La Grande Déesse

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Par quel immonde scandale nous gave-t-on de dieux mâles ? Allah, Elie, Yaveh, Dieu, Mahomet, Zeus, Adonaï, Moïse, Jésus, Bouddha, Shiva, Brahma, bonjour la parité des sexes. Le pompon va à la Trinité chrétienne tout bonnement homoparentale.

L’Eternel Féminin éclipsé par des nains !

Tous ces noms sont autant d’étiquettes sur le bocal.
Ce gros bocal bleu, plein de grâce, où notre espèce a grandi…

21 juillet 1969 Ceux qui ont vécu l’événement planétaire en direct, sur leur petit écran, n’oublieront jamais l’émotion étrange qui les a saisis. Pour la première fois, depuis la surface grise et terne de la lune, ils voyaient un croissant inédit, une grosse balle bleue qui se lève sur un sol extraterrestre. Ce jour-là, Neil Armstrong et ses potes ont coupé le cordon qui a toujours relié l’Homme à sa Terre-Mère. Et c’était, oui, c’était vraiment un très grand pas pour l’humanité. Même si des émules du complotisme protestent que l’alunissage n’a pas eu lieu…

 

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Au commencement était la Déesse, elle a porté en son ventre toutes les espèces vivantes, elle nous a donné naissance, et nous avons grandi sur elle. Et ceux qui meurent, c’est en son sein qu’ils reposent. Nés de l’argile qui est la chair de la terre, tous les vivants y retourneront. Le culte de la Déesse-Mère fut longtemps la seule religion connue. Ce culte se pratique encore chez la plupart des peuples premiers, mais sous la forme du respect envers ce qui vit, respect de la nature, paix avec les éléments, empathie avec le cosmos. 

« Je suis La Nature, mère des choses, maîtresse de tous les éléments, origine et principe des siècles, divinité suprême, reine des Mânes, première entre les habitants du ciel, type uniforme des Dieux et des Déesses. C’est moi dont la volonté gouverne les voûtes lumineuses du ciel, les souffles salubres de l’océan, le silence lugubre des enfers. 

Puissance unique, je suis par l’univers entier adorée sous plusieurs formes, avec des cérémonies diverses, avec mille noms différents.

Les Phrygiens, premiers nés sur terre, m’appellent la déesse-mère de Pessinonte ; les Athéniens autochtones me nomment Minerve la Cécropienne ; chez les habitants de l’île de Chypre, je suis Vénus de Paphos ; chez les Crétois armés de l’arc, je suis Diane Dictynna ; chez les Siciliens qui parlent trois langues, Proserpine la Strygienne ; chez les habitants d’Eleusis, l’antique Cérès. 

Les uns m’appellent Junon, d’autres Bellone; ceux-ci Hécate, ceux-là la déesse Ramonte. Mais ceux qui, les premiers, sont éclairés par les rayons du soleil naissant, les peuples d’Ethiopie, de l’Asie et les Egyptiens, puissants par leur antique savoir, ceux-là me rendent mon véritable culte et m’appellent de mon vrai nom : la reine Isis. » (source)Apulée « Métamorphoses XI

 

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Au gré des peuples, la Déesse a pris de nombreux noms. Mais son premier nom n’est pas donné ici par Apulée. Pour les Egyptiens antiques, avant d’être Isis, la Grande Déesse avait pour nom Hathor, la vache sacrée qu’on retrouve en Amérique comme en Inde. Et elle sera connue sous d’autres noms encore, car son règne n’aura pas de fin. Sa religion n’est pas codifiée, sans prêtres, sans livres sacrés. 

 Au commencement était la Déesse mais les temps ont changé. Vint la loi du mâle, la Déesse a dû s’adapter. La trinité aussi, en oubliant la Femme. Une longue éclipse allait commencer pour Lilith la Noire. Eve la Blanche restée seule, la Grande Déesse prit d’autres apparences… Elle devint d’abord le Dieu bleu, le dieu doux et souriant de l’amour, que l’on nomme Krishna, et que l’on vénère encore dans le sous-continent indien. Il cultive la douceur, c’est un guerrier courtois. Il a de nombreux émules, depuis les Schtroumpfs jusqu’aux Navis d’Avatar, qui incarnent ces mêmes qualités de douceur, d’harmonie, de bonheur naturel et d’insouciance sacrée. Le sang bleu est partout une façon de nommer la noblesse, héritière supposée de la race disparue des Seigneurs Bleus. Les temps ont encore changé, c’est une habitude.

La Déesse est devenue le Dieu vert comme le végétal, viride et plein de sève aussi. Vêtu de feuilles de vignes, il s’enracine en terre, il est l’élan de tout ce qui pousse.  Pareil aux Elohim, on voit en lui le père des élémentaux.  Son nom est Bacchus ou Dyonisos, fou d’ivresse et des jeux de l’amour. Il a incarné l’esprit de la nature pour l’antiquité gréco-latine. Ses émules sont les petits hommes verts de Mars ou le Géant Vert de General food. Dans le nord de l’Europe, la Déesse devint le Dieu Cornu, le chasseur, aussi brûlant que le soleil, aussi sombre que la mort. On l’appelait Cernunnos, Pan ou Merlin.

 

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Sous cette forme érotico-magique, la Déesse est encore honorée par les peuples chamaniques, Amérindiens, Aborigènes, Papous etc. Ainsi, les cornes fixés à la coiffe sont le signe de ses pouvoirs magiques. Bois de cerf ou d’élan, cornes d’auroch ou de bison sont des antennes subtiles, comme on les voit dans l’arcane Le Diable. Pan errait par le monde en quête de magie et d’aventure, mais toujours le désir le ramenait à la Déesse, il tournait sans cesse autour d’elle. Ainsi Merlin, à force de tourner autour de Viviane, finit par tomber dans l’étang de Comper où il dort encore, enchanteur enchanté, attendant l’heure glorieuse de son retour, quand l’étendard du nouvel ArthurOu d’une Arthura ? Allez savoir ! flottera sur l’empire d’Europe.

Déesse et Dieu, principes masculin et féminin, naissance et mort s’attirent et se repoussent, toujours en mouvement. Et va le Dieu Cornu, éperdu de désir, cherchant sans fin la Déesse innombrable. La Grande Mère le fait naître, enfant soleil, au solstice d’hiver. Au printemps il est le semeur et la semence, il pousse dans la lumière croissante, vert comme les jeunes feuilles. Prêtresse, elle l’initie aux mystères. En été, quand le jour est le plus long, ils s’unissent et la puissance de leur passion contient le monde. Mais la figure du Dieu devient moins nette au fur et à mesure que le soleil s’affaiblit… Jusqu’à ce qu’enfin il se sacrifie lui-même, quand le blé est récolté, pour que chacun puisse être nourri. Elle est celle qui moissonne, le ventre de la terre, celle à laquelle tout doit retourner. Durant les longues nuits et les jours sombres il repose dans son corps.

En rêve il est le maître de la mort qui règne sur le pays de la jeunesse, à l’est des portes du jour et de la nuit. Sa sombre tombe devient le chaudron de la renaissance, car au milieu de l’hiver elle lui donne naissance à nouveau. Le cycle prend fin et recommence. La roue de l’année n’en finit pas de tourner. L’amour est polarité, la force qui unifie l’univers. Le monde n’a pas été créé jadis à un moment précis. La création se fait à chaque instant,La création continuée est un concept du philosophe Malebranche, disciple de Descartes pour chaque être vivant. Elle se manifeste aussi dans le cycle des saisons qui fait tourner la roue de l’année.

La mort n’est pas la fin. C’est un stade du cycle, qui conduit à la renaissance.

Après la mort, l’âme reste dans le « pays de l’été », au pays de l’éternelle jeunesse, où elle est rajeunie et rénovée pour préparer son retour. Bientôt elle quittera les ors de l’été pour les eaux du Léthé, le fleuve d’oubli. Ainsi lavée, l’âme peut renaître. Sans mémoire. La renaissance est un immense cadeau de la  Déesse, qui est manifeste dans le monde réel. La vie et le monde ne sont pas séparés de la Déesse, la vie est une grande merveille. Et la mort est sa soeur jumelle. Elle n’a rien d’effrayant. Seule disparaît l’enveloppe physique, chrysalide de l’âme avant une nouvelle vie. Si la peine et la douleur existent, elles font partie de l’apprentissage, et sont évitées par ceux qui n’en ont cure, ou qui n’en ont plus besoin.

L’âge n’est pas la moindre partie du cycle de la vie, c’est le temps de la sagesse. Evidemment la maladie cause des souffrances, mais elle n’est pas inévitable. Quand le guérisseur intérieur fonctionne comme il doit, le grand âge n’est pas misérable. Dans la vie d’une humanité, la vieillesse est le temps où les hommes retrouvent la Grande Déesse.

La civilisation sent sa fin prochaine, l’oubli déjà l’enterre alors que va renaître, pleine de sève et d’oubli, une autre humanité prête à l’aventure d’un autre monde. Et ces nouveaux premiers hommes, tout naturellement, remercieront la Déesse Mère qui leur a donné la vie dans son ventre rond, comme une grosse bille tranquille, suspendue dans l’espace.


Hathor
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Gaïa
Marie
Isis
Vénus
Athéna
Ninhursag
Astarté
Lilith
Eve
Pandore
Danaan
Belisama
Pachamama
Femme-Bison-Blanc
Kwan Lin
Héra

 

 

Je te salue Mater, pleine de Grâces, que l’Esprit soit avec toi, tu es bénie entre toutes les terres et Adam, le fruit de tes entrailles est béni.

Tout homme porte en lui, inconsciemment,  la mémoire d’anciennes civilisations.  De même, le rocher est-il un fragment de la mémoire du monde.
Carl Gustav Jung