Loulou m’a dit

 

Le 19 janvier 2015, Loulou a quitté cette planète. Ma mère lui manque, à la planète en question. Sa façon de parler lui manque. Ses trouvailles, ses locutions démentes, ses vannes dont j’étais la cible, je refuse que ça sombre dans l’oubli. D’où cette bouteille à la mer. Morceaux choisis.

Maman m’a dit

(quand je frimais) Tu ne te mouches pas du pied – Tu te redresses comme un pou sur une pelle chaude – Y a pas où (pour : il n’y a pas de quoi)

(dans l’obscurité) On veille un mort ici ! Il fait noir comme dans un four – (variante) il fait noir comme dans le derrière à Pataud –

(quand je rentrais d’un camp scout) Tu es sale comme un peigne, un vrai porc catchon (?) – On en prend plus avec son nez qu’avec une pelle –

(d’un de mes copains) Il a de qui tenir, c’est la tête coupée de son père. Les chiens font pas des chats –

(d’une sale fille) – Tu parles d’une souillon ! Elle marque mal ! – Elle prend sa honte pour honneur –

(quand j’étais maladroit) – Tiens-le mieux que ça, tu as les mains en pâté de foie –

(quand j’étais casse-pied) Tu es remonté comme une sonnette – Change de disque ou retourne-le – Ce que tu peux me faire endêver  – Numérote tes abattis – Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour mériter une telle engeance ?

(quand je partais vexé) Bon vent ! La paille dans le derrière et le feu dedans ! – Tu fais ta tête de cochon

(Loulou s’ennuie) On se fait suer à cent sous de l’heure – On se fait tartir comme un rat mort (variante) comme un croûton derrière une vieille malle – C’est gentil quand on y passe mais s’il fallait y rester !

(quand je chantais faux) Sans cet air-là, on étouffait ! – (variante) Tu nous chantes ça sur l’air de « je me brûle l’œil au fond d’un puits« 

(quand je chantais mal) Tu nous les casses avec ta voix de mélécassemélange d’eau de vie et de cassis !

(d’un couple pénible) Ils ne déparent pas deux ménages –

(quand j’inventais) Raconte ça à un cheval blanc, il te fichera un coup de pied – (varianteson origine italienne) Si non e vero e bene trovatesi ce n’est pas vrai c’est bien trouvé – Tu mens comme tu respires (variante) Tu mens comme un arracheur de dents.

(quand je lui disais : pourquoi tu me regardes? ) Un chien regarde bien un évêque –

(quand j’étrennais un vêtement) On se saoule mais on se nippe – Tu t’es mis sur ton trente-et-un(allusion à la Saint Sylvestre?) avec ton col à manger de la tarte – 

(quand j’étais mal fringué) Tu es fagoté comme l’as de pique – Tu es laid comme 36 poux – Tu es trempé comme une soupe – Il faut suivre la mode ou quitter le pays –

(d’un vêtement trop petit) On dirait que tu as pleuré pour l’avoir –

(quand je voulais une rallonge d’argent de poche) Tu peux toujours courir ! – Il te manque toujours 99 sous pour en faire 100 – Qui est-ce qui m’a foutu ça et qui ne l’a pas balayé ? – 

(Loulou philosophe) L’enfer est pavé de bonnes intentions (variante) L’enfer est rempli de gens indispensables – La nuit tous les chats sont gris – On se reposera quand on sera mort – Faire et défaire c’est toujours travailler – Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt – La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres – La vie est une tartine de merde et tous les jours on en mange un petit peu –

(Loulou gourmande) – Mmh ! Ça fond dans la bouche comme un pied de tabouret – C’est le petit Jésus en culottes de velours – Chacun son sale goût – On en mangerait sur la tête d’un teigneux – De quoi de quoi Zernest ? Des haricots ? Un jour de paye ?

(Loulou sceptique)  – Il m’apporterait la lune sur un plateau d’argent – Promesse d’ivrogne – Qui veut faire l’ange fait la bête – Les caresses de chien ça donne des puces – C’est un cautère sur une jambe de bois – Tu as les mains froides comme celles d’un serpent – Cœur de beurre qui fond à la chaleur du radiateur –

(Loulou inquiète) – Je me fais des cheveux – Je me fais un sang d’encre –

(quand je glandais) Tu ne fais rien de tes dix doigts – Tu as les côtes en long – Tu as un poil dans la main qui te sert de canne –

(quand je disais une ânerie) Une seule à la fois mais ça se bouscule au portillon – Autant qu’un évêque peut en bénir – Quand il y a un imbécile pour faire l’idiot tu es du nombre –

(quand je lui demandais ce que j’aurai pour Noël) Un petit rien bordé de jaune emmanché dans une dent de poule – Il n’y a de la veine que pour la crapule –

(quand je boudais mon assiette) Mange ! Tu sais pas qui te mangera –  Ça tue les enfants qui ont des vers – Mange ta salade ! C’est le coup de balai de l’estomac – Plus d’herbe on mange, plus bête on devient –

(d’une femme qui louche) Elle a un œil qui dit merde à l’autre – Les yeux louches et bordés d’anchois –

(d’un homme louche) Avec son air d’en avoir deux – Quelle gueule de raie ! – Ça l’affiche mal – Il prend sa honte pour honneur

(d’un homme désagréable) – Aimable comme une porte de prison – Il sourit chaque fois qu’il lui tombe un œil

 

Nous sommes tous des visiteurs de ce temps, de ce lieu. Nous ne faisons que les traverser. Notre but ici est d’observer, d’apprendre, de grandir, d’aimer… Après quoi nous rentrons à la maison.
Sagesse aborigène