Dernière modification le 21/02/2012 à 09h22

"C'est peut-être le coeur qui s'ouvre, baby blue" chantait Jonasz. L'ouverture du coeur est le préalable obligé de toute vie intérieure, le premier pas vers l'éveil et la complétude. Celui qui n'a jamais aimé ne goûtera pas aux fruits de l'Arbre de Vie.
Et ils sont nombreux, elles sont nombreuses celles et ceux qui n'ont jamais aimé. Ils peuvent être mariés, elles peuvent être religieuses, ministres ou infirmières, ils et elles s'entourent d'un no man's land sans tendresse, sans générosité, sans affection. Coeurs secs. Psychorigides. Calculateurs froids. Salopards et garces, ils traversent la vie des autres comme un brise-glace dans la banquise. Elles sont seules, parfois non. Ils vivent comme des ours ou comme des tyrans domestiques.
Ils ne comprennent pas les élans d'affection, les câlins, ils critiquent la manie des bisous et des petits coeurs qui fleurissent et les heurtent : à quoi riment toutes ces âneries, se disent-ils. Quand nous avons affaire à une sans-coeur, difficile d'envoyer de l'amour, dur de sourire. L'absence de chaleur humaine est communicative, les coeurs se glacent à ce contact. Ces êtres ressemblent à des robots. Sans coeur, ils n'ont pas d'âme. Sans s'en douter, ils ont perdu leur chemin.

Ils risquent aussi de perdre la Vie. Un être sans coeur est un être mortel. Certaines s'étonneront : ne sommes-nous pas tous mortels ? Oui, un jour ou l'autre, nous quitterons toutes notre corps. Mais quitter son corps n'est pas mourir. J'ai fait ma première sortie de corps consciente à l'âge de 16 ans. Depuis je sais par expérience que l'on peut vivre hors du corps. La puissance divine qui est en chacun de nous ne limite pas notre existence à ce véhicule de chair et d'os. Nous avons tous le ticket pour la vie éternelle.

Alors ? Dans ce cas, pourquoi dire de telle ou tel qu'ils peuvent perdre cette Vie ? Pour une raison bien simple, en vérité : elle ne nous est pas acquise, elle se gagne. L'ouverture du coeur est le préalable obligé de toute vie intérieure, la seule clé de la Vie éternelle. Une maxime templière le dit à sa manière obscure : "Si tu ne meurs pas de ton vivant, tu mourras en mourant." De fait, le message de cette phrase est terrible. Il faut connaître la mort symbolique ici-bas si l'on veut poursuivre son aventure au-delà.
Qu'est-ce que la "vive mort" ou mort symbolique ? Ceux qui l'ont connue s'en souviennent. C'est l'enfer d'une rupture amoureuse. C'est se retrouver plus seul qu'un chien du désert, des siècles durant, à hurler à la lune. C'est vouloir se foutre à l'eau, se pendre et disparaître à jamais de la face de la terre. C'est passer sept longues années sur le gril de l'enfer parce qu'en perdant son ami(e), on a perdu son âme. "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé" Si l'être aimé revient, la vie repartira. Il ne revient jamais.
Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils révolus
Louis Aragon

Aragon le communiste, le matérialiste dialectique, Aragon ne croyait pas à l'âme. L'âme était là quand même. Son amour pour Elsa l'a sauvé. Nous sommes des êtres de lumière, issue de la pure lumière, et nous y retournons par la réunion de nos trois personnes,Voir page le corps, l'esprit et le coeur. L'homme n'est divin que lorsqu'il réalise en lui cette fusion. Trois personnes en une seule, tel est le message chrétien. Il parle de nous, de notre divinité intérieure, et pas de je ne sais quel Deus Sabaoth,Dieu des Armées !! Ce titre lui est souvent donné dans la Bible !!!! maréchal de Starwars.Voir page
Devenir dieu, c'est unir ses trois personnes. Le moi du corps, le moi de l'esprit, et le moi du coeur. Voilà le véritable sens de la sainte trinité. Toi et moi. Elle et eux. Triples nous sommes devenus, triples nous vivrons à jamais. C'est donc un point capital que d'ouvrir son coeur. A notre époque, l'ouverture du corps, travail de l'enfant, se fait par la pratique sportive. C'est le minimum souhaitable, mais ça suffit. L'ouverture de l'esprit se fait par l'école, y compris l'école de la vie, les voyages, les rencontres, etc. C'est okay.
Par contre, l'ouverture du coeur n'a rien d'automatique. Elle est représentée par l'arcane VI du Tarot de Marseille, L'Amoureux. Je me réfère bien sûr à ma pratique du Tarot initiatique, dans la précieuse lecture que nous en a donné Jean-Claude Flornoy.Voir page L'arcane VI l'Amoureux est l'arcane de l'individuation. C'est en effet, sur le chemin de vie que nous présentent les arcanes majeurs, la première étape où le jeune être choisit pour lui, décide sans ses parents... et souffre seul.
La souffrance est la clé de l'ouverture du coeur, tel est l'enseignement de la Tradition. Et la souffrance est toujours le sort de l'Amoureux...

L'individuation commence avec cet arcane VI - L'amoureux, quand tout votre être est éperdu d'amour pour la première fois. On peut le vivre à la maternelle, ce premier amour, il n'y a pas d'âge pour aimer. Mais il finit toujours mal, c'est même à ça qu'on le reconnaît. Il DOIT finir mal, car la déchirure qui vous reste dans le coeur signe, précisément, cette ouverture du coeur. Celles et ceux qui n'ont pas eu le coeur brisé, en pièces, explosé, déchiré, piétiné... ne savent pas ce qu'aimer veut dire.
Donner sans attendre, pardonner, entendre, et remercier le Vivant. Oui, remercier, chanter les louanges de cette merveille que nous partageons vous et moi, la Vie, la Lumière et l'Amour. Qui sont trois étiquettes pour le même flacon. Trois personnes intérieures qui nous composent, c'est à dire corps, esprit, coeur. Nous sommes triples, et nous ne le savons pas. Corps-esprit, entend-on ça et là. C'est compter sans l'ouverture du coeur. Souvenons-nous, le corps s'ouvre avec le sport. L'esprit s'ouvre avec la curiosité.
Le coeur, lui, s'ouvre avec le chagrin d'amour.

"C'est seulement lorsque tu as réuni tes trois personnes en une seule que tu es dieu, c'est alors que tu ne connaîs pas la mort." Ceux qui échouent dans cette mission sacrée vont, après leur mort, rejoindre la lumière où se dissoudra leur âme individuelle. Voilà la seconde mort, la vraie mort, celle de la conscience qui dit "moi je". Pour y échapper à la dissolution, une seule solution : la mort symbolique, la 'vive mort', le chagrin d'amour fou qui ouvre le coeur. Comme on l'a compris, cette mort est la vraie naissance.
"Qui n'est pas mort de son vivant, mourra en mourant." C'est ainsi. La vie n'a qu'une règle, aime. Aime sans attendre d'être aimé. Aime sans compter, tes voisins, tes ennemis, tes frères, tes rivaux. A commencer par ton pire ennemi, toi-même. Aime-toi, le ciel t'aimera. S'aimer soi-même n'est pas tout se pardonner. C'est monter chaque instant le niveau d'exigence. C'est se dire : Aime, aime encore, toujours davantage, toujours plus. C'est voir ses progrès, mais ne pas se désespérer de ses faiblesses. Qui n'en a pas ?

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa
Louis Aragon