c'est le signe d'une forte personnalité. C'est absurde ! Tu es faible, tu es vaniteux." (source)Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan, page 33
A plusieurs reprises, Juan Matus reviendra sur l'obligation de perdre sa propre importance. C'est le corollaire direct du point précédent. Quand le guerrier n'a plus de passé, il n'a pas trop de mal à perdre sa propre importance, en changeant le regard qu'il porte sur lui-même. Quand on découvre l'infinité des mondes possibles, notre importance en prend un coup. Quand on découvre la complexité des merveilles de l'au-delà, comment resterait-on bouffi d'orgueil ? L'étape suivante, d'ailleurs, va nous amener à l'humilité. Pas le choix.

"La mort est notre éternel compagnon. Elle est toujours à notre gauche, à une longueur de bras." (source)Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan, page 43 Castaneda sursaute: il vient de voir sa mort. "Lorsque tu t'impatientes, tourne-toi simplement vers ta gauche et demande conseil à ta mort. Tout ce qui n'est que mesquineries s'oublie à l'instant où la mort s'avance vers toi, ou quand tu l'aperçois d'un coup d'oeil, ou seulement quand tu as l'impression que ce compagnon est là, t'observant sans cesse." (source)Le voyage à Ixtlan, page 44
A partir de là, on devient passant. On recherche les lieux de pouvoirs, les portes vers d'autres mondes. Peu à peu, on se rend inaccessible, on s'efface pour être disponible au pouvoir. On va le chercher dans la nature sauvage, au crépuscule, sur une colline amie où souffle le vent. "Au crépuscule, il n'y a pas de vent. A cette heure du jour, il n'y a que du pouvoir." (source)Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan, page 70 On apprend la marche de pouvoir, la vision nocturne qui permet de courir dans le noir, sans trébucher sur aucun obstacle.
On assume la totale responsabilité de nos actes, ce qui est le minimum. Et on assume aussi l'entière responsabilité de tout ce qui nous arrive, ce qui caractérise les sorciers du Nagual. Ils ne disent jamais : "je n'ai pas de chance" mais toujours "merci". Ils n'attendent rien. Ce qui leur arrive est toujours le mieux. Ils ont la maîtrise de leur vie comme peu d'êtres, en même temps ils acceptent et assument la totalité surhumaine de la Règle, leur seul guide dans "cette immensité là-dehors".
(source)Castaneda, Le Voyage à Ixtlan, p.85

Castaneda n'est pas un apprenti facile. Du coup, Juan Matus doit lui faire subir toutes sortes d'exercices qui sont, pour le lecteur, de magnifiques instructions, précises et reproductibles. Ainsi, pour lui apprendre à pratiquer le "ne-pas-faire", il lui montre comment se faire, sur une butte, un lit de ficelles. Ceux qui l'ont essayé vous en diront le plus grand bien. On flotte, toutes les sensations et perceptions sont incroyablement aiguisées. Et le corps se souvient de cette technique ancienne que Juan Matus nomme :
"Ne-pas-faire est très simple mais excessivement difficile. Le point n'est pas de le comprendre mais de la maîtriser. Voir est bien sûr le couronnement final d'un homme de connaissance, et voir ne s'obtient que lorsqu'on a stoppé le monde par la technique du ne-pas-faire." (source)Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan, page 182 Bien sûr, Castaneda n'y comprend rien, et nous non plus. C'est inutile. Il suffit de le faire. Et ça, notre corps le sait. Mais notre mental veut tout expliquer, tout comprendre ! Quel orgueil il y a chez ce petit roiteletC'est le roitelet du Chariot ou celui de la Roue de Fortune. Voir page!!
Depuis notre enfance, on nous à appris à faire. C'est ce faire de tous les humains, mis bout à bout, qui assemble ce plan étriqué que nous appelons le monde. Ne-pas-faire, c'est cesser de considérer toute chose comme allant de soi, ainsi qu'on nous a appris à le faire. Il faut défaire nos sensations, défaire les objets familiers, défaire ces illusions qui constituent le monde du faire. Alors, soudain, ce monde fabriqué s'écroule. Le guerrier a stoppé le monde. Il voit.
A présent, il doit resserrer sa vie, la rendre compacte.
Alors il pourra rêver.Voir page

"Un guerrier traite le monde comme un mystère infini,
et ce que les gens font comme une folie sans bornes"
Carlos CastanedaCarlos Castaneda, Voir, p.213