Cuchulainn tue son fils

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Pourquoi Cuchulainn tua-t-il son fils? Ce n’est ni facile à comprendre ni difficile à raconter. Cuchulainn était allé apprendre les armes chez Scáthach la Farouche, une princesse guerrière de la Terre des Ombres. Il se rendit dans ce pays et servit la magicienne.

La farouche Scáthach déconseilla à Cuchulainn de défier sa sœur Aïfé. Il n’en fallait pas plus pour titiller l’orgueil du géant qui triompha d’elle par la ruse. Aïfé devint sa maîtresse et lui dit qu’elle enfanterait un fils. Alors Cuchulainn fit glisser la chevalière de Lugh qu’il portait au doigt. 

 « Garde cet anneau jusqu’à ce qu’il aille à ton fils, dit-il à son amante. Qu’il vienne alors me chercher en Irlande; que personne ne le détourne de sa route, qu’il ne se fasse connaître à personne et qu’il ne refuse à personne le combat singulier ! » Il dit et commande à son écuyer d’atteler le terrible char à faux, tout hérissé de lames; il se sangle de sept peaux de taureau, qui repoussent les flèches comme pierre ou corne, et par-dessus revêt le manteau des fées, qui rend invisible.

A mesure qu’il se remémore les héros morts, sa fureur guerrière s’accroît; une atroce souffrance tord son corps par métamorphose magique; sa chair frémit dans sa peau tant que chaque jointure frissonne; ses muscles se nouent hideusement. Sa face se déforme. Par sa bouche béante, on voit tantôt trembler ses poumons et ses boyaux, tantôt jaillir des jets de flamme.

La flamme des héros sort de son front, longue comme la pierre à aiguiser les faux. Plus haut, ferme comme un mat de navire, c’est un trait de sang pourpre et noir qui jaillit au zénith, puis se disperse aux quatre coins du ciel, et se fait nuée ténébreuse. Alors il fond sur l’armée, plus fulgurant que la foudre, et de son char les faux, serpes, lames, crocs, harpons, fourches, griffes, ciseaux taillent, déchirent, lacèrent, amputent, démembrent par milliers les Irlandais terrorisés.

Invisibles à ses côtés combattait son aïeul Mac Bygh, le dieu à Longue Main et son père Lugh, fils du Soleil à la face étincelante. Au jour de ses sept ans, l’enfant partit chercher son père. Les Ulates virent venir à eux une barque de bronze et dans la barque, ils virent le gamin, des rames dorées dans ses mains. Il mettait une pierre dans sa fronde et quand il lançait la pierre de sa main droite aussitôt elle se transformait en oiseau qui venait se poser sur sa main gauche.

 

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« Vains Dieux, dit le chef, Si un gamin peut faire ça, je préfère ne pas voir leurs adultes ! Encore un foutu magicien de l’île des Ombres où cette foutue Scathatch affûte ses foutus sortilèges ! Je ne veux pas de ça ici ! – Qui l’empêchera de débarquer ? demanda Bono le Rude.

– Toi, dit le chef. – Pourquoi moi ? dit Bono. – Pourquoi pas ? dirent tous les autres. Bono y alla. Le garçon abordait le rivage. « Reste où tu es, dit le Rude, et dis-nous ton nom, jeune garçon.

– Je ne me fais connaître à personne et je n’évite personne. En ce cas tu n’aborderas pas, dit Bono la main sur son arme. – Je vais retourner d’où je suis venu, dit le jeune homme. – Pas si vite, mon joli ! Si tu t’imagines que ta foutue magie me fait peur, foi de Bono, tu te trompes ! – Laisse tomber, dit le garçon, même si tu avais la force de cent hommes, tu ne ferais pas le poids. Foutu sorcier, dit Bono en allant retrouver les Ulates pour qu’ils désignent un autre champion. 

« Personne ne piétinera l’honneur des Ulates tant que je vivrais ! » dit Conach le Victorieux. « Fais-moi voir à quoi tu joue, gamin, dit Conach– Ce n’est pas de ton âge », dit le garçon. ll mit une pierre dans sa fronde. Il la lança dans l’air en la vrillant si bien que le bruit de tonnerre qu’elle fit en montant jeta Conach sur le dos. Avant qu’il se relève, le garçon lui avait lié les mains. « D’accord ! » dit Conach. Si ce morpion veut la guerre, ça ne sera pas contre moi. A qui le tour, mes champions ? » 

C’était une mission pour Cuchulainn. Il marchait déjà vers le gosse, quand Emer sa bien-aimée mit le bras autour de son cou : « N’y va pas, c‘est ton fils qui est en bas. Je dis vrai, crois-moi ! – Si c’est mon fils, il se fera connaître. Si ce n’est pas lui, il mourra de ma main, dit le géant. Allons, parle, enfant. Qui est ton père, quel est ton nom ? – Je ne me fais connaître à personne et je n’évite personne, répond l’enfant fidèle à la parole. – En ce cas, tu mourras !  – Eh bien soit, dit l’enfant, se jetant sur le héros.

Ils se frappent l’un l’autre. Le garçon lui coupe la chevelure d’un coup d’épée bien placé. « Assez ri ! dit Cuchulainn. Luttons pour de bon. Ils entrèrent dans la mer pour se noyer l’un l’autre, et le fils le fit plonger deux fois. A demi noyé, Cuchulainn le prit en traître avec le javelot-foudre (Gae Bolga – javelot foudre) que Scáthach lui avait donné. Il le lance contre le fils dont les entrailles tombent sur les pieds. Alors seulement Cuchulainn remarque la bague de Lugh au doigt de son fils. Sa colère tombe d’un coup comme la tripaille du marmot.

 

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« Voilà donc ce que ne m’a pas enseigné Scáthach ! Malheur à toi qui m’as blessé ! dit le fils. – C’est vrai. » dit Cuchulainn. Il prend son fils entre ses bras et le porte devant les Ulates. « Voici mon fils devant vous, ô Ulates, dit-il. – C’est vrai, dit le fils. Si j’étais resté seulement cinq ans parmi vous, j’aurais vaincu les hommes de toute la terre, vers l’ouest comme vers l’est, vous auriez eu l’empire depuis les îles fortunées jusqu’à Cambay. » 

Alors il mit les bras autour du cou de chacun d’eux l’un après l’autre; il dit adieu à son père et mourut aussitôt. (source)d’après les divers récits de l’épopée Irlandaise

 

De tous ceux qui n’ont rien à dire,les plus agréables sont ceux qui se taisent.
Coluche