Le chat guérisseur

Cher John, mon ami, cela fait longtemps que nous nous connaissons. J’ai une tendresse particulière pour toi qui passes des heures et des années cloué dans ton fauteuil roulant. J’ai voulu te guérir par les ondes scalaires, sans effet pour l’instant. Attendre et voir… En parlant de guérison, voici ton dernier message :

Mon cher Xavier, je suis nul en communication ces jours-ci. J’ai collectionné des plaies ouvertes qui ne guérissent pas.  La douleur se colle à la douleur existante, comme le sparadrap sur la casquette du Capitaine Haddock. Saint Sébastien sans la piété, quelle horreur, je préfèrerai éviter ça.

Malgré mon apparente incapacité à assurer ma propre guérison, j’ai pu en aider une autre : celle du chat – il n’est pas à moi, il appartient à une famille qui vit à 150 mètres de chez moi. Il m’a adopté. Il a vécu ici pendant deux ans quand il y avait des problèmes chez lui. Visiteur régulier, il aime venir manger, boire, dormir en ma compagnie. Je suis son ami le « Chien Bleu » : c’est ce que j’ai appris en méditation.

Un après-midi du mois dernier, il est rentré en boitant bas, tout grognant de douleur. Il pouvait manger – pas de blessures internes – mais quelque chose avait frappé sa hanche et sa jambe droite, peut-être un vélo ou la botte du concierge. Tout ce qu’il pouvait faire était de se reposer, alors il est resté ici. Quand il est devenu évident que c’était grave, je suis allé prévenir sa famille. Mais le chat ne voulait pas me quitter. Nous avons décidé qu’il resterait ici.

J’ai préparé son lit, et je me suis demandé ce que je pouvais faire de plus. Impossible de toucher sa blessure. À l’instinct, je laisse la paume de ma main planer d’avant en arrière à quelques centimètres au-dessus de lui. Assez rapidement, je trouve un point chaud à la hanche droite, de la taille d’une main. La mienne reste au dessus pendant que je lui envoie des ondes de guérison et d’amour, pendant une minute ou deux. Quand je retire ma main, la chaleur reste dans la paume et je l’essuie en disant : « jetons la douleur. »

Le deuxième jour, le point chaud se rétrécit, mais quand je tiens ma paume au-dessus, sa queue tremble et frémit comme agacée, mais il ne proteste pas. Le troisième jour, le point chaud a presque disparu et il me lèche les doigts quand je pose ma main sur lui – sa mobilité revient peu à peu.

Au tout début, en voyant sa blessure, j’avais dit à sa famille « ça prendra cinq jours » – je ne suis pas vétérinaire, cette estimation m’est venue je ne sais d’où – mais le soir du quatrième jour, après une gâterie de thon cru, il est sorti une heure et demie. Énergique au départ, il est rentré épuisé. Il avait rendu visite à sa famille avant de revenir vers moi. Il se testait à chaque étape – le saut a demandé encore plusieurs jours. Dès qu’il le pouvait, il me rendait visite sur mon lit et s’allongeait sur le côté gauche de mon corps, sur mon cœur, ronronnant d’affection.

Maintenant, il est presque revenu à son moi normal. En vérité, c’est lui qui a géré sa respiration et sa physiothérapie. Je n’étais que son assistant, mais j’aime à penser que mon Reiki amateur a aidé son processus. Donc, à partir de quelque chose vraiment négatif, une expérience positive a résulté.

C’est un vrai cadeau pour nous deux, en fin de compte.

Innombrables sont nos voies et nos demeures incertaines. (St John Perse)

L’humanisme du 18e siècle a défini l’être humain de façon beaucoup trop restrictive : il l’a défini comme être pensant au lieu d’être vivant.
Claude Lévi-Strauss