La folie contrôlée

La folie contrôlée est la voie du milieu entre raison pure et folie totale. Elle suppose de la part du guerrier un contrôle parfait et un lâcher-prise tout aussi complet. Si la moindre griffe refuse de s’ouvrir en toi, si tu t’accroches à quoi que ce soit, si peu que ce soit, ton projet échouera.

Agir sans attendre

Il faut agir sans cesse, sans espoir, mais pourtant y croire. Agir sans attendre de résultat de son action, telle est la voie du guerrier. Le bushido. Agir n’est pas obtenir. Agir n’est pas avoir. Quel résultat attendre de tes actions ? Aucun. Mais tu dois agir tout de même. « Tous nos actes sont inutiles, et malgré tout nous devons faire comme si nous ne le savions pas. C’est ça la folie contrôlée du sorcier. » (source)

Entre le marteau et l’enclume, toujours le cul entre deux chaises. Un pied ici, l’autre là. La tête ailleurs, où elle est vide. Le corps est là, mais qui l’habite ? Encore un soir jusqu’à l’espoir, encore un train jusqu’au matin. Sous le ciel qui vire, sur l’eau bleue qui mire, garde-toi d’en rire : il faut agir. C’est aussi inutile qu’indispensable. Se maintenir sur le fil du rasoir, c’est contrôler sa folie ordinaire. La folie divine ne se contrôle pas, elle nous contrôle.

Pourquoi faut-il agir ? Parce que seule l’action maintient le guerrier en mobilité. Mobile, il est mobilisé. Immobile, il agit sur un autre plan. « Un guerrier agit comme s’il savait ce qu’il faut faire, alors qu’en réalité, il n’en sait rien. » (source)Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan, p.160

Vivre c’est agir

L’action nous mène, elle est reine. Si tu agis, peut-être que tu n’auras rien, mais tu seras bien. Si tu n’agis pas, tu ne feras jamais d’erreur. Mais jamais de progrès non plus. Tu ne bougeras pas d’un pouce. Qui n’avance pas, recule et meurt. Qui s’arrête perd la vie. Vivre c’est agir.

L’arme que le guerrier doit fourbir sans cesse est sa volonté. Elle est le précieux auxiliaire de l’intention. « Je continue à vivre parce que c’est ma volonté. J’ai maîtrisé ma volonté toute ma vie pour qu’elle soit claire et parfaite. Maintenant il ne m’importe plus que rien ne soit important. Ma volonté contrôle la folie de ma vie. » (source)

Ma volonté me maintient en vie, j’ai l’intention de vivre et de progresser, ce n’est pas un projet, c’est un fait. Et cette intention farouche, si modeste qu’elle soit aux yeux de l’Aigle, parfois fait mouche. L’intention du guerrier appelle l’Intention avec un grand i, l’Intention majuscule. Et tu te sentiras pousser des ailes. En attendant ce précieux secours, rame. C’est en ramant qu’on apprend.

« Au lieu d’approuver aussi facilement, tu dois agir avec à-propos. Relève le défi. Change.
– Comme ça, tout d’un coup ?
– Parfaitement. Le changement dont je parle n’arrive pas graduellement. Il se fait tout à coup. Et tu ne fais rien pour te préparer à cet acte soudain qui changera totalement ta vie. » (source)Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan, p.86

Le chemin de la connaissance

« Chaque guerrier engagé sur le chemin de la connaissance croit, un jour ou l’autre, qu’il est en train d’apprendre la sorcellerie, mais il ne fait que se laisser convaincre du pouvoir que recèle son être, et du fait qu’il peut y accéder. » (source)Carlos Castaneda, La force du silence, p. 11

On n’apprend pas la sorcellerie. Elle se révèle à nous. Elle nous sourit un beau matin, et nous savons que nous l’avons toujours connue. La vie du guerrier et du sorcier est le mode de vie que nos ancêtres ont connu durant des dizaines, voire des centaines de milliers d’années. Seul l’avènement du kali yuga nous en a privés.

Vivre en guerrier est certainement ce qu’il y a de meilleur pour l’homme. Nos contemporains sont persuadés du contraire par leur suffisance. Ils croient que leur mode de vie dégénéré et dépendant est supérieur, alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux sur la misère, la tristesse et l’exclusion pour être sûr du contraire.

Suffisance

Notre époque est d’une suffisance que rien ne justifie. L’être humain actuel, tel qu’il est représenté par nos élites, atteint un degré de suffisance proprement stratosphérique.

C’est la position figée du point d’assemblage qui a fait de l’homme moderne un égotiste homicide exclusivement préoccupé de sa propre image. La suffisance est la force engendrée par l’image que l’homme a de lui. C’est de l’apitoiement sur soi-même dissimulé, mais on le reconnaît son sous déguisement. Et on le démasque. En se traquant soi-même.

Sortir de la suffisance, c’est parvenir à briser le miroir de l’auto-contemplation.Les enfants y parviennent facilement, mais passé un certain âge, impossible de décoincer quelqu’un qui s’est assis sur un manche à balai. L’âge cristallise et pétrifie ce qui est souple. Les vieux déraillent, les jeunes déconnent. Il n’y a que les mûrs qui se laissent manger.

Implacable

L’implacabilité est à l’opposé de la suffisance. N’y voyez pas la cruauté, mais la sobriété. C’est l’arcane XIV du Tarot initiatique : la Tempérance… À force de tempérer son humeur, de modérer ses réactions, le guerrier sort complètement de l’apitoiement sur lui-même. C’est une grande liberté pour l’esprit et l’ultime défaite de l’ego.

Il faut une bonne dose d’implacabilité pour rendre à quiconque le seul véritable service qu’on puisse offrir, lui ouvrir les yeux sur lui-même. Jouer le rôle pénible du petit tyran pour l’amener soudain à se voir tel qu’il est, jusqu’au moment inévitable où le miroir tombe en miettes. « La seule aide concrète qu’on puisse apporter à quelqu’un : l’aider à briser son miroir d’auto-contemplation. » (source)Carlos Castaneda, La force du silence, p. 165

Laissez-moi vous dire que c’est mal vu, et souvent mal vécu. Mais sommes-nous là pour se beurrer le moule en chantant les louanges de nos matons et la qualité des conditions de détention ? Ou pour trouver notre vérité ? À votre avis ? Moi j’ai choisi.

« La sorcellerie est un voyage de retour. Nous retournons victorieux vers l’esprit après être descendus en enfer. Et de l’enfer, nous rapportons des trophées. La compréhension en est un. » (source)Carlos Castaneda, La force du silence, p.166

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Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison.
Coluche