Niveau 5 : Le feu de Dieu

Héliogabale

Dernière modification le 17/03/2012 à 23h22

Le coeur du jeune empereur Marcus Antoninus est resté à Emèse, près de son cher dieu Elagabal. Ici, une reconstitution du temple d'Elagabal à Emèse, actuellement Homs en Syrie.

 

Rome, 218 EC. Les citoyens et le sénat sont sous le choc de l'assassinat de Caracalla, empereur en titre, aux marges de l'empire. Profitant de sa ressemblance avec Caracalla, un adolescent de Syrie est acclamé empereur par les légions romaines.

 

Héliogabale en couverture du livre d'un historien spécialiste de cette période et de cette région du mondeIl prendra le nom de Marcus Aurelius Antoninus et son règne ne durera que quatre ans. Mais la gestion des affaires d'état sera dans les mains de sa mère et de sa grand'mère. L'adolescent ne se soucie pas de régner. Propulsé à l'âge de 14 ans à la tête d'un empire qui couvre la quasi-totalité du monde connu, le nouvel empereur dédaigne le pouvoir temporel. Les historiens nous le présentent comme un être faible et capricieux, grisé par sa toute-puissance. La vérité est ailleurs.

 

Caracalla montre en effet une vague ressemblance avec le jeune Héliogabale. Alors, à défaut de tests d'ADN...Si ce tout jeune homme est devenu le maître de l'empire Romain, c'est grâce aux femmes. Sa mère et sa grand-mère, surnommées les princesses syriennes, ont utilisé sa ressemblance avec Caracalla, l'empereur assassiné, pour propulser leur pantin à la tête de l'empire. Pendant quatre ans, de 218 à 222 EC, ce sont elles qui ont régné sans partage sur l'énorme empire. De son côté, l'empereur en titre se livrait à toutes sortes de frasques énormes et de plaisanteries cruelles.

 

Héliogabale serait-il un ancêtre d'Abdallah ? Tout est possible, mes chers amis.Sans barrière ni limite, il va laisser libre cours à son caractère pervers et maladif.  Mais surtout, sa prodigalité le rend populaire. L'abondance exceptionnelle qui règne alors à Rome lui permet de cultiver un luxe raffiné, une générosité et un faste qui fascinent ses convives. Tantôt ces derniers repartent riches, emportant les diamants et les perles que l'empereur fait mettre dans les salades, tantôt ils meurent comme des bêtes, victimes d'un plancher qui se dérobe en plein festin.

 

Héliogabale devant une mosaïque romaine : jeux du cirque.

 

Les bouddhas idiots sont souvent de dangereux mythomanes.Pourtant il a reçu l'initiation la plus puissante, rarissime pour l'époque comme on va le voir. Mais faute de guides,  faute aussi d'ouverture du coeur, l'éveil a fait de lui un Bouddha idiot et cruel. De par son père, il était l'héritier d'un culte solaire très ancien, pratiqué dans le temple qui dominait la ville d'Emèse. Ce culte n'est autre qu'une variante du mystère d'Isis, une initiation électro-magnétique par le feu du ciel, c'est à dire la foudre. Le jeune homme allait en devenir le pape, consacré dès l'âge de 13 ans.

 

Foudre en boule vue par Hergé, Les sept boules de cristal Si de nombreuses techniques d'éveil ont été pratiquées dès l'âge néolithique en Europe, l'usage de la foudre comme instrument d'éveil est attesté dans le bassin méditerranéen à partir de -6000. Sans doute issu d'Amérique avant d'être introduit en Egypte par les Nubiens et en Mésopotamie par les Anunnaki, ce culte de l'éveil par le feu du ciel était présent au 2e millénaire AECavant l'ère commune dans tout le bassin méditerranéen, en Europe et en Afrique. Pendant plus d'un millénaire, il en fut la religion dominante.

 

Légionnaires romains de la 8e légion, 2e cohorte.L'éveil fulgural s'inscrivait dans  un culte solaire : ainsi Jupiter-Zeus, dieu solaire par excellence, avait-il la foudre pour arme favorite. D'innombrables exemples tirés des principales mythologies illustrent assez cette parenté du rayon de soleil et de l'éclair. Et la plupart de ces traditions, notamment celles des Andes, de Mésoamérique et du bassin méditerranéen, reconnaissent une parenté étroite entre l'astre solaire et la foudre en boule,  instrument de l'éveil fulgural.

 

Le bétyle noir du TénéréComme bien d'autres, la ville d'Emèse avait son culte solaire particulier dédié au dieu de la foudre local, nommé Elagabal. Dominant la ville, un temple sacré abritait un aérolithe ou pierre de foudre, comme on l'appelait alors. Cette pierre était un bétyle ou béthyle, comme l'omphalos de Delphes que la Sybille utilisait pour prédire l'avenir. Un béthyleS'écrit aussi bétyle est une pierre tombée du ciel, un météorite d'une nature particulière, d'un noir mat aux profonds reflets, qui rappelle l'obsidienne, pierre sacrée des Aztèques, des Incas et des Celtes.

 

Héliogabale sacrifiant à son dieu Elagabale - Le bétyle dans son temple à EmèseCette pierre au nom hébreu, beth-el, qui signifie la Maison-Dieu,Dans le Tarot de Jean-Claude Flornoy, l'arcane XVI La Maison-Dieu représente l'éveil : la maison où l'on devient Dieu, comme Teotihuacan dans la langue maya. est souvent appelée "pierre à foudre" car elle avait le pouvoir d'éclater la foudre, c'est à dire d'émietter l'éclair pour qu'il se transforme en boules de foudre, beaucoup moins dangereuses. Ce pouvoir n'a rien de magique, il s'agit d'une propriété physique, polarisation, voire radioactivité, inhérent à ce météorite particulier. C'est pourquoi les béthyles servaient d'éclateurs de foudre, tandis que les capteurs ou paratonnerres étaient métalliques.

 

La ziggourat d'Uruk que le géant Gilgamesh, "premier roi des hommes", avait bâtie de ses mains...

 

Gilgamesh, géant pour qui les lions ne sont que des chatons.Le temple d'Elagabal, comme la Maison de Vie de GilgameshVoir page à Uruk, était bâti sur un promontoire et surmonté d'un paratonnerre pour capter la foudre. De très loin, les voyageurs se guidaient sur la haute silhouette du temple d'Elagabal quand ils cheminaient vers Emèse. C'est là, dans ce temple soigneusement conçu pour les initiations fulgurales, que le jeune homme reçut "le sacre du Soleil". Le béthyle, cette maison-dieu, était un météorite d'une nature particulière ; sans doute radioactive.

 

Upuaut, l'ouvreur de voies, est le nom facétieux donné à ce robot-caméra qui explora les fameux "conduits d'aération" de la Chambre du Roi de la pyramide de Khéops. Ces conduits étaient bloqués par ce panneau montrant deux tiges métalliques fondues, les restes du câble du paratonnerre sommital, le pyramidion.A Emèse, elle trônait dans le saint des Saints, reliée au paratonnerre par un câble en métal.Tout comme dans la pyramide de Khéops. Voir photo ci-contre et lire page Quand un éclair frappait le paratonnerre, il était conduit par le câble jusqu'à la pierre noire qui  l'éclatait en boules de foudre. Cette pratique remontait aux temps les plus anciens. On l'a dit, la pratique de l'éveil fulgural était pratiquée dans cette région  depuis une bonne vingtaine de siècles. On peut donc imaginer que si le rite s'était préservé, son principe réel échappait largement aux prêtres du 3e siècle EC.

 

La foudre d'éveil est un des plus formidables secrets de la haute antiquité qui semble s'être totalement perduVoici comment s'est déroulé le "sacre du soleil". Quand la cérémonie a commencé, le temps était à l'orage et ce signe fut interprété comme favorable car le béthyle Elagabal est une pierre de foudre.  Aucun d'eux ne s'est douté que cette fois-ci, grâce à l'orage, la cérémonie serait beaucoup moins symbolique que d'habitude. Tandis que le jeune homme se tenait debout devant la pierre sacrée, avec les paumes de chaque côté du béthyle, la foudre est tombée sur le paratonnerre.

 

Héliogabale eut le visage nimbé d'une boule de foudre, qui, sans le blesser, lui fit une aura surlumineuse pendant quelques instants, et l'ouvrit aux énergies cosmiques de l'éveil.L'adolescent n'a pas entendu le tonnerre, mais un long bruissement, comme des oiseaux qui fuient dans les hautes herbes. Le béthyle est devenu super-lumineux, et des boules de foudres ont jailli en courbes gracieuses, rebondissant sur les murs et les meubles, et déclenchant la terreur parmi les prêtres effarés. Il n'a pas eu peur. Autour de lui dansait une féérie lumineuse de boules de foudre. L'une d'elle a couronné la tête du jeune homme, restant longuement posée sur ses épaules sans qu'il en ressentit le moindre inconvénient.

 

Ruine d'un temple romain sur le site d'Emèse, actuellement Homs en Syrie.

 

Le bétyle de KermariaAu contraire, fasciné, il tomba amoureux du béthyle, qu'il prit pour le dieu soleil Elagabal. A-t-il compris ce qui lui était arrivé ? C'est douteux. Eveillé par la foudre, la brutale montée d'énergie dans un être mal préparé lui a donné des pouvoirs mais lui a fermé la compréhension. Il a cessé son évolution intérieure, tansformé en MatVoir page alors qu'il n'était pas encore individué. Comme on l'a vu, le Mat, ou état de Bouddha, peut intervenir à n'importe quelle étape du chemin du Tarot.Voir page

 

Tarot de marseille, arcane le MatDe la même façon, dans la règle du jeu de tarot, l'excuse (qui a remplacé le Mat) est utilisable à n'importe quel moment de la partie et revient toujours dans la main du joueur. Dans la vraie vie, si l'on est Mat trop tôt, ou trop immature, on devient un bouddha idiotVoir page et le gourou d'une secte.Voir page C'est précisément ce qui lui est arrivé. L'éveil fulgural lui a fait passer la Maison-Dieu et dans la foulée, l'a transformé en Mat. A partir de cet instant, son destin est tracé : il sera Héliogabale, pape solaire et premier adorateur de la pierre sacrée, le béthyle Elagabal.

 

Jadis, le temple d'Elagabal dominait la ville d'Emèse comme le Krach des Chevaliers domine cette bourgade.

 

BédouineLa première tâche du jeune empereur sera de ramener de Syrie son béthyle, en grande pompe, avec un rituel qui frise le ridicule. La pierre noire repose sur un char d'or tiré par des chevaux blancs qu'il conduit à reculonsOn croit rêver : il ne fallait pas que les chevaux montrassent leur croupe au dieu soleil ! jusqu'au Palatin. Là "il fit construire un temple à Elagabale ; il y fit transporter tous les objets sacrés des Romains : la statue de Junon, le feu de Vesta, le Palladium et les boucliers sacrés." Sacrilège, aux yeux des Romains. Digne d'un barbare issu d'une dynastie de bédouins, murmure-t-on.

 

Mithra Bard a-t-elle une quelconque connexion avec l'antique culte de Mithra, je ne sais pas, mais j'aime cette image de Mithra joueuse de flûte, dûe à Laifierr.Héliogabale va plus loin encore: "Il disait en outre que les religions des Juifs et des Samaritains, ainsi que le culte du Christ, seraient transportés en ce lieu, pour que les mystères de toutes les croyances fussent réunis dans le sacerdoce d’Héliogabale." Les religions nouvelles d'Isis, de Sérapis, ou de Cybèle, de Mithra ou des Chrétiens, avaient leurs adorateurs à Rome, sans menacer pour autant le vieux panthéon romain. Mais Héliogabale veut imposer son dieu sur tous les autres, ce qui ne plait guère.

 

L'assassinat pour le bien de la Cité était monnaie courante dans l'antiquité gréco-latine. Ici le suicide forcé de Socrate.Héliogabale met un comble au scandale en faisant enlever la grande Vestale Aquila Severa, premier crime, dans l'intention d'épouser celle qui avait fait voeu sacré de virginité, second crime. Attendez,  dira-t-il au Sénat, c'est juste "pour que naissent des enfants divins". La mesure était comble, et sans autre forme de procès le Sénat l'a fait assassiner, chassant du même coup les pirincesses syriennes. "A Rome, fais comme les Romains ." Bien dommage, tout cela. Bien regrettable.On peut se consoler en admirant le ballet éponyme de Béjart

 

Les Templiers ont-ils mis la main sur le précieux b&étyle d'Emèse ? Les francs-maçons auraient-ils recueilli cet héritage ?? Si ce sale gamin eut été éduqué, il aurait compris combien le sacre du soleil pouvait être précieux pour l'empire décadent. Et les techniques de l'éveil par la foudre, développées par les Romains, auraient pu nous parvenir... Au fait, c'est peut-être le cas. Car après l'assassinat de Héliogabale, le béthyle fut rendu à Emèse dans le temple de la foudre. Huit siècles plus tard, tout près, les Croisés bâtirent le plus formidable château des Croisades, le Krach des Chevaliers.

 

A Homs, l'actuelle Emèse, s'élève le fameux Krach des Chevaliers à l'emplacement même où jadis se dressait le temple d'Elagabal.

 

Ainsi, au coeur de ce nouveau secret, on retrouve encore les Templiers.Voir page Se pourrait-il qu'ils aient mis la main sur le béthyle ? Se pourrait-il qu'ils aient transmis aux Francs Maçons cette précieuse pierre qui transforme l'homme en dieu... ou en fou ??

 

Héliogabale, l'empereur de 14 ans