Niveau 2 : Les Dieux d'avant

Surhomme

Dernière modification le 13/07/2011 à 16h13

A quoi ressemblera le Surhomme du futur ? Certes pas à Superman…

 

Demain sera le jour du Surhomme, a prédit Nietzsche.Voir page Il a vu juste. C'était il y a belle lurette. Le Surhomme est déjà parmi nous.

 

Batman rôde à la nuit tombante dans les coins les plus inattendus.

 

 

Au-dessus des nuages le soleil brille sans fin.Pour en arriver à cette hypothèse du futur Surhomme, Nietzsche a dû se débarasser d'une autre hypothèse, selon lui fort embarrassante, l'hypothèse de Dieu. Dans le climat positiviste de la fin du 19e siècle, Dieu semblait incongru. Autrefois nécessaire pour expliquer le monde, le recours à un Créateur était devenu contingent, voire dangereux. Le Dieu de la Bible et des autres religions se prétend l'auteur de tout ce qui est, l'homme inclus. Pour Nietzsche et ses contemporains, l'homme se suffit à lui-même.

 

Wagner, par contre, n'avait pas précisément l'air d'un boute-entrain. Quand j'entends du Wagner, confesse Woody Allen, ça me  donne envie d'envahir la Pologne…Reconnaître qu'un Dieu nous a créé, qu'il a des plans sur nous, que nous sommes des rouages nécessaires dans un ensemble qui nous dépasse  - voilà ce que Nietzsche ne peut admettre. Nous sommes libres : que Dieu nous aime ou pas, il ne peut nous assigner aucun but. Nietzsche se fait de l'Homme une idée trop haute pour subordonner son âme à qui que ce soit, Dieu ni diable. Un élan wagnérien auquel fit écho, en contrepoint, la passion soixante-huitarde qui l'a choisi pour maître à penser.

 

Personne   là-haut pour tirer tes ficelles, pantin. Vis ta vie tout seul.Tuer Dieu pour accoucher de l'Homme, haute est la marche. "Les catégories de l'être ne peuvent plus être ramenées à une cause première", écrit-il. Que tu sois grand, brun, noir ou jaune ne dépend pas du choix d'un autre que toi. Toutes ces choses ne sont pas le fruit du hasard. Il n'y a personne là-haut qui tire les ficelles de la marionnette que tu es, nous dit Nietzsche. Grisante liberté qui pourrait nous amener à tous les excès, toutes les outrances de l'hubris.Ivresse, démesure. Voir page Sans la carotte du Bon Dieu et le bâton du Diable, plus de morale.

 

Emmanuel Kant avait le code de la route dans la tête.Nietzsche a vu cette béance et s'y est engouffré. La loi morale, corollaire de l'invention de Dieu, est à foutre aux ordures. Dans La généalogie de la morale et surtout dans Par delà le Bien et le Mal, le philosophe laisse une première trace sur les pentes vierges de la Métamorale.Néologisme. Aristote avait osé métaphysique, qu'on me passe métamorale à défaut d'un vocable usité  Nulle nécessité d'accomplir le Bien plutôt que le Mal, répond Nietzsche au vieux KantVoir page et à sa "loi morale au fond de nos coeurs". Plus de garde-fou, ça devient du grand hors-piste avec Friedrich qui part en live dans la poudreuse.

 

Goebbels, une belle ordure. Que tous les leprechauns d'Irlande le   conchient et le conspuent à jamais."L'idée de "Dieu" fut jusqu'à présent la plus grande objection contre l'existence..." explique-t-il non sans raison. Il aurait pu tout aussi bien dire "la loi morale" à la place de "l'idée de Dieu". Maintenant qu'il a fait table rase de tous les peine-à-jouir, humains ou divins, que va-t-il faire ? Pas grand-chose. Rien de plus que son oeuvre, libératrice et vénéneuse. Adopté par les Nazis, dénaturé par Goebbels, la philisophie de l'ÜbermenschSurhomme a justifié l'aryanismesupériorité d'une imaginaire race aryenne blanche. A ne pas confondre avec l'arianisme, hérésie médiévale… et la Shoah. L'oeuvre échappe toujours à l'auteur.  

 

Übermensch, ou surhomme, une notion récupérée par ces vers de terre   de nazillons.Il est temps de relire Nietzsche sans parti-pris. Son surhomme n'a rien de nazi. C'est l'éveil d'une conscience planétaire, universelle. C'est la certitude inébranlable que les certitudes ne sont plus inébranlables. C'est la révolution du jasmin, le printemps de Bourges et la fête du slip sous la burqah. Fin d'un cauchemar éveillé. On dormait tous, on ne savait pas. On s'est laissé embobiner. Le surhomme, c'est l'homme que vous êtes, c'est la femme que je suis débarassée de son but en kit. Plus qu'à poil d'idéal.

 

La fête du slip   sous la burqua"On ne fait pas d'essai pour atteindre un "idéal d'humanité", un "idéal de bonheur", ou bien un "idéal de moralité", - il est absurde de vouloir faire dévier son être vers un but quelconque." Pas de but, voilà bien la meilleure façon d'être libre. Pas de programme. Pas de calendrier. Pas de rendez-vous. Pas d'exigence. Pas de contrainte. Holà, c'est un truc à finir SDF ! "Pas du tout, répond Nietzsche. Si les nazis l'avait compris, ils n'aurait pu m'utiliser ainsi. Mais j'étais mort, et bien décidé à le rester. Donc j'ai laissé faire."

 

Nietzsche et les deux coquines, opéra en cinq actes de Wagner et   BizetOn a compris à demi-mot que Friedrich apprécie la mort. Ce qui, en un sens, est rassurant. Puisqu'il semble en verve, poursuivons le papotage. Maintenant que vous êtes mort, vous avez vu Dieu ? Il est avec vous, non ? "Mais non, Dieu n'est pas mort, imbécile, répond Nietzsche. Dieu c'est le vivant.Voir page Tout ce qui vit. Aussi bien moi que toi. Le vivant ne peut pas mourir." Et il est reparti dans un grand bruit mouillé. J'étais perplexe. Si Nietzsche est vivant, pourquoi est-il mort ? Le vivant, c'est ce qui meurt, justement. Alors quoi ?

 

(Un silence)

 

Mourir, est-ce que c'est vivre encore ? demandai-je au silence. Peut-être bien, ne répondit personne.