L’affaire Altamira

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Parmi les nombreux tours que la suffisance a joué aux archéologues, un des plus savoureux concerne le dossier préhistoire, rubrique peintures rupestres, alinéa chasse gardée. Aujourd’hui encore, certains titulaires frileux frémissent à l’évocation de son nom de code, pour eux tristement célèbre : l’affaire Altamira.

Dans le monde, ils ne sont que quelques centaines d’universitaires à étudier la préhistoire. Une communauté très fermée qui porte d’écrasantes responsabilités. On a beau ne pas donner dans la théorie du complot, on ne peut s’empêcher de voir comment ça marche. Sous ce regard, l’affaire Altamira est un cas d’école.

Pour peu qu’un leader charismatique émerge au sein du groupe, ses théories deviendront l’idéologie régnante jusqu’à ce qu’un autre leader, plus puissant ou plus démagogue, ne vienne lui ravir la vedette. 

La France a été longtemps le seul pays des grottes peintes, ce qui a donné à nos préhistoriens un monopole coulé dans le bronze. Leur discipline jouit de l’appui total des pouvoirs publics, avec de confortables subventions et le droit d’interdire : les préhistoriens se sont arrangés pour que plus de 90 % des grottes peintes soient fermées au public. Argument allégué : protection des pigments, conservation des sites. Tout ça est vrai. Mais en attendant, le contrôle total des visites leur permet un contrôle total des théories nouvelles. Ainsi, comme les sites eux-mêmes, leur pré carré est-il entouré de barbelés.

Tout a commencé en 1879, près de Santander en Espagne, quand un archéologue amateur, Marcelino Sanz de Sautuola, fit la découverte de la grotte sur ses terres. Sautuola connaissait bien les grottes françaises avec leurs peintures d’animaux datant de la période glaciaire. Quand il vit les peintures de sa grotte, il les data du quaternaire.

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« Bien que Sautuola eut complètement raison à propos de l’ancienneté des oeuvres d’art, il commit néanmoins trois erreurs de taille lorsqu’il chercha à convaincre les universitaires. La première fut d’être espagnol, la deuxième fut d’avoir découvert la grotte en Espagne, et la troisième fut d’avoir été un archéologue amateur, » écrit Graham Hancock.Dans son livre Surnaturel, Rencontres avec les premiers enseignants de l’humanité, 2005 Sautuola aurait-il été universitaire, les préhistoriens français l’auraient discrédité pour le seul motif que sa grotte n’est pas en France. Pour le malheureux archéologue amateur, commence un long calvaire qui ne cessera qu’avec sa mort, miné par la honte et le chagrin, en 1898.

Des années durant, les universitaires français ont crié à l’imposture. Des années durant, avec un acharnement rare et une mauvaise foi sordide, les plus éminents universitaires français ont éreinté le pauvre Sautuola. Bien vite, les universitaires espagnols lui refusèrent son soutien, pour ne pas se fâcher avec les préhistoriens français.

C’est une véritable campagne de diffamation qui fut alors orchestrée contre l’archéologue amateur, qui plus d’une fois a dû regretter sa prodigieuse découverte. Outre leur orgueil national mal placé, pourquoi les préhistoriens français boudaient-ils les merveilles de la grotte cantabrique ? C’est qu ‘elles étaient trop belles, justement. Les peintures d’Altamira, bien plus finement exécutées que celles de Lascaux ou de Pech-Merle, leur semblaient de modernes contrefaçons.

Il est vrai que les motifs d’Altamira témoignent d’une perfection artistique et d’une maîtrise technique qui laissent nos peintures rupestres loin derrière.

 

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Et dans la perspective évolutionniste de l’époque, cette grotte, encore plus ancienne que les nôtres, ne pouvait pas contenir des peintures authentiques aussi abouties.

Sinon, l’évolution aurait marché sur la tête.

On ne peut que déplorer ce type d’attitude chez des scientifiques que leur vocation devrait placer plus haut.

« Si les oeuvres d’art découvertes avaient été primitives, déformées et mal exécutées, personne n’aurait considéré qu’elles étaient en désaccord avec la théorie de l’évolution. Mais il s’agissait d’oeuvres raffinées, qui pouvaient être aisément comparées à des oeuvres d’art contemporain. Pouvait-on croire alors que ces techniques avaient été conçues et maîtrisées par des troglodytes, des hommes des cavernes primitifs, qui n’avaient pas encore découvert la charrue?«  (source)Graham Hancock, voir plus haut 

On a fini par admettre, à contrecoeur, l’authenticité de ces peintures. On a fini par reconnaître, du bout des lèvres, que Sautuola avait vu juste.

 

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Mais l’école française de la préhistoire était bien embarrassée avec ces chefs d’oeuvres sur les bras. Faut-il parler d’art rupestre ? Par endroits les figures se superposent à un point tel qu’il apparaît évident qu’elles n’ont pas été tracées dans un but artistique ni décoratif.

Alors qui les a peintes ? Et surtout, pourquoi ?

Nos ancêtres ne se sont pas donné toute cette peine juste pour tuer le temps dans leur caverne en attendant la fin de l’âge glaciaire.

Silence gêné des universitaires. Pendant les années qui ont suivi, deux papes se sont succédés à la tête de l’église de la préhistoire, Breuil et Leroy-Gourhan.dit le roi de la gourance

L’énigme du pourquoi était sans cesse un espace vide au centre de leurs travaux sur ces peintures admirables. A force de silence, cette problématique majeure devenait un sujet tabou.

Malgré tous leurs efforts, aucun des deux n’a émis une seule hypothèse féconde, tout en empêchant quiconque d’en émettre une. Leurs théories sont nulles et non avenues, tout le monde en convient aujourd’hui.

Comme on le conviendra peut-être demain à propos d’autres théories en vogue chez les universitaires actuels, concernant l’ancienneté véritable du Sphinx et de Grande pyramide de Guizeh, la statuaire monumentale des Olmèques ou la pyramide de Bosnie. La question du pourquoi reste en suspens

Les peintres rupestres n’étaient pas des artistes au sens actuel, mais des chamanes. Leur propos n’était pas décoratif.

Breuil a voulu prouver que les grottes répondaient à une préoccupation religieuse, il montra que les plans des grottes se superposaient plus ou moins. Il a soutenu que chaque salle était affectée à un animal différent. On s’est aperçu qu’il n’en était rien. 

 

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Les hypothèses structuralistes de son successeur Leroy-Gourhan n’ont pas donné grand-chose non plus. Avec un nom pareil, pas étonnant qu’il se soit gouré grave.

Des catalogues, des listes, pas d’idées. Ils sont tous allés chercher très loin dans le mental, victimes de l’excès rationaliste ; alors que la solution est sans doute là, sous nos yeux.

 

C’est une force que les forts qui ne l’ont pas appellent faiblesse, une sagesse que les sages qui ne l’ont pas appellent folie, une lumière que les aveugles qui ne l’ont pas appellent obscurité.
Lanza del Vasto