L’art de rêver

 

Même si peu d’entre nous s’en souviennent, nous rêvons tous. Toutes les nuits. Du moins s’il s’agit du rêve ordinaire. Car les guerriers du Nagual ont une autre sorte d’activité pendant leur sommeil, le rêve lucide. Ce don particulier émerge au fil d’une pratique rigoureuse que les sorciers appellent l’art de Rêver.

Carlos Castaneda, en décrivant son initiation au Nagualisme auprès d’un sorcier yaqui du Mexique, qu’il nomme Juan Matus, nous montre comment les sorciers changent l’image qu’ils ont du monde. Pour y parvenir, ils doivent stopper le monde ce qui va leur permettre de Voir.

 

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« Nous ne choisissons qu’une seule fois. Nous choisissons d’être soit un guerrier, soit un homme ordinaire. On ne nous donne pas de second choix. Pas sur cette terre. » (source)Carlos Castaneda, Le Second Anneau de Pouvoir

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Après cette première étape, l’apprenti sorcier doit apprendre à contrôler ses rêves. Pour y parvenir, lui avait dit Juan Matus, tu dois arriver à voir le dos de tes mains dans ton rêve. Et tes mains dirigeront ton rêve.

Des années durant, sans succès notable, Castaneda a essayé de voir ses mains dans ses rêves. Il a fini par se décourager et abandonner cette pratique qui ne lui réussissait pas. Et une nuit, il a vu ses mains. Il a appris à se diriger avec ses mains. Peut-être aurait-il réussi plus vite s’il ne s’était pas polarisé sur « voir le dos de ses mains ». Ce genre de consigne devient une idée fixe qui nuit au libre-exercice de la Règle. Le moment vient, sur le chemin du guerrier, où l’art de Rêver est au programme. C’est tout.

 

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Alors le guerrier s’attelle à cette tâche parce qu’il est impeccable. Pour voir, pour stopper le monde comme pour rêver, il n’y a pas d’instruction particulière, ça arrive quand ça doit arriver. Il est inutile, et même stupide, de s’entêter avec la force illusoire du mental, comme l’a fait Castaneda, alors qu’un simple lâcher-prise permet de réaliser la prouesse sans y penser.

C’est pourquoi, le simple fait d’en parler risque de créer de nouvelles barrières que le mental borné ne va pas manquer de lever sur la route.

On peut toujours en parler, ça ne changera rien. Ajouter des mots derrière les mots n’est souvent qu’une fuite causée par la peur. Tant qu’on parle, au moins, on reste dans le mental. Ça rassure.

« Chaque guerrier possède sa propre manière de rêver, et chaque manière est différente. La seule chose que nous avons tous en commun est que nous rusons pour nous forcer à abandonner la quête. Pour contrecarrer cette tendance, il faut persévérer en dépit de toutes barrières et déceptions. » (source)Castaneda, Histoires de pouvoir, page 19

 

 Le coup du Nagual

D’abord suspendre le dialogue intérieur. La méditation, dos droit, tête vide, avec ou sans exercices respiratoires, est le moyen traditionnel qu’on préconise pour interrompre le dialogue intérieur. C’est un moyen, oui, mais ce n’est ni le plus efficace, ni le plus rapide. Le dialogue intérieur s’interrompt dès que le point d’assemblage sort de sa position standard. L’inverse est également possible, c’est le coup du Nagual. Rapide, mais sans respect du libre-arbitre… Pratique indigne d’un Enchanteur.

 

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Le libre choix du guerrier est une ligne rouge qu’il ne franchit pas. Les sorciers yaquis, eux, ne se gênent pas pour si peu. Ils considèrent l’apprenti est trop stupide et borné pour que son libre-arbitre mérite d’être respecté. On a tous besoin d’être poussé pour avancer, disent-ils.  Le coup du Nagual est une des techniques pour faire passer l’apprenti en conscience accrue. Donné entre les deux omoplates, selon la formule de Castaneda, ce coup est en fait un choc léger sur un petit point brillant dans l’aura.

Ce point brillant s’appelle le point d’assemblage, il détermine notre rapport au monde. Le coup du Nagual a pour effet de projeter l’apprenti – ou son double, mais à ce stade, aucune différence – à peu près n’importe où dans ce monde, ou dans le temps, ou dans les espaces infinis. Le Nagual offre ainsi la possibilité à son apprenti de stopper le monde et de voir. Ça lui permet aussi d’assembler un autre monde, c’est à dire de découvrir une nouvelle position du point d’assemblage, cadeau de pouvoir définitif. Ainsi le Nagual prête son énergie à son apprenti pour lui donner un aperçu de ce qui l’attend.

Hélas, on n’a pas toujours un Nagual à portée de main, me dira-t-on. En fait, si. Quand le moment sera venu, le Nagual viendra à vous. Ouvrez grand l’oeil fée. En attendant, voici quelques trucs pour Rêver.

 

Nous sommes faits de la même matière que les rêves et nos courtes vies sont bordées de sommeil. (William Shakespeare)

 

Je vous enseigne le Surhumain. L’homme n’existe que pour être dépassé. Qu’avez-vous fait pour le dépasser ?
Friedrich Nietzsche