
À la demande générale d’une foule de deux ami(e)s, je me résous à publier deux trois poèmes que j’ai commis. Ces chansons datent d’une époque révolue, je n’oserai plus les interpréter. Bizarrement, la plupart s’adressent au vieillard que je suis devenu à présent. Quand je les ai écrites, il y a des années, je n’y comprenais rien…
J’y passais mes nuits à l’insu de ma famille. Je n’ai jamais eu besoin de beaucoup de sommeil. L’énergie astrale m’a soutenu dès l’enfance, sans que j’y trouve rien d’anormal ni d’extraordinaire. Grattant la guitare dans le métro parisien, j’ai côtoyé de nombreux chanteurs avant qu’ils soient célèbres. Par une chance incroyable qui m’a toujours souri, j’ai chanté avec Pete Seeger, Steve Waring, Graeme Allwright et d’autres à l’Église Américaine de Paris. Ou sur les marches du Sacré-Cœur avec Polnareff encore inconnu.
Malgré tout ça, le trac ne m’a jamais abandonné. Ce soir, je l’ai encore et de plus belle. Voilà l’objet de ma honte. Pardonnez-moi cette nostalgie qui me prend et ne me lâche pas.

Quand j’y pense
(1965)
intro
Ainsi font font font
Les jours les meilleurs
Fondent fondent fondent
Et jouent pour du beurre
1
Je me dis quand j’y pense
Et j’y pense souvent
Que sa plus longue danse
N’a duré qu’un instant
2
Je revois dans mes rêves
Chaque nuit chaque fois
Son apparition brève
Sa courte envie de moi
3
Par hasard posé sur son nez
Cet air de ne pas y toucher
Quelque part dans ses yeux profonds
La chanson d’ainsi font font font
(pont)
Voici maintenant
La chanson de tes amants
Le pont de bois
Où l’on noie les petits chats
4
Des yeux verts ou bruns
Ou des yeux bleu-ciel
Cheveux noirs châtains
Ou couleur de miel
5
Tristes funérailles
Longs enterrements
Pour un petit bail
Mais pour trop de gens
6
Tu n’aurais plus d’eau
Dans tes yeux profonds
Versant des sanglots
Pour trop de garçons
7
C’est moi qui ai pris
Ton rôle au sérieux
L’onde s’est tarie
Au fond de mes yeux
8
Je me dis quand j’y pense
Et j’y pense souvent
Que sa plus longue danse
N’a duré qu’un instant
9
Je revois dans mes rêves
Chaque nuit chaque fois
Son apparition brève
Sa courte envie de moi
Mauvais souvenirs, soyez pourtant les bienvenus, vous êtes ma jeunesse lointaine !

Au Travers d’en haut
(1969)
1
Ce n’était pas un travailleur d’usine
un employé de bureau
c’était un laboureux d’Erquy
qui prit ses hardes ses habits
pour s’en aller
comme il voulait voir du pays
(refrain)
Et tout au long de son chemin
au nez des vaches à la barbe des trains
il y allait de son refrain :
« Dieu qu’il fait bon et beau et chaud
au Travers d’en haut
hue dia hisse et ho
Travers d’en haut
2
Notre bon gars roula sur des machines
vogua sur des bateaux
du Cap Horn à la Laponie
Osaka Nouméa Bali
il est allé,
il étalait sans un radis
Mais tout au long de son chemin
au nez des phoques à la barbe des grains…
3
Notre luron sauta dans les collines
les jardins les châteaux
de chastes filles de marquis
il s’envoya les autres aussi
qu’il emballait
comme il voulait
trois dans son lit
Mais tout au long de son chemin
au nez des biches à la barbe des foins…
4
Notre Breton goûta toutes les fines
et tous les apéros
slivovitz et schnaps et raki
saké, vodka, grappa, whisky
pour picoler
il fallait voir son appétit
Mais tout au long de son chemin
au nez des outres à la barbe des vins…
5
Notre filou fuma l’opium en Chine
le haschich au Congo
Kingston Cachemire et Colombie
Madagascar Californie
question planer
N’y a pas meilleur planeur que lui
Mais tout au long de son chemin
au nez des yacks à la barbe des saints
il y allait de son refrain :
« Dieu qu’il fait bon et beau et chaud
au Travers d’en haut
hue dia hisse et ho
Travers d’en haut

Ce jour venant
(1972)
1
la nuit est sur mes pas
le vent qui vient du froid
emporte au midi
ce foulard qui danse et qui
me parle un peu de toi
ce cargo-là
demain matin m’emportera
2
y a tant et tant d’histoires
dans un chiffon qui part
qui prend le chemin
que je prendrai dès demain
y a tant de mers à boire
ce chemin-là
je crois je n’en reviendrai pas
3
c’est seul et sans secours
capitaine au long cours
premier maître à bord
du mal qui me sert de corps
au point de non-retour
ce chagrin-ci
toujours me tiendra compagnie
4
les feux de la Saint Jean
où mon dernier argent
en multiples mains
fit couler mon dernier bain
j’ai tout payé comptant
cet argent-ci
c’est le cadet de mes soucis
5
la nuit est sur mon dos
le noir qui vient de l’eau
ferme pour toujours
les rideaux sur cet amour
demain il fera jour
ce jour venant
mettra terme à mes tourments

Isabelle
(1973)
(refrain)
Isabelle Isabelle
je me souviens de chacun
des gars qui t’ont tourné autour
Isabelle Isabelle
je me les rappelle aussi bien
que quand j’étais gamin
sûr le moins qu’on peut dire
j’ai vieilli
mais j’ai gardé ton sourire
au fond de mes yeux gris
(refrain)
Isabelle Isabelle…
mon histoire commence
à durer
mais en attendant la chance
on voit pas le temps passer
(refrain)
Isabelle Isabelle…
si je prête à rire
c’est tant pis
un cœur mort serait pire
que ce front dégarni
(refrain)
Isabelle Isabelle…
sûr le moins qu’on peut dire
j’ai vieilli
mais si longtemps qu’on respire
rien n’est jamais fini
(refrain)
Isabelle Isabelle
je me souviens de chacun
des gars qui t’ont tourné autour
Isabelle Isabelle
je pourrais te dire mais tu t’en fous
que je t’attends toujours

La baleine
(1980)
quatre marins
de pêche à la baleine
s’étaient allés
dans ces contrées lointaines
très lointaines très lointaines
où qu’on pêche la baleine
premier marin
l’avait autour du cou
un jésus-christ
quel il tenait beaucoup
nait beaucoup nait beaucoup
pour pêcher la baleine
l’un disait rien
faut pas gâcher sa peine
l’avoir c’est rien
mais faut qu’on la ramène
qu’on ramène qu’on ramène
qu’on ramène la baleine
l’un tout gamin
qui comptait les étoiles
tiens bon la main
sur l’écoute de grand’voile
de grand’voile de grand’voile
pour pêcher la baleine
dernier c’est moi
souffleur d’harmonica
joue pour ceux-là
qui se rappellent parfois
se rappellent se rappellent
que tu pêches la baleine


