Haïti, terre du Vaudou

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« La mode zombi a croqué la planète jeunes. Faces blanchies, sapés de noir, hérissés de plaies, les zombis plaisent. Ils font des émules. Mais faut pas se gourer : les zombis, c’est pas eux, c’est nous. » (source)Lao Surlam

J’ai eu le privilège de rôder un peu dans ce pays magique à une époque où il l’était. Je ne sais si la magie sacrée a survécu à la folie meurtrière des éléments et des multinationales étasuniennes, mais je n’ai pas envie d’aller vérifier. A la place, je vous invite sur les pas du jeune homme que je fus.

 

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En Haïti, on ne plaisante pas avec les zombis. En ce pays vaudou, on croit dur comme fer à ces morts-vivants plutôt dégueu. C’est de la sorcellerie pure et simple. Le sorcier s’empare d’un cadavre peu après le décès. Par des rituels secrets, il ranime le corps, sans conscience, sans volonté propre. Le zombi ainsi créé devient l’esclave du sorcier qui l’exploite sans répit ni repos, les morts n’en ont pas besoin. Dans une jeep japonaise sur des pistes défoncées, on visite l’île et ses pièges.

Un jeune garçon nous a tanné pour nous servir de guide. Son verbiage incessant ne l’empêche pas de sourire. Le malin petit frère n’a peur ni des serpents mortels, ni des mygales, ni des tontons-macoutes, les pires des trois.

 

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Ex-milice privée des Duvallier – tyrans historiques – les Macoutes sont des bandits sans foi ni loi. A éviter. Déjà loin de Port-au-Prince, la jeep longe un champ où des moissonneurs travaillent dur, quand notre intrépide jeune guide plonge au fond de la jeep.

Il tremble sous un siège. « Zombis ! » souffle-t-il.  Là, un des moissonneurs se tourne vers nous. Dans ses yeux, rien qu’une flaque grise. L’absence de regard déclenche l’horreur d’une infinie tristesse. La jeep fait un bond en avant à l’assaut de la montagne.

Ce jour-là est resté le jour des zombis. Nous faisions route dans la sierra désolée, grise, aux arbres rares, pour assister à la principale cérémonie du vaudou haïtien, le pélerinage de Saut-d’eau Ville-Bonheur. Après cette poignante mise en train, nous allions vivre des moments rares.

  

Deux Zoreilles à Saut-d’Eau

 A ras du précipice, la jeep double des camions peinturlurés qui brinquebalent dans les lacets, tandis que leurs passagers trop nombreux, entassés dans la benne comme des sacs de ciment, hurlent des cantiques pour tromper la peur  : « Jésus prends le volant » !

Enfin voici Saut-d’eau : des files de cases le long d’un sentier où la terre battue est si douce que nous avons ôté nos sandales pour la fouler pieds nus. Les ruelles grimpent à l’assaut d’une colline où grouillent des fidèles en extase, des enfants et des femmes.

Combats de coqs dans les cours bariolées. Sorciers ivres qui vaporisent du rhum sur les passants. Ici on égorge une chèvre, là des fillettes nues marchent sur un lit de braise, ou bien se roulent sur des tessons de verre et se relèvent sans une égratignure,  partout des odeurs fauves et criardes comme les couleurs comme la musique ; et au bout, une fourmilière humaine sous la chute d’eau, celle qui a donné son nom à ce village, Saut-d’eau-Ville-Bonheur. Sauvage et splendide, l’écho lointain de notre divinité oubliée.

Recevoir une chute d’eau de vingt mètres droit sur la fontanelle fait toujours le plus grand effet. S’il s’agit d’eau sacrée, l’effet, sans doute, est décuplé. Nous avons ôté nos fringues, nous sommes allés sous la dure douche du baptême vaudou. Un baptême que tout bon croyant doit prendre chaque année.

Il y avait 10.000 personnes et pas un touriste. Nous étions les seuls blancs. Mais le Saut d’eau se fout de la couleur de la peau. Ici, il y en a pour tout le monde. Parfois les Haïtiens sont endeuillés par un séïsme. Ils n’ont rien, la fureur des éléments réduit ce rien à néant.

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La nuit des Morts-Vivants

Le zombi n’est pas un vampire qui se nourrit de sang, ni un mort-vivant qui sort la nuit du cimetière pour manger les braves gens. Le zombi est un mort que les sorciers ont harnaché. Une vraie personne qui est devenue une sorte de robot, animé d’une apparence de vie, capable d’action sur la matière : tenir des outils, agir, marcher, mais incapable de courir ou de parler. Les Haïtiens ont cent trucs pour identifier les zombis. C’est bien inutile. Un zombi, ça se reconnaît aussitôt.

Il a des gestes saccadés, mécaniques. Et de ces yeux ! Un regard terne, opaque et dénué d’expression. Quand on en a vu un, on n’oublie jamais, dût-on vivre 130 ans. Certains auteurs prétendent que ces êtres sont tout simplement de pauvres drogués, soumis corps et âme au sorcier qui les fait marner sans répit ni pitié.

C’est fort possible, la possibilité de faire travailler les morts ne semble pas tellement extraordinaire dans le contexte ahurissant de la plus ancienne république noire de la planète. Bon, plus ancienne si l’on ne parle que des temps modernes, bien sûr.

Car dans une lointaine antiquité, les Noirs d’Afrique ont développé une civilisation florissante qui a dû connaître la république…. même si, depuis lors, le peuple noir a sagement choisi la voie de la nature. Ce dont les blancs ont lâchement profité pour les réduire en esclavage…. et dont ils abusent encore en pillant sans vergogne les ressources minières du continent africain. 

Si les zombies suscitent la terreur des Haïtiens, les sorciers qui les ont réduit en esclavage inspirent une terreur plus affreuse encore.

« Selon le culte vaudou, Dieu le Grand Maître est au-dessus de tout et a créé les esprits, les loa, qui sont au service de l’homme. Après le baptême catholique, l’adepte est placé sous la protection de son loa racine, sorte d’esprit tutélaire de la famille. Ensuite, au cours d’une initiation, il revêt une nouvelle personnalité.

 

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Dès lors, il devra servir le loa maître-tête, qui assume la direction de sa vie. La prise de possession par ce maître se fait où cours d’une cérémonie où des animaux, des volailles le plus souvent, sont immolés. Les officiants sont le uga, prêtre vaudou, ou mambo pour une femme ; le boko est le magicien qui peut faire le bien ou le mal, et le loup-garou, le sorcier. » (source)

On reconnaît le culte Yorouba qui se pratique encore aujourd’hui dans une bonne partie de l’Afrique de l’ouest.

 

Un culte Yorouba

Rien d’étonnant, puisque cette terre d’Afrique occidentale est le pays d’origine du vaudou, qui a ensuite gagné les Antilles et le Brésil, importé par les esclaves noirs. De voir ce culte africain en Haïti, on s’émerveille de sa pertinence : n’est-il pas né il y a des millénaires, tout près d’ici, sur l’île engloutie que Platon avait nommé l’Atlantide ?

L’histoire est un vieillard bègue qui joue au yoyo. Elle est passée par ici, elle repassera par là. Et le culte vaudou, au moins dans sa partie zombis, a conquis la planète jeunes.

Ce qui est mérité. Les zombis ne sont pas une invention d’Hollywood, mais la vraie vie des Yoroubas, des Brésiliens, des Haïtiens et d’autres. N’en déplaise aux esprits forts, le monde est infiniment plus complexe que l’image qu’ils en ont. Un esprit fort, souvent, c’est une tête malade. L’excès rationaliste lui a rongé les neurones. Il pense, donc il n’est pas. Heureux ceux qui ont des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un coeur pour aimer ! Combien d’esprits forts qui n’ont de coeur que pour les infarctus !

 

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Le Danseur intérieur

Ça fait travailler les médicastres et les bouchers-charcutiers de viande humaine. Les vampires de cinéma, ce sont eux. Eux qui se nourissent de votre chair et de votre sang, et qui en vivent mieux que vous ! Eux qui fabriquent des poisons à se fourrer dans le corps par tous les orifices, comme si ce qui soigne pouvait venir de l’extérieur. La Source qui jaillit en chacun de nous, peut nous guérir en une fraction d’instant. Les Amérindiens l’appellent le Grand-Esprit, ils disent aussi le Danseur, ou le Guérisseur Intérieur…

 

amerindien-souriant-stefKervor-200poLe Guérisseur est tapi en vous, il attend son heure. Quand vous êtes malade, il se désole en attendant un signe de votre part. Jamais il n’agirait sans ordre, il vous respecte trop, il vous aime plus que tout. Pour lui, vous êtes son Dieu. Et pour vous, qui êtes-vous ? Pourquoi croirait-on plus longtemps les âneries de la télé, de la religion ou de la science ? Tous ces prêtres nous bouffent la tête. Pour voir la Vérité belle et nue, nul n’a besoin de personne. De quoi peut-on manquer quand on est Tout ? Seulement voilà, le monde nous donne de nous-même une autre image. Terne, presque transparente à force de trahir nos aspirations secrètes.

 

Oiseaux de Paradis à qui des nains ont coupé les ailes, nous errons désemparés dans une cage dorée qui ne peut éclipser nos Rêves. Alors on va au ciné voir les Zombis, des hommes qui n’en sont plus, privés de vie vraie, privés de toute grandeur, vides d’espoir, vides encore plus par leurs plaies d’où s’écoule le précieux fluide vital, nous les adorons parce qu’ils nous ressemblent, ces bannis qui expriment à merveille notre désespoir inconsolable :

L’armée des nains nous a tous zombifiés.

 

L’humanité est contrôlée mentalement et elle est à peine plus consciente qu’un zombi moyen. (David Icke)

 

Je n’ai jamais fait une seule découverte selon le processus de la pensée rationnelle.
Albert Einstein