Savoir et connaître

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Savoir et connaître, quelle différence ? Ne croyez pas ça, la différence est considérable, qui explique bien des choses dans votre vie.


« Le savant extérieur étudie pour lui, ou parce qu’il désire être vu, entendu, applaudi. Tel est le savoir. Le sage intérieur étudie pour la connaissance, sans motif intéressé.

Quand le sage intérieur a acquis la connaissance, il peut devenir un compagnon ou un maître. S’il remplit la fonction de maître, son seul souci est de confier la connaissance à ceux qui peuvent en tirer un réel profit, non à ceux qui essayeront de l’utiliser pour s’en parer, impressionner autrui ou se sentir importants. Malheureusement, si le sage intérieur sait reconnaître d’emblée ceux qui désirent la connaissance pour de mauvaises raisons, il ne peut pas leur signifier directement :

il en est empêché par le « moi dominant » (nafs-i-ammara) de l’étudiant qui remplit si activement sa fonction qu’il empêche chaque fois qu’il le peut la connaissance réelle d’être reçue. Quand vient la connaissance réelle, le moi dominant est effacé. Pourquoi s’étonner qu’il se batte si âprement ? C’est à cause de cela que les sages prescrivent l’humilité »  (source)Texte Soufi de Samarkand Le savant extérieur étudie pour flatter son ego, le sage intérieur étudie pour la connaissance. Tout est ce qui est de l’ordre du savoir peut être appris, et l’a souvent été dans cette vie même.

Au contraire, la connaissance est innée, sans source identifiable dans la vie présente. La connaissance n’est pas mentale, elle est le savoir du corps; un acte profond, spontané, qui se passe au-delà du cerveau, sans son aide – ou sans son obstacle.

La connaissance se moque éperdument des sacro-saintes catégories de l’entendement si scrupuleusement décrites par Emmanuel Kant. A Kant les vacances ? Lâche-nous la grappe vieux logicien froid, ta philo pue, elle nous éloigne à coup sûr de la Voie.

 

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Certains érudits se prennent pour des savants.Et je ne parle pas que pour le vieux Kant. Certains singes font de même et gagnent sur les foires la vie de leur maître. Savoir ne vaut pas voir, car ne voit pas qui veut. Savoir n’est pas connaître, car disait Cocteau : « toute connaissance est une co-naissance : connaître, c’est naître avec. » Il se trompait, la véritable origine latine n’a rien à voir, mais qui s’en soucie ? Le mot est si joli qu’il mérite qu’on lui fasse cortège. Bien souvent, les jeux de mots ont d’étroits rapports avec l’inconscient. (source)Sigmund Freud, Les jeux de mots et leur rapport avec l’inconscient

Le désintérêt que l’on constate chez nos jeunes pour l’école, le collège et l’enseignement scolaire n’a d’autre source que cette lugubre confusion entre savoir et connaissance. Savez-vous la date de la bataille de Marignan ? L’écolier zélé répond 1515, ça lui fait une belle jambe, sans lui donner la moindre connaissance sur la période en question, ni le nom du roi, ni les raisons de cette guerre, ni les mobiles de l’ennemi, sans parler de la localisation précise de ce foutu patelin nommé Marignan. Si c’en est un…

Les maîtres de la tradition ont toujours résolument tourné le dos au savoir pour ne transmettre que la connaissance. Les maîtres soufis, par exemple, rejettent les méthodes d’enseignement qui traitent tous les élèves de la même façon. La connaissance se transmet in vivo, à travers l’action, en prise directe sur la vie. Aussi la tradition préfère-t-elle le plus souvent la transmission duelle, c’est à dire de maître à compagnon.

Dans l’apprentissage des Compagnons du Tour de France ou autres corporations traditionnelles, on peut trouver encore quelques pépites antiques, que les maîtres du Labeur ont transmises intactes, polies par leurs soins et par tous ceux qui les ont enseignées.

Notre système éducatif moderne, en faisant fi des méthodes d’apprentissage traditionnelles, a fait de nos jeunes des singes savants, tout juste bons à pianoter sur un clavier, quelque soit leur métier. Et c’est bien inquiétant.

 

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Tout savoir est virtuel, tout le virtuel est pur savoir. La connaissance, elle, passe par l’alchimie de deux peaux qui se touchent. Tout amour est acte, tout acte est connaissance, toute connaissance est acte d’amour.

« Quand le sage intérieur a acquis la connaissance » dit le texte soufi. Tout se passe comme si la connaissance était totale, absolue, d’un seul bloc, pour qu’il soit ainsi possible de l’acquérir d’un coup. Eh bien oui, c’est le cas.

Il existe un lieu -intérieur- où tout est inscrit en lettres de lumière. Toutes les réponses, toutes les questions, toutes les énigmes s’y dissolvent dans une clarté sans cesse renouvelée. Ce lieu de conscience s’appelle de mille façon, connaissance immédiate, science infuse, conscience universelle…

Mais je préfère le nom énigmatique que lui donnait les Anciens :
les annales akashiques.

 

La lucidité est le point de rencontre de la conscience et de la sensualité. (Norman Mailer)

 

 Nous sommes tous uniques, mais la plupart sont assez nombreux quand même.
Stef Kervor