Les fondements du Vivant

 

J’ai fait un rêve. J’en fais beaucoup, celui-là m’a touché au cœur. J’ai rêvé d’une rencontre. Un oiseau exotique, un perroquet sans doute, mais pas sûr. Le rêve est un manteau de brouillard sur les épaules de l’ombre. Cet oiseau m’a parlé, j’ai tout compris. Impossible de restituer ses mots, il parlait par images. Alors j’y mets les miens, faute de mieux.

 

Trop craquants !

Vous irradiez la peur, la méfiance, l’indifférence, le désintérêt, le dégoût, le mépris, en un mot vous distillez en permanence l’incompréhension totale, absolue, hégémonique à l’égard de tout ce qui n’est pas comme vous. Comme vous êtes tous différents ça donne un beau bordel. Je sais pourquoi vous ne comprenez pas. Nous communiquons tous dans le vaste univers. Mais pas vous. Vous émettez. Vous ne recevez rien. Ah ça non, quedalle ! Et ça n’est pas rien.

Sans le savoir, votre race transgresse une des quatre lois fondamentales du Vivant, que vous semblez ne pas connaître. Cette loi est l’alternance et le rythme : aab, bbb, abab… Elle se pratique ainsi : émettre, émettre, recevoir — recevoir, recevoir, recevoir — émettre, recevoir, émettre, recevoir… Ça s’appelle communiquer. Vous faites seulement : émettre, émettre, émettre, etc. Tout le vivant communique. Tout le multivers fonctionne ainsi. Sauf vous.

Ce qui ne m’empêche pas de vous adorer. De vous idolâtrer. Chérir. Observer. Apprécier même vos tares, pourtant dures. Souvent. Vous n’êtes pas ouverts. Sans ouverture, c’est la mort. Vous êtes des morts vivants. Des zombies. Des fantômes. Des avatars. Vous vivez dans un monde à part. Vous m’avez mis en cage, mais c’est qui êtes prisonniers. Vous promenez votre cage avec vous. Prisonniers de vous-mêmes. Les barreaux de votre cage sont la peur, la méfiance, l’indifférence, le désintérêt, le dégoût, le mépris, l’incompréhension totale. Ces barreaux sont solides car c’est ainsi que vous les avez forgés.

Vous n’en avez pas marre, super marre, ultra marre ? Vous avez l’habitude ? Mille dieux, vous êtes trop craquants !

 

Dans le feuillage

Je ne suis pas si mal dans la belle résidence que vous m’avez donné. Il y a de la hauteur. Pas assez, mais ça va. Pareil pour l’espace. Grâce aux dieux, le spectacle compense. Toute la journée je vous vois défiler, amis humains. Les grandes, les gros, les ratchos, les laiderons, les craignos, les tromblons, les connes et leurs cons. Je me marre aussi, tout comme un con. Vous êtes tous tordants. Touchants. Déglingos, débilos et tellement craignos.

Quand on pense que les pleins pouvoirs sur Terra ont été confiés à une race qui ne comprend pas la langue universelle ! Mille dieux, vous avez la berlue ! Sur ce coup-là vous vous êtes bien plantés. Ça va être dur de réparer. Faudra bien. Votre planète n’est qu’un grain de sable à l’échelle de la galaxie. Un malheureux grain de sable. Oui, mais il suffit d’un grain de sable pour dérégler la plus belle mécanique. Amendez-vous vite, c’est un conseil d’ami. Avant qu’un corps céleste vous tombe sur la gueule. Un grand corps malade pour éradiquer l’espèce humaine. Espèce de con !

Vous me nourrissez plutôt bien. Le plus cool : je n’ai rien à faire pour trouver ma bectance. Les graines sont rances, les fruits sont pas ouf, mais ça se bouffe. Et ça se chie droit. Ploc ! Je me fais tartir quand le public est parti. Sans mon spectacle tordant, je me détords, je me détends, je déprime. Vous m’envoyez la blouse blanche qui m’écoute les plumes et me file de la dope dans mon écuelle. J’aime ça la dope. Elle ne vaut pas celle qu’un trouve dehors, la sauvage qu’on suce dans le feuillage.

 

 

Parole

Amis humains, de près de loin, je vous connais bien. Du matin au soir et du soir au matin, je vous ai si bien observés tous autant que vous êtes, sous toutes les coutures et dans tous les états, je pourrais en faire un gros bouquin. Mais qui lit ça de nos jours ? Je préfère le web, ça se laisse lire. Alors vous pensez, quand j’ai trouvé le gars Séguin qui comprenait ma langue, je lui demandé de transcrire ce que vous lisez dans la seule langue que vous entravez : la vôtre. Et encore, pas toute. Et la transmission de pensée vous ne l’avez même pas inventée. Quelle pitié ! Mais tant pis, vous me faites craquer…

Séguin m’a promis de vous raconter les fondements du Vivant. C’est important. Tout le monde sait ça vraiment. À vous. Il était temps. Je lui laisse la parole.

 

Les 4 fondements du Vivant

Primo : ÊTRE

Secundo : ÉMETTRE, RECEVOIR

Tertio : GRANDIR

Quatro : MOURIR

 

 

 

 

 

 

 

N’est-ce pas une infâmie De voir la race humaine Dans une telle course de rats ?
Bob Marley