L’ère du partage

 

« Quand tu as plus que ce dont tu as besoin, fais-toi une plus longue table et pas une clôture plus haute. »  Les escrocs qui conduisent ce monde vers sa perte pourraient méditer cette profonde sagesse, si la méditation et la sagesse les concernaient, ce dont je doute.

Certains pays riches trouvent insupportable la pression exercée sur nos habitudes et notre confort par quelques milliers de réfugiés. Que dirons-nous quand, au lieu de mille, ce sera un ou deux millions de réfugiés climatiques qui envahiront chaque pays d’occident pour échapper à l’irrésistible montée des eaux ? Quand des centaines de millions, des milliards d’humains n’auront plus de terres, envahies pas la montée des mers ? Donald Duck Trump veut construire un mur pour protéger les Red Necks contre une invasion de sauterelles à deux pattes, ces pouilleux de Latinos, qui vivent dans « des pays de merde » dixit Trump et sa courtoisie habituelle.

Au moment historique où la Chine va devenir la première puissance mondiale, les USA n’avaient pas besoin à leur tête de cet anal fat bête. Le Royaume-Uni n’avait pas non plus besoin du Brexit, ni l’Espagne des indépendantistes catalans. L’Allemagne se serait bien passée de sa crise politique, et l’Europe de l’est de la poussée néo-nazie. Dans ce climat de tensions, l’occident ne peut compter que sur p’tit Macron. Sombre dimanche…

Tous ces pays développés, forts de deux millénaires de culture chrétienne humaniste, cultivant la générosité, l’altruisme et l’aide internationale, ne peuvent pas se replier sur leur égoïsme populiste : tout pour moi, les autres peuvent crever. Non, ça ne marche pas comme ça. Le monde s’est unifié, ce qui touche un pays en affecte beaucoup d’autres, que ça nous plaise ou non. Solidaires ou solitaires ? Verra-t-on des états forteresses, derrière autant de murs de la honte, se servir de leur armement létal pour résister aux vagues d’immigrants ? Si le niveau des mers monte de 6 mètres -hypothèse basse- plus d’un milliard de résidents îliens ou côtiers devront trouver à se reloger sous peine de mort.

Quand votre famille n’a plus rien, vous êtes prêt à tout, je dis bien tout, pour assurer la survie de ceux qui vous sont chers. Des millions de réfugiés vont déferler sur les terres émergées qui seront toutes, bon gré mal gré, des terres d’accueil. Leur faire de la place sera un devoir moral, humain, chrétien, ce qu’on veut, mais un réel devoir. Sinon tu te retrouves égorgé ou tu te réveilles mort. Ce que tu ne fais pas par générosité, tu le feras par trouille. Premier ennemi du guerrier.

Dans les vingt ans qui viennent, le leadership mondial va passer des USA à la Chine. Vue l’imbécillité du fils Trump ou du fils Bush, on pourrait se dire que ça vaut mieux pour le reste du monde. Je l’ai cru longtemps, maintenant j’en doute fort. Il y a quelques années, le mode de calcul du PNB chinois a été modifié. Au lieu de se baser sur la balance commerciale, comme ses excédents commençaient à baisser, la Chine a décidé de retenir un autre critère : l’indice de la construction. Résultat prévisible dans un pays qui n’échappe ni à la bureaucratie étatisée ni à la volonté farouche de plaire au Parti Communiste, les promoteurs se sont mis à construire à tout va. Ils ont d’ailleurs bénéficié de subventions du pouvoir central.

Des villes champignons ont poussé un peu partout sur le territoire chinois qui s’est recouvert d’une jolie couche de béton et d’asphalte. Une copie de Paris avec sa Tour Eiffel et ses immeubles hausmanniens, une copie de New York et de sa statue de la liberté, de Londres avec son Tower Bridge et sa grande roue, des copies de villages suisse, tyrolien, italies, breton sont sortis du sol. Ça évite aux Chinois le prix des billets d’avion. Mais ces parcs d’attractions gigantesques n’attirent que de rares visiteurs. Et personne ne veut y vivre : la quasi totalité des logements restent désespérément vides.

Le parc immobilier chinois totalise aujourd’hui une centaine de villes ou villages fantômes, près d’un milliard d’appartements vacants, qui ne seront jamais occupés. Je doute que la Chine utilise ces logements vides pour y héberger des réfugiés climatiques, ce qui serait pourtant la meilleure idée. On estime les capitaux immobilisées à plusieurs milliards de milliards d’Euros. Quand cette bulle immobilière va éclater, ce qui n’est qu’une question de temps, des pays comme les USA, étroitement liés à la Chine, vont se prendre la baffe du siècle, auprès de laquelle la crise des subprimes et celle de 1929 feront figure d’amuse-bouche. Alors le leadership mondial reviendra à la France macronienne triomphante, qui va annexer le reste de l’Europe, relancer un vaste empire colonial, soumettre les Amériques, juger Trump, mater la Russie et réduire la Chine en esclavage. Non je déconne, il n’y aura plus de leadership mondial parce qu’il n’y aura plus de monde à diriger.

Inutile de tourner le problème dans tous les sens. Il n’y a qu’un seul gâteau, et nous serons 10 milliards à en vouloir une part. Il n’y a qu’un seul gâteau, ça fait des siècles qu’on en bouffe tant qu’on peut, en Indochine, en Afrique, partout où on peut voler ceux qui n’ont rien. La donne a changé. Ils veulent leur part, et aussi la nôtre, parce qu’elle est usurpée. Alors deux solutions : soit on partage, quitte à tout perdre. Soit on donne tout tout de suite, et on se nourrit de prana. Personne ne nous a dit que nous sommes vissés pour toujours à la matière. A la matrice. On peut sortir de la crise par le haut. Par le sommet du crâne, pour être précis. Partager, garder pour soi, tout donner, chacun fera ce qu’il voudra. Dès qu’il aura retrouvé sa stature. Sa dignité humaine. Et ça n’a qu’un chemin, l’éveil. Tu as attendu toute ta vie, tu ne vas pas mourir sans lâcher la purée ? Éveille-toi. Il n’y a pas d’autre choix. Secoue-toi tout de suite ou tu resteras dans la gibecière. Peu importe son propriétaire. Le gibier au fond du sac sera toujours toi.

C’est un monde d’illusion, un monde de maya. Ne te laisse pas prendre au piège virtuel où ton âme un instant s’est posée dans ce corps qui n’est pas toi, juste un véhicule, juste des fringues. Évade-toi de cette prison, arrache de ton cou le collet qui t’a pris, oublie la glu de toutes tes manies, drogue, alcool, fesse, travail, les belles caisses, le jeu, le succès, la monnaie, le sale pognon — sors-toi de ce traquenard à deux balles. A peau de balle ! Ce qui se voit de toi, ça n’est pas Toi. Tu vaux mieux que ça. Au delà de ton corps il y a l’âme, la toute-puissante, la toute-savante, la toute-consciente. L’âme qui te connaît de toute éternité, l’âme qui t’aime et qui veille sur ton corps quand ton tonus est mort, l’âme qu’un beau jour tu retrouveras, dans cette vie souhaitons-le. Merlin nous l’a promis, Merlin n’a pas menti. N’en déplaise aux crétins.

Et si tu n’as plus besoin de rien qui s’achète, si tu as envie de vivre en ascète, fais don de tes biens aux gens dans le besoin, à celles qui n’ont rien, à ceux qui ont faim, aux enfants qui ont soif, qui ont besoin d’apprendre, qui veulent vivre encore une heure, encore un jour, demain. Ton argent sera dans de bonnes mains. Quand tu as plus que ce dont tu as besoin, fais-toi une plus longue table et pas une clôture plus haute.

Un homme fait son devoir – en dépit des conséquences personnelles, en dépit des obstacles, des dangers et des pressions – et c’est la base de toute morale humaine.
Winston Churchill