Avant le déluge

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Quand la Vague de l’apocalypse a déferlé sur le monde, tous ceux qui ne s’y étaient pas préparés sont morts. Les rares survivants, élite triée sur le volet, ont abandonné des populations entières à leur triste sort.

Qu’on ne minimise pas les talents astronomiques et mathématiques des Atlantes… Quand ils ont redressé la terre, ils savaient pertinemment quel risque ils faisaient courir aux autres hommes. La manip aurait pu échouer. En un sens, si la prouesse d’Atlas reste un exploit, le tsunami géant ne put être évité…

C’est ainsi qu’ils ont pu prévenir tous les Noé de la planète, dont nous avons vu qu’ils furent nombreux. C’est ainsi qu’ils ont eu le loisir de construire ces bunkers d’altitude que sont les mystérieuses cités des cimes. Ils avaient tout prévu, tout calculé, tout anticipé. Et quand la Vague est arrivée, ils étaient fins prêts. L’élite s’est planquée dans des terriers ou des nids d’aigle. Des petits malins se sont fait une arche. Les plus puissants ont pris leur vol vers les étoiles. Mais les autres ?

 

Toutes ces petits fourmis sacrifiées, qui attendaient la Vague?

Etre surpris par un tsunami, c’est une chose. Savoir qu’un tsunami majeur nous fonce droit dessus et qu’il n’y a pas d’échappatoire, c’est une toute autre histoire. En Atlantide comme ailleurs, ceux qui n’étaient ni scientifiques, ni astronautes, ni puissants, il y en avait beaucoup. Ils se savaient condamnés, et pour ceux qui en doutaient encore, tous les signes étaient là pour confirmer l’horreur. Ils ont vu l’île se vider. Ils ont vu les longs navires partir vers la côte américaine, européenne et africaine.

Ils ont vu les élites, noblesse et clergé, monter dans des fusées spatiales. La terre a grondé. Les fusées ont filé vers la voûte étoilée. Sur l’île désertée par la loi et l’ordre, ils sont restés entre eux, les inutiles, les sacrifiés. Leur attente fut-elle courte ou longue ? Assez longue pour que la faim s’installe.  Les villes furent pillées, sans passion, avec une destruction méthodique et sale. Ils se sont bagarrés pour bouffer les restes. Ils ont mangés les animaux domestiques. Ceux du zoo. Puis ils se sont mangés entre eux.

 

Et la Vague est venue.

Partout sur terre, des hommes, des femmes et des enfants affolés courent en tout sens pour échapper au tsunami géant. Mais en vain. Rien ne peut pas résister à un tsunami de quelques dizaines de mètres de hauteur, imaginez un tsunami de plusieurs kilomètres de haut…

Ils furent saisis, noyés, broyés, roulés comme fétus de paille. Ont-ils eu le temps de prier leur dieu qui n’a rien fait pour eux ? Ou seulement le temps de crier ? Que fait-on de ses derniers instants quand on sait qu’on va mourir ?

A quoi pense-t-on quand la mort absolue vous tombe dessus ? Quand on la voit, haute comme une montagne, sur le point de vous balayer ? Les Atlantes sont tous morts en même temps, légions d’âmes frileuses, unies en astral dans leur montée vers la lumière blanche. Ils sont tous partis en même temps vers l’autre monde, dans l’espoir de le trouver meilleur que celui-ci. On est toujours seul devant la mort. Devant sa mort. La mort est une affaire privée, strictement. Tout comme la naissance. Sphère intime. 

Mais en ce temps de télé-réalité, le privé se publie. L’intime s’exhibe. Bourreaux ou victimes, les sados-masos font le buzz. Les attentats-suicides sont une chance pour les martyrs si on les filme.

Et une double chance pour les timides qui peuvent mourir en groupe. Les catastrophes les rassurent, ils se sentent moins seul. Ils vont être servis, j’en ai peur. Ceux qui vont se sentir vraiment seuls sont les survivants. Ils envieront les morts, nous dit la Vierge de Fatima. Espérons que c’est de l’intox.

 

 Il faut être toujours ivre. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules, il faut s’enivrer sans trêve. De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous !
Charles Baudelaire