Héritiers des dieux

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Au dancing de l’Histoire, les mythes sont des travelos ! Sous des oripeaux variés, souvent provocateurs, ils cachent leur sexe véritable. A charge pour le chercheur de les déshabiller…

 

Traquer la vérité

« Les mythologies nous racontent sous forme imagée l’histoire d’avant l’histoire » disait Eliade. Historien des religions, mythologue, philosophe et romancier roumain, Mircea Eliade1907-1986 a passé sa vie à traquer la vérité cachée dans les mythes. Il a écrit Le mythe de l’éternel retour, Le Sacré et le Profane, Mythes, rêves et mystères. Fondateur de la science des mythes, Eliade a mis en évidence les convergences profondes entre les mythologies et les religions.

Patrimoine de l’humanité, les mythes sont les reliques d’un passé devenu incompréhensible. Les mythes commencent où la science finit, et nous parlent des temps où l’histoire ne s’aventure plus. Et pourtant, quels trésors archéologiques gisent à portée de main ! Derrière chaque tradition, chaque conte folklorique, le chercheur peut débusquer la vérité historique.

En scrutant la forme plaisante, en évoquant l’image derrière les mots du conte, le chercheur peut entrer dans l ‘esprit des temps qui ne sont plus.

 

Un écho du réel

Platon raconte que jadis, Solon se rendit en Egypte où un prêtre lui expliqua la chose en ces termesPlaton, le Timée

« Votre pays, comme le nôtre, raconte l’histoire de Phaéton, fils du Soleil, qui attela le char de son père, ne put le maintenir sur le trajet habituel, brûla de ce fait tout ce qui était sur la terre et périt lui-même foudroyé. Cette histoire revêt la forme d’une légende mais en vérité, elle est l’écho d’un événement réel : le bouleversement des corps célestes qui tournent autour de la Terre,  et la destruction des choses terrestres par un feu sauvage, qui se produisit à de longs intervalles. »

 

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Chaque mythe est une pierre de Rosette qui attend son Champollion.

 

Pensée sauvage ?

Anthropologue, ethnologue et philosophe français, Claude Lévi-Strauss a co-fondé le structuralisme. Il voyait dans les  mythes un des modes de la pensée sauvage. Or les mythes ne sont pas sauvages, tant s’en faut. Ils ne sont pas non plus de l’ordre de la pensée. Ils appartiennent plutôt à une mémoire collective, celle des temps oubliés.  Les mythes nous parlent des âges magiques qui ont précédé le nôtre. Les pépites de vérité qu’ils contiennent leur donne un charme captivant.

 

Le Testament des dieux

C’est pourquoi les mythes survivent pendant des millénaires. Si leur contenu était faux, ils auraient disparu. Ils se seraient transformés, déformés. Si leur contenu était fantaisiste, pourquoi tant de légendes seraient similaires ? Si elles racontent les mêmes faits, ces faits sont arrivés.

Derrière la fantaisie du récit, laissons émerger le véritable visage de nos grands ancêtres oubliés. D’une efficacité intérieure qui les apparente aux contes soufis, les mythes sont des récits trop parfaits pour être nés tout seuls.

Ce sont des sages qui ont élaboré toutes les trames mythiques, enfermant l’essentiel de leurs connaissances dans ces fables pénétrantes. Ce sont des grands maîtres qui ont ménagé une double lecture, où l’aspect initiatique accompagne chaque étape du récit.

Quand ils furent satisfaits de leur travail,  ils ont jeté ces bouteilles à la mer du temps, dans l’espoir qu’un jour quelqu’un recueille le message. Toutes les mythologies du monde forment le testament des dieux d’avant.

 

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L’histoire engloutie derrière le brouillard des mythes émerge chaque jour un peu plus. Tout en elle nous parle : sa voix aux inflexions changeantes, le cristal de son timbre, écoutons-la en fa, écoutons-la. Une histoire que l’Histoire a perdu de vue est en train de renaître grâce à la science des mythes. Une histoire de dieux géants, de lunes en folie, et d’un âge d’or où naquirent nos tout premiers ancêtres, des nains comme nous, fabriqués par les géants pour leur service.

  

Répétons la Vérité sans cesse car le Mensonge est répandu constamment et par le plus grand nombre : dans la presse et les livres, à l’école et à l’université, partout il exerce son emprise.
Johann Wolfgang von Goethe