Pensée magique et magie quotidienne

 

Les occidentaux se prennent pour les champions de la pensée rationnelle, oriflamme des intellectuels. Elle est logique, rigoureusement côté droit,du corps, non du cerveau ! ennemie de l’imaginaire et du nagual. Limitée à l’hémisphère gauche du cerveau, elle boîte bas et nous fait tourner en rond. Une autre pensée est possible. Loin d’être naïve, elle est plus délicate à manier, mais tellement plus riche.

La pensée occidentale se regarde le nombril depuis la Grèce antique, qui fut sans doute beaucoup plus ignorante qu’on nous l’a dit. De ce côté-ci du monde, les Grecs, comme les Hébreux et les Egyptiens de l’antiquité, ont eu accès à de nombreux ouvrages aujourd’hui disparus. La destruction de la bibliothèque d’Alexandrie nous a privé de bien des surprises. Des dizaines d’autres bibliothèques furent détruites, par ignorance ou par crainte de ce qu’elles contenaient.

Toute la sagesse et les connaissances que nous attribuons aujourd’hui à la Grèce ont en réalité de multiples sources, bien antérieures aux Hellènes. Nous n’en avons reçu que des bribes, au hasard des citations qu’en ont fait les auteurs antiques. Citations qu’ils n’avaient pas toujours comprises, ou bien dont ils s’attribuaient sans vergogne la paternité.

Si nous avions disposé de ces sources pré-antiques, sans doute n’aurions-nous pas cette vision étriquée du monde, de son passé glorieux, de son futur inédit et de sa véritable nature. Mais ces précieuses connaissances sont perdues, nous devons faire sans. Ma solution : le voyage temporel. Sans machine, sans gadget, sans formule magique, sans prière ni invocation d’aucune sorte. Pas de rituel. Le voyage dans le temps n’est ni technologique, ni ritualiste. La magie peut être blanche ou noire. La prière, l’invocation et le rituel sont étroitement liés à la magie noire. Je n’aime pas. Il n’est pas nécessaire d’utiliser tous nos pouvoirs. Chacun a le droit de choisir le côté ensoleillé de la vie.

Bon, alors comment l’obtenir ? C’est automatique. Il est acquis à celui qui en a besoin quand il reçoit la grâce de l’éveil. Oui, la grâce. C’en est une. La plus belle à mes yeux. Mais nul mérite ne l’attire. Je ne crois pas au karma. Je ne crois pas à la sainteté. Pourquoi celui-ci s’éveille-t-il à 12 ans, tandis que cette autre dormira toute sa vie ? Pourquoi ce nourrisson s’incarne-t-il éveillé, tandis que ce vieillard mourra dans son sommeil ?

Les dons qu’on reçoit sont semblables à la grâce chrétienne. C’est pourquoi, à chaque don reçu – j’en ai reçu beaucoup – je n’oublie jamais de remercier. Qui ? Je l’ignore. Mais je remercie toujours. C’est l’action de grâce des catholiques, le thanksgiving des protestants. Une excellente chose, sans risque,sauf pour les dindes ! contrairement aux invocations ou aux prières nominales dont on ne sait jamais à qui elles parviennent véritablement, ni qui elles vont nourrir.

Et ça nous met en face des miracles que peut accomplir la pensée magique. Si je cherche uniquement des relations de cause à effet, je suis dans la pensée logique. Donc, pour prendre le langage de Carlos Castaneda, je suis dans le côté droit. Il parle du côté droit du corps et du corps subtil, qui est inversé par rapport au cerveau. Il parle donc du côté gauche du cerveau. Et du corps. Qui est selon Flornoy le siège de l’inconscient, notamment dans le microbiote.

Oui, messieurs les empaillés, on pense aussi avec ses tripes. Pas vous, j’en conviens. Mais certains le font, ils ne font même que ça. Le méditant qui fait le vide dans sa tête, l’éveillé qui se maintient continuellement en alpha, le sorcier du nagual qui stoppe le monde, autant de descriptions de l’état de non-pensée, qui est pensée au-delà du rationnel, pensée au-delà des algorithmes cérébraux, pensée au-delà de la pensée.

On pense aussi avec ses tripes. Ça m’évoque cet incident cocasse au cours des Troisièmes Rencontres d’Erquy.voir photos suivantes Je m’étais lancé dans la description des différentes façons de placer sa voix pour le chant. Je décrivais l’importance de la hauteur de la colonne d’air dans le corps. Certains chantent avec une voix de tête, d’autres avec une voix de gorge, d’autres encore avec une voix de poitrine, d’autres enfin chantent avec le ventre. Voilà ce que vous dira un prof de chant.

Et là j’exprime mon désaccord. La colonne d’air peut démarrer plus bas que le ventre. À la hauteur du chakra sexuel, par exemple. Janis Joplin en est l’illustration. Barbara aussi. Mais sa voix étouffée et souvent rauque faisait osciller la colonne d’air du sexe à la gorge, ce qui cassait l’impulsion. Au contraire, la voix puissante, le cri de Janis illustre le son qui vient du sexe.

Il y a encore plus fort : ceux et celles qui chantent avec le chakra de base. Ils expriment dans leur chant la totalité de la colonne d’air, du périnée jusqu’à la gorge, la langue et les lèvres, qui modèlent et façonnent le souffle profond. La môme Piaf, par exemple. Qui devint la grande Edith, minuscule sur scène, gigantesque dans la salle. Ce n’est pas de la pensée magique, c’est juste de la magie. La sorcière blanche s’y connaissait. Dès la puberté elle n’a cessé de pratiquer une magia sexualis,magie sexuelle envoûtante, ensorcelante. Madame Piaf fut une exceptionnelle interprète doublée d’une croqueuse d’hommes surdouée.

Emporté par mon élan, grisé par mon débit, je leur fait cet aveu :  Moi aussi je chante avec mon cul ! Ce qui est vrai, mais pas comme ils l’entendaient. Ils ont bien fait d’en rire, je suis beaucoup plus drôle quand je ne le fais pas exprès. Coq à l’âne : les prochaines Rencontres pour l’Âmequatrième édition auront lieu ici à Erquy du 11 au 15 avril 2019. Demande de renseignements et inscriptions ici, en précisant le but de votre message. Pas de programme préalable : tout se passe dans le vivant. L’émotion est puissante, l’amour règne, la vue est belle et la bouffe est bonne.

Y sera-t-il question de la pensée magique ? Pourquoi pas ? On verra bien. Soyez sûr que la magie sera tout le temps présente. La pensée magique est très mal considérée par ceux qui ne s’en servent pas, tandis qu’elle satisfait pleinement ceux qui s’en servent tout le temps. Les psychologues en particulier s’essuient les pieds sur ce qu’ils prennent pour une manifestation d’ignorance. Les ignorants, en l’occurrence, sont ceux qui condamnent sans instruire le procès. Ceux qui méprisent sans connaître. Ceux qui refusent sans chercher à comprendre.

Mais pour connaître la pensée magique, il ne faut pas être néo-freudien. Il faut renoncer aux fariboles de cet obsédé maniaco-rétrograde, muré dans ses engrammes et ses blocages patents. Il faut ensuite se tourner délibérément vers Jung, son contemporain génial et sensitif, que les émules de papa Freud récusent en bloc parce qu’ils n’y comprennent rien. Tout comme papa Freud en son temps…

Voici un magnifique exemple de l’ignorance et de la suffisance des psychologues, auxquels s’adjoignent de nombreux intellectuels. C’est une critique de la pensée magique, sans nuance, sans finesse et à sens unique. « Qui n’a jamais cru à la volonté de l’esprit, ou en quelque action symbolique pour infléchir le cours des choses ? Dans leur monde imaginaire, les enfants se donnent l’illusion d’un pouvoir magique. Ce mode de pensée marque, selon Sigmund Freud, une étape indispensable à notre développement : le moyen d’accepter les dures lois de l’existence, à commencer par la conscience de notre impuissance, et l’interdit de certains désirs.

Qu’advient-il ensuite de ces pensées superstitieuses ? Les psychologues parlent d’un déclin normal, jusqu’à l’âge de 12 ans, pour une perception plus rationnelle de la réalité. Tout porte à croire, pourtant, que ces pensées superstitieuses existent aussi chez l’adulte. En particulier les personnes fortement angoissées, atteintes d’un trouble psychologique appelé l’obsession. » (source

Ces pauvres infirmes de la vie sont si prisonniers de la logique, si pétrifiés dans la matière qu’ils en ont perdu de vue l’essentiel. L’âme qui produit l’éternité au creux de l’instant, l’esprit qui libère des chaînes de la matière, des conditionnements et du karma. Le cœur qui donne des ailes et nous ouvre le règne de l’amour inconditionnel. La volonté de puissance qui sort du ventre et illumine l’aura. L’élan vital qui retrouve dans l’être l’énergie qui manque dans l’univers. Cette énergie manquante que cherchent vainement les physiciens. Ils peuvent chercher longtemps, elle n’est pas là où ils l’attendent…

Reprenons point par point la critique de la pensée magique. Croire en la volonté de l’esprit : c’est mal dit, la volonté ne vient pas de l’esprit mais du corps – un corps qui sait infiniment plus de choses que la tête – surtout celle de pseudo-savants. Mais il est indéniable que l’esprit agisse sur la matière. Refuser cette évidence, c’est enfouir sa tête dans le sable. Attention qu’il ne soit pas mouvant…

Le texte enchaîne sur une bévue en évoquant « quelque action symbolique (qui pourrait) infléchir le cours des choses ». La symbolique, ce sont eux qui la pratiquent sur leur divan. Le symbole, c’est l’explication qui n’explique rien, le recours ultime faute d’argument solide. Quand on ne comprend plus rien, on invoque la symbolique. Quand j’entends symbole, je l’écris sein-bol, et l’image me comble. Quand j’entends pensée magique, par contre, ça me vide. Magie et pensée ne font pas bon ménage. Sexe et pensée non plus. Vivre et pensée idem. C’est pourquoi le cogito est un parfait contresens. Descartes aurait dû dire : « Je pense donc je ne suis pas. » L’existence fait éclater tous les systèmes,citation de Soren Kierkegaard et d’abord les systèmes de pensée.

Quand l’auteur de la critique ajoute : Qu’advient-il ensuite de ces pensées superstitieuses ? je défaille de rirePour n’importe quel sensitif, la mesure est comble. Le paragraphe qui suit énumère les ratages, les renoncements, les abandons qu’il tient pour la norme. Cet abruti et ses semblables considèrent qu’il est normal et sain de renoncer aux splendeurs de l’enfance, à la magie ordinaire qui fait de chaque jour le plus beau. Cette norme-là me fait froid dans le dos.

Pour eux, il est salutaire de se résigner, de rentrer dans le rang des zombies sans cœur et sans flamme intérieure, de s’avouer vaincu, ce qui, n’en doutons pas, arrange grandement nos élites qui ne jurent que par l’ordre social en omettant leur propre désordre moral. Ces gens-là n’ont d’humain que le nom. Il y a beau temps qu’ils sont morts, mais les malheureux n’en savent rien. Comment pourraient-ils avoir la moindre compétence pour parler d’un monde qui leur est à jamais inaccessible ?

La magie, la vraie, est inconcevable, donc non conçue. Est-elle seulement pensée ? Non. Elle vient du corps. Nous n’avons pas que le cerveau pour produire du sens. D’ailleurs en produit-il ? J’en doute. Le cerveau se contente de capter des mouvements, des structures et des pensées qui viennent d’ailleurs. Je vois le cerveau comme un computeur chargé de traduire en termes acceptables les fulgurances captées par l’aura, qui est une reproduction précise du multivers. C’est pourquoi on ne peut dire « je pense » comme Descartes, mais plutôt « ça pense » ou mieux encore : « je suis pensé »

Voilà qui va choquer l’ignorance des intellos. Et chiffonner leur insupportable suffisance. Comme si leur tête pouvait comprendre quoi que ce soit à l’irréductible miracle du multivers. La magie est partout, il suffit d’ouvrir les yeux pour en être convaincu – qui ne doit pas s’écrire en deux mots, sauf s’il s’agit d’un psychologue. Il a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Mais il n’entend que de vieilles freudaines. Il ne voit qu’à travers le filtre déformant d’un credo archaïque. Malsain. Dépassé. SIC transit gloria MUNDi.Ainsi passe la gloire du monde, Sigmund.

Pendant combien de temps encore devra-t-on supporter ces nigauds enfarinés ? Il y a la répression policière et la suppression psychotique. La société attend du psy qu’il cantonne les allumés dans les passages cloutés. Le psy n’attend rien de ses patients. Il les traite. Sont-ils donc malades ? Ou bien est-ce lui qui l’est ? Sans les allumés, le monde serait bien sombre. Sans les illuminés, nous serions dans le noir. Bénis soient les fêlés, car ils laissent passer la lumière.

L’homme a ce choix : laisser entrer la lumière ou garder les volets fermés.
Henry Miller