Ayahuasca, vin de l’esprit

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D’une pratique ancestrale et toujours régulière en Amérique latine, le vin de l’esprit répond à une préoccupation majeure pour tous les peuples chamaniques, la quête de vision.

Comme le peyotl au Mexique, l’ayahuasca du Brésil  et des Andes est un allié, un donneur de rêve et un poison mortel. A l’instar de Benny Shanon, les Occidentaux sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à cet hallucinogène. 

Qu’est-ce que l’ayahuasca, au juste ?  C’est à la fois le nom d’une potion psychoactive des Indiens d’Amérique du sud et celui du principal ingrédient qui la compose, une plante du genre Banisteriopsis. Mixture que les Indiens nomment le vin de la jungle, aux innombrables recettes. Près de cent plantes différentes pourront être ajoutées ici ou là pour composer cette potion, en usage dans de nombreux pays d’Amérique latine,  comme le Panama, le Brésil, l’Equateur, le Venezuela, la Colombie, le Pérou et la Bolivie, et connue sous des noms divers : yajé, caapi, natema, pindé, kahi, mihi, dápa et bejuco de oro, « le nectar d’or ». 

Sous son nom générique Ayahuasca, le « vin de l’esprit » passe pour donner des pouvoirs télépathiques et d’autres effets psys.

Richard Schultes, après des années de recherches botaniques en Amazonie, a fréquenté de nombreux usagers de l’ayahuasca.

 

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Son point de vue est instructif : « L’ingestion d’Ayahuasca entraîne des nausées, des vertiges, des vomissements, et conduit à un état euphorique ou agressif. Les indiens ont fréquemment la vision d’animaux prédateurs menaçants, comme le serpent ou le jaguar. » 

Au delà de la menace, le serpent comme le jaguar sont des animaux totémiques renvoyant précisément aux dieux d’avant. « Pour le chamane, la drogue est utilisée pour faciliter le diagnostic de maladies. Mais son usage va beaucoup plus loin. En prenant de l’Ayahusaca, tous les Indiens voient les dieux, les premiers hommes, les animaux totémiques; ils comprennent le sens de la vie et la sagesse de leur ordre social. » (source)Richard Schultes et Albert Hoffman, « The Plants of the Gods: Their Sacred, Healing, and Hallucinogenic Powers » (1979)

Les premiers Européens à mentionner cette drogue, des Jésuites prosélytes de 1737, la décrivent en termes moins positifs : « Leur potion diabolique, un véritable poison, est absorbée à des fins divinatoires ou autres ; les indigènes l’appellent ayahuasca, le vin qui prive l’homme de l’entendement et à la longue, de la vie. » Il est vrai que certaines recettes, notamment le mélange appelé yari huangana peut causer la perte de conscience et même la mort s’il n’est pas pris avec de grandes précautions. Les Indiens pensent que plus le mélange est dangereux, plus les visions sont puissantes. Méfiage, méfiage…

 

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Ghillean Prance rapporte une anecdote amusante recueillie en Amazonie : « J’ai connu un capitaine de l’US Air Force qui avait emmené des Indiens en pirogue jusqu’au cinéma de Tarauacá. Les Indiens avaient été très déçus du spectacle, un western et un documentaire sur le Brésil. Ils lui dirent qu’ils avaient déjà vu tout ça et bien mieux encore sous ayahuasca. A l’avenir, ajoutèrent-ils, on prendra de l’ayahuasca, ça nous évitera tout un voyage en pirogue pour des visions de second ordre. » (source) 

Exact. Mais ceci n’est valable que pour les Indios. C’est inscrit dans leurs gènes. La mémoire de leur peuple. Leurs racines. Et surtout pas les nôtres.

Quand on voit tous les imbéciles, cheveux au vent, qui partent au bout du monde pour un voyage magique, on frémit. Cette expérience n’a rien de récréatif. On vomit tripes et boyaux. Si le dosage n’est pas strict, si l’hygiène n’est pas impeccable, on prend des risques graves pour sa santé, voire pour sa vie.

Nous avons sur notre terre occidentale tout ce qu’il faut dans la nature pour vivre une belle aventure intérieure. Les champignons et les plantes qui poussent ici sont mieux adaptés au consommateur civilisé.

Pour quelques-uns qui ont expérimenté les effets décapants d’Ayahuasca, très peu en ont pour leur argent. Gare aux faux gourous, gare aux vrais escrocs, gare à votre naïveté. Personne n’est éternel, la jungle tue aussi.

 

D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Moi, je peux vous le dire. Je viens de chez moi, et j’y retourne.
Pierre Dac