Les érasés vivants sont des effacés, des morts qui vivent encore sans savoir qu’ils sont morts et plus encore. Mon benefactor avait fait le contraire dans son jeune temps, permettre aux morts de l’être encore et de gagner le port. Flornoy appelait ça décrocher les morts.
Tout avait commencé par un courrier, quelqu’un qui se plaignait que sa grange soit hantée. Mon pote y va, trop content de se frotter aux fantômes. Un inédit pour lui. La grange était une chapelle médiévale en assez bon état. Comme elle était sur son terrain, le paisanprononciation gallo, paisan, pèsan en avait fait sa grange à foin. Mon pote y entre, il sent une présence apeurée.
N’aie pas peur, dit-il à la cantonnade.
Un long silence, puis une voix féminine lui répond doucement : Est-ce qu’on m’a pardonné ?
La dame avait fauté il y a deux siècles avec le curé ? Pensez-vous ! Avec le bedeau !!!! Elle avait été cailloutée vive par les pèsans furibards. Elle était sûre que le ciel lui serait refusé et dès lors hantait le lieu de son crime.
–Va, femme, tes péchés sont remis ! clama Flornoy. La femme disparut à jamais. Flornoy l’avait décrochée.
La Déesse n’intervient pour aucun humain. C’est comme ça. Nos vies sont trop courtes pour qu’elle les perçoive, nous n’avons pas la même échelle de temps. Elle ne s’intéresse quà une époque, une civilisation. Un siècle est une seconde pour Elle. D’autant qu’en ce moment, pour 400 ans encore, la Déesse dort. Moi ? Je suis mort.
Passant par chez moi, qu’a-t-Elle décroché ? Un mort que je fus et que je suis encore ? Un mort qui vient becter dans la galtouze des vivants ? Un service public mort sans le savoir depuis des lustres ? La Poste, par exemple. On connaît le proverbe : Poste, mort t’aime. C’est pas une vanne mais un échantillon de langue des oiseaux.
Elle dit : « J’aime bien qu’on me regarde. J’aime bien sentir que je séduis. Mais après ça m’ennuie un peu. » (source)Marlène Jobert, Le passager de la pluie. Ce que sentent les trop jolies femmes devenues frigides par leur sex-appeal. Elle peut me dire : « Je ne peux pas t’empêcher de me désirer. Je ne veux pas en fait. Ça ne me déplaît pas. J’aime sentir ton désir. Mais très vite ça me dégoûte. Je ne peux pas te désirer. »
Elle mène, Elle ne m’aime plus. Elle m’aime, Elle ne mène plus.
Celui qui nique tout le monde, c’est celui qui commande.
Ma sexualité de petit enfant a refait surface. J’attirais les femmes comme des mouches. Chaque fois, pour les pousser à agir, je débranchais mon alimentation énergétique. Je me mettais ainsi à leur merci, totalement.
Elle l’a senti, Elle l’a vu : ça ne lui a pas déplu du tout. Elle me connaît trop bien pour me prendre au sérieux. Elle a cru à un délire, un jeu, je ne sais quoi d’innocent mais non.
Pour moi Elle était le témoin idéal. Pour mon inconscient. Sauf que les rôles s’étaient inversés avec les âges. Le gosse et la grande sont devenus le vieux et la gamine.
J’ai fait avec Elle ce que j’avais fait jadis avec mon benefactor. J’ai débranché mon alimentation énergétique. Toute l’énergie dont j’avais besoin venait de lui. Pas tout le temps. Seulement quand j’étais avec lui. Je me mettais plus bas que terre, il ouvrait en grand les vannes du don de soi et m’inondait de ses conseils que j’ai toujours suivis aveuglément. J’ai fait pareil avec Elle.
J’ai débranché mon énergie. Privé d’alimentation interne je devais me nourrir exclusivement sur Elle — qui s’est laissée faire avec gourmandise. Au début, je précise. Puis Elle a pris peur. « Pourquoi il m’adore comme ça ? Qu’est-ce qu’il lui prend ? »
Lésés, rasés, les érasés
Laissez passer lésés rasés
Les Érasés ne sont pas les élus. Ils ne sont ni lésés ni rasés non plus. S’ils l’étaient, ça se saurait. Si tu le sais pas, c’est ta faute, c’est ta faute, c’est ta très grande faute. Ta mémoire est saturée. Faut vider les caches. T’as la jugeotte érasée. T’es mort. Doublement clams.
Es-tu élu ? Elle seule le sait. Mais Elle se tait.
Tant qu’Elle ne se sera pas retrouvée toute nue en face d’un miroir en pied,de nez ? Elle restera coincée dans l’ascenseur à se faire croire que pour pour des cendres, il faut mon thé. Et pour monter ? Il faut descendre.
C’est vrai dans son cas. Elle habite le chakra du ventre, comme tous les éveillés. Là se niche sa conscience claire — que les endormis comme Freud ou Lacan appellent l’inconscient. Plus bas, vers le chakra sexuel et le périnée, se fêtent les retrouvailles avec le plaisir charnel qu’Elle refuse absolument pour le moment.
Quand Elle a le bonheur d’y descendre, plus bas, toujours plus bas, et de descendre encore… Elle voit les étoiles. Son pubis touche l’infiniment bon, l’infiniment aimable.Tiré du cathé catho Extatique, Elle jouit. Elle même.
Elle m’aime ?
Elle le dit.
Mais c’est rare.
Il y a un adage qui dit qu’on fait toujours du mal à ceux qu’on aime.
Mais il oublie de dire qu’on aime toujours ceux qui nous font du mal.
Ils sont nus et sans vie, Elle est vive sous la nue, nous n’avons pas moyen d’invoquer le doyen, jeune encore Elle est tellement d’accord, ment d’abord. Et la Règle commande obéir à ses souhaits accepter d’être un jouet se plier à ses ordres dans la pomme on doit mordre aussitôt qu’Elle ordonne car Elle est la Madone la Déesse absolue elle ne l’a pas voulu la Règle est à ce prix tu obéis tu pries mais tu ne sais jamais si près d’elle on t’admet. Tu supplies tu implores mais la Madone explore des infinis trajets où la jaspe et le jais sont autant de diamants semés aux firmaments inexplorés par Elle infiniment pucelle.
Ils sont nus. Qui sont-ils tous ces morts inutiles ?
Vieillir c’est mourir un peu tous les jours. Partir, ya le temps. Haletant, j’arrête.
La science est devenue religion en perdant sa conscience. Depuis elle se berne et nous…
ée un jour, fée toujours. Elle peut bien me renier, c’est elle qu’elle trahit.
Tout gamin dans les bras d'une grande. Je suis sa poupée vivante et j'adore.