Çatal Höyük

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En Turquie, une civilisation tombée du ciel surprend les archéologues par son art et son élan religieux. Des temples, des lieux de rituel dans chaque demeure, et des merveilles d’artisanat.

 

La Fourchette

 La civilisation de Çatal-Höyük propose une autre énigme insoluble, l’absence totale de traces évolutives antérieures. Voici le récit de sa découverte. Çatal Höyük, la Colline de la Fourchette, se dresse dans la plaine de Konya, en Anatolie centrale, sur les bords de la rivière Çarşamba. En 1961, l’archéologue James Mellaart s’y rendit pour effectuer des fouilles. Seul un tertre était alors visible, avec des restes de poteries et de feux très anciens. Bientôt les fouilles révélent une ancienne cité.

 

Une culture élaborée

La colline couvrait un réseau de tombeaux et d’habitations appartenant à une communauté protonéolithique du 7ème millénaire avant notre ère. Choc et stupeur. Dans les années soixante, on ne savait à peu près rien de l’époque néolithique de ce pays. (source)Çatal Hüyük et la révolution néolithique par Jean- Louis HUOT Dossiers d’archéologie déc 2000 Et soudain, James Mellaart découvrait le plus grand site néolithique du Proche-Orient – si l’on excepte les villes troglodytes de Cappadoce réputées plus récentes à tort. Fondé vers -7000, Çatal Höyük, à son apogée vers -6000, couvrait 13 hectares. 

La ville abritait 5.000 personnes ; elle avait une organisation et une culture élaborée, entretenant un commerce de longues distances et produisant un artisanat de qualité. Elle contenait des sanctuaires avec des peintures murales, des figurines et des sépultures, témoins d’une vie religieuse complexe. Certaines statuettes ne sont pas sans rappeler les Vénus préhistoriques d’Allemagne. Et les graffitis évoquent ceux de la grotte d’Altamira, pourtant beaucoup plus anciens. Signe qu’ils sont issus d’une même matrice culturelle ?

Dans la campagne environnante, on cultivait  le blé, l’orge, les petits pois, les pois chiches, les lentilles, les vesces ; on y cueillait les pommes, les pistaches, les baies, les amandes et les glands. La viande était fournie par la pêche et la chasse (cerf, sanglier, onagre). Alors que la région permet une agriculture sèche, on constate une manipulation d’eau sans doute nécessaire à la culture du lin ou à l’obtention d’un meilleur rendement pour les céréales. Mais à dire vrai, on n’en sait rien au juste. 

En tout cas, les populations néolithiques raffolaient des canalisations et des rigoles en tout genre, et pas seulement dans les Andes. Le site était un centre d’échanges de nombreuses marchandises (bois, obsidienne du volcan Hasan Dağ, silex, cuivre, coquillages des rives de la Méditerranée), et ses artisans maîtrisaient la fonte du cuivre (plus ancienne attestation de la métallurgie au Proche-Orient) et s’étaient spécialisés dans de nombreuses productions artisanales.

 

De nombreux temples

Mellaart mit au jour une grande variété d’objets de qualité : pointes de flèche, fers de lance, poignards d’obsidienne et de silex, masses d’armes en pierre, figurines de pierre et d’argile cuite, textiles, vaisselle de bois et de céramique, bijoux (perles et pendentifs de cuivre). On constate que ces âges reculés étaient beaucoup plus civilisés que des périodes plus récentes. D’où venaient ces savoir-faire disparus par la suite ? D’où ces gens tenaient-ils cet art du commerce et de l’artisanat ? Toujours les mêmes questions sans réponse.

Les maisons étaient serrées les unes contre les autres, elles formaient un seul bloc sans rue ni passage. On n’entrait chez soi que par des échelles de bois disposées de place en place. Les murs et plafonds étaient faits de briques crues recouvertes d’enduit.

L’habitation type comprenait une pièce commune de 20 à 25 m² et des pièces annexes, dont parfois une salle d’eau. La pièce principale disposait de bancs et de plate-formes pour s’asseoir et dormir, d’un foyer rectangulaire surélevé et d’un four à pain voûté.

Mais le plus beau, Mellaart ne l’a pas trouvé dans les maisons ordinaires. De nombreux sanctuaires tranchaient par leur décoration raffinée : fresques ou peintures murales, reliefs modelés, crânes d’animaux et figurines. Par endroits, les sanctuaires se sont révélés si nombreux que Mellaart a cru d’abord se trouver dans un quartier spécialisé. D’autres fouilles ont montré par la suite que les sanctuaires sont partout en très grand nombre. C’est même la caractéristique principale de cette culture archaïque.

Les corps des morts étaient déposés sous les plates-formes de repos dans les sanctuaires et dans les maisons, et s’entassaient au cours des ans et des générations, ce qui laisse supposer un culte des ancêtres très élaboré. Avant d’être ensevelis, accompagnés d’objets précieux, les corps des morts étaient confiés aux vautours et aux insectes nécrophages. (source)Wikipedia L’intérêt du site réside aussi dans son exceptionnelle iconographie : des figurines féminines pour un culte de la fécondité.

 

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La Grande Déesse

Comme cette femme parturienteaccouchant assise sur une sorte de trône orné de félins. Dans le trône comme dans la tenue de la déesse, on a cru voir aussi une spationaute assise dans son engin. Les peintures murales suggèrent aussi un culte de la déesse mère, enceinte ou parturiente, entourée de léopards et de taureaux. Les bas-reliefs montrent aussi des seins de femme. Le culte féminin de la fécondité était-il dominant ?

La déesse mère est garante de renaissance, d’immortalité et de fertilité. Symbole de l’éternelle féminité elle y apparaît au milieu de multiples triangles, le corps schématisé jusqu’à l ‘abstraction, souvent accompagnée de son animal symbolique le taureau dont les cornes se reflètent dans son corps. Il est le symbole de sa progéniture à laquelle elle donnera la vie et la mort par le sacrifice rituel du taureau qui lui est dédié, pour assurer la fécondité de la terre et la renaissance de la nature après les gels d’hivers. 

Ce rite universel lié au cycle agraire est encore répandu de nos jours dans les campagnes reculées d’Anatolie. (source)Ody Saban 1986 Les murs de certaines maisons sont tout ornés de fresques évoquant des scènes de chasse, des taureaux, des cerfs, des béliers, des vautours et des hommes sans tête, parfois des motifs géométriques ; sur les parois sont modelés en relief des personnages féminins ou des animaux et sur les murets délimitant les banquettes, des bucranes en argile pourvus de vraies cornes. (source)Peuples de l’Orient ancien, tome 1, de Jean-Louis Huot

 

Une immense ancienneté

A voir l’extraordinaire niveau de détail et de décoration des constructions enfouies, bijoux, outils, armes et peintures murales, il fut bientôt clair pour Mellaart que cette culture avait été extrêmement avancée dans ses croyances, ses modes de vie et ses arts. Et cette ville est une des plus anciennes jamais découvertes, ce qui n’est pas le moindre paradoxe. Plus on remonte dans le temps, plus  les moeurs paraissent paisibles et évoluées, plus l’artisanat est finement ouvragé. Rien d’équivalent n’avait jamais été trouvé, en Turquie ni ailleurs.

Mellaart s’étonne : « Comment faisaient-ils, par exemple, pour polir un miroir d’obsidienne, qui est un verre volcanique dur, sans le rayer ? Ou pour percer dans des perles de pierre (en obsidienne notamment) des trous si fins qu ‘ils sont impénétrables aux aiguilles d’acier modernes ? Quand et où apprirent-ils à extraire par fusion le cuivre et le plomb, métaux attesté à Çatal Höyük dès -6400? »  (source)Catal Hüyük : A neolithic town in Anatolia. James Mellaart Il a raison, une telle technicité n’apparaît pas en un clin d’œil.

 Pour Mellaart, Çatal Höyük représente l’apogée d’une « lignée d’une immense ancienneté » celle du Peuple Serpent, ou celle des Pyramides, des civilisations remontant aux temps paléolithiques, bien avant la fin du dernier âge glaciaire, le Würm, entre -120.000 et -8000, quand un inlandsisGlacier géant recouvrait une bonne partie de l’Europe .

 

Noirs et Blancs

Sur ce même site, la plus ancienne représentation connue de tambour a été découverte dans une fresque.  Plus de trente personnages, dont certains jouent des percussions, dansent autour d’un énorme taureau. Deux personnages tiennent des instruments à percussions qui rappellent étrangement le berimbau, un instrument brésilien originaire d’Afrique. Notons la couleur de la peau des danseurs. Certains sont noirs, d’autres blancs, ou les deux. Les Noirs sont parfois revêtus d’une peau de léopard.

Tout se passe comme si les habitants de cette cité néolithique appartenaient aux deux ethnies, comme les premiers Egyptiens, et comme les Atlantes d’avant le déluge. Une preuve de plus que les Nubiens, puissante civilisation noire africaine, s’étaient répandus aussi bien vers l’Asie que dans les Amériques, longtemps avant que ne commence l’histoire des Européens. La protohistoire est emplie de migrations, de conquètes, de traversées hauturièresen pleine mer, d’une rive à l’autre d’un océan comme si la planète d’alors était toute petite. Ou comme si on y disposait de moyens de communication rapides

Toujours en Turquie méridionale, près de la frontière syrienne, on a découvert le temple de pierre le plus vieux du monde aux dires des archéologues. Gobekli Tepe serait vieux de quelques 11.500 ans, période charnière entre les derniers chasseurs-cueilleurs et le début de l’agriculture. Ceux qui ont bâti ce temple pourraient être les premiers cultivateurs d’avoine : des analyses ADN d’avoine domestique comparée à l’avoine sauvage ont montré que la souche utilisée était originaire du mont Karacadağ, voisin du site.

 

Les Dieux ont toujours soif, n’en ont jamais assez Et c’est la mort, la mort toujours recommencée.
Georges Brassens