L’humanité future

 

Quand les dieux sont arrivés, ils avaient une mission : faire de cette planète un endroit facile à vivre. Ce qui risquait de prendre un certain temps, parce que tout était dans un état ! Comme si personne n’avait jamais fait le ménage ni rangé ses affaires.

La planète sauvage était grave à l’époque. Explosée. L’eau coulait partout, marécageait les plaines, ravinait les montagnes de charbon, de glace et de boue. Des empilades d’arbres aux troncs démesurés se décomposaient en dégageant une puanteur putride.

Des fougères plus hautes qu’une tour perçaient le magma qui tenait lieu de sol. Des bêtes sournoises et mal définies grouillaient, rampaient, nageaient, filaient, gobaient, dévoraient, chiaient des monceaux d’ordures et pas une qui nettoie devant sa porte. La honte. Vers la fin du règne des reptiles géants, il fallait voir l’état des lieux.

Les dinosaures n’étaient pas très porté sur l’aspirateur. Ils ont chahuté, sauté sur place, éclaboussé toute la gadoue qu’ils ont pu, ça a gelé, ça a dégelé, ça a regelé, sans jamais un seul coup de balai. On aurait dit que ça leur faisait mal de se laver les griffes avant de manger. Ils ont tout salopé de fond en comble avant de mourir de honte. 

Puis ce fut le tour des grands mammifères. On a vu débouler les mammouths à poil laineux, les tigres aux dents de sabre, les bisons géants, les super anacondas et autres hyper hippopos. Ils ont changé le dépotoir en pétaudière.

Là-dessus des dieux errants sont arrivés dans leur planète spatiale avec mission de tout remettre en ordre de marche. C’est leur boulot, ils sont faits pour.

Mais là, vue l’étendue du désastre, ils se sont tâtés. Leur chef a dit : « Faut peut-être se chercher une autre planète, non ? » Tout le monde a gueulé, y en a marre de l’espace, on est là, on y reste. Pourrie ou pas, c’est la planète choisie, alors on s’y pose dare-dare parce que le voyage sauvage, ras la motte. L’équipage était mixte.

Les dieux ne se sont pas posés comme des fleurs avec le vaisseau-mère, nulle part il n’y avait pas assez de place pour lui. Ils sont restés en orbite stationnaire à bonne distance de la planète sauvage. Une mission exploratrice a été dépêchée au sol dans une navette. 

La navette Argos planait à la surface des eaux boueuses. A bord, deux dieux et trois géants tiraient la tronche. Vu le boulot, il leur fallait toutes sortes d’aide. Ils ont fait tourner les couveuses. Des tas d’animaux plus ou moins malins ont vu le jour.

 

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Les géants, leurs assistants, aimaient travailler en s’amusant. Ils ont voulu de très grands animaux pour que la chasse devienne un vrai sport, au lieu du massacre trop facile qui les gavait. Les dieux sont de bons diables : ils ont fabriqué les tyrannosaures et les tricératops pour distraire leurs larbins. Carton plein ! Les géants ont bien rigolé. Ce ne sont pas des anges, au contraire !

Après avoir accompli ces grandes choses, les dieux ont eu envie de manger des légumes. Mais les géants n’avaient aucune aptitude potagère. Alors les dieux ont imaginé un petit être habile et dévoué, inférieur donc soumis, intelligent mais pas trop, et d’une durée de vie assez courte pour éviter tout risque de rébellion. A partir d’un singe nu qu’ils ont trouvé sur place, les dieux ont fait un jardinier. Ils lui ont donné une âme, d’accord, mais virtuelle. D’une taille inférieure, cet homoncule avait des pouvoirs bridés et une durée de vie de 120 ans max. Et les dieux d’avant ont eu des légumes dans leur assiette.

Ce qu’ils ont bridé, nous pouvons le débrider. Il est temps pour nous de danser dans les chaînes de l’ADN. La génétique et la bio-cybernétique affirment que l’être humain est fait pour vivre plusieurs siècles. « Nous voulons vous offrir l’éternité ! » claironne la Californie, qui peaufine le futur être humain bionique 100% synthétique, hygiénique, idéologique et téléscopique, fait pour durer toujours.

 

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Etre humain ou inêtre inhumain ? Un milliardaire russe nourrit le même projet, soutenu par le Dalaï Lama. Après tout, les dieux d’avant n’ont pas fait autrement. Et c’est ainsi que nous avons vu le jour. Alors s’il y a moyen de retrouver les pouvoirs qui sont les nôtres, pourquoi s’en priver ? 

Toute la question est là. Faut-il mettre la destinée de notre espèce entre les mains d’une ou deux multinationales ? Si sincères soient-ils, nos nouveaux bienfaiteurs ne manqueront pas d’introduire dans le programme leurs aberrations et leurs limites propres. C’est exactement ce que les dieux ont fait. Et voyez le résultat.

Il importe d’abord de se prémunir contre l’arbitraire. Le nouvel Adam et la nouvelle Eve seront maîtres suprêmes de leurs pensées, de leurs rêves, de leur idéal et de leur destin. Aucun système de contrôle ou d’espionnage ne doit être inséré dans le programme de l’homme bionique. Sous aucun prétexte, même humanitaire.

Dans cette perspective, tout projet visant à recueillir des informations personnelles à l’insu de l’intéressé doit être systématiquement proscrit. On ne transige pas avec la totale indépendance d’esprit que nécessite le libre-arbitre.

Les puces RFID que certains médecins prétendent nous implanter sous la peau font partie des projets à proscrire. De même, tous les modes de contrôle mental. Parmi lesquels la collecte systématique d’infos personnelles par les géants du web.

Le big data n’est pas qu’une innocente manière de satisfaire tous vos désirs. C’est la porte ouverte au contrôle mental à travers l’ultime intrusion de la publicité à l’intérieur même de vos rêves.

La solution émergera, elle vient toujours à point… comme par hasard. D’ici là, restons vigilants, n’encourageons pas les mauvaises pratiques, et prenons le temps de respirer le bon air loin des villes et de toute électronique.

 

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Peyo le visionnaire a vu juste : nous allons bientôt créer une race de Schtroumpfs à qui nous allons confier cette planète devenue trop petite pour nous ! Les dieux d’avant, nos maîtres, n’ont pas fait autre chose. Nous sommes leurs Schtroumpfs et heureux successeurs.

Ils nous ont menés à la badine parce qu’ils n’avaient que très peu de temps pour nous transmettre la foule de connaissances et de savoir-faire que leur immense civilisation avait accumulés. 

Venus des étoiles pour terraformer cette planète sauvage, ils ont sélectionné un bipède évolué, et l’ont génétiquement amélioré. C’était juste leur travail, pas de quoi s’en formaliser. Les dieux d’avant sont bien réels, leur pouvoir est infini, les missions qu’ils accomplissent sont démesurées, et leur taux d’échec est inférieur à 1/10.000.

Quoi d’étonnant à ce qu’ils soient souvent sans scrupule, égoïstes, brutaux, voire cruels ? Tous les chefs le sont, c’est une part de leur impeccabilité. Seul compte le but, et là c’était de construire ou de reconstruire le monde. Ils y sont arrivés. Nous y sommes arrivés. Car sans notre aide, les dieux et leurs anges n’auraient pas suffi à la tâche. Notre espèce est en passe d’atteindre l’âge de raison. Il est temps de se réveiller. Cesser d’adorer des idoles, se souvenir que tous les dieux ne sont que des idoles, des images de la Source.  

Face à la montée des intégrismes, il semble plus que jamais opportun de mettre un peu d’ordre dans ce bazar.

Nous sommes des créatures, mais pas seulement. Nous sommes nos créateurs aussi. Celui que nous appelons Dieu est un usurpateur.

 

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On a longuement montré que ce dieu soi-disant unique était en fait assez innombrable. Les Juifs disent qu’on ne peut prononcer son nom. Innombrable mais aussi innommable ? A ses résultats, on avait remarqué.    

Ce qui ne veut pas dire que la Source n’existe pas. La foi est aussi utile que l’air qu’on respire. Rien de grand ne se fait sans elle. Quelle foi ? D’abord, la foi dans la grandeur de l’être humain et le respect du caractère sacré de la personne humaine. Ensuite la foi dans ta propre grandeur, et la volonté de conformer tes actions, tes gestes et tes paroles à cette quête de la grandeur intérieure. 

Mais la foi dans les dieux d’avant, non merci ! Je ne doute pas de leur existence, je doute de leur humanité. Ces gens-là ne sont pas comme nous.  

Quand ils reviendront dans leurs OVNIs, ces surdoués de la manip génétique et des armes de destruction massive, aurons-nous la bêtise de nous jeter dans leurs bras ? Pour qu’ils fassent de nous des esclaves de leur bons plaisirs,  comme jadis ?

Et tous les fragiles de la tête, tous les mal-aimés de la planète vont-ils leur chanter halleluyah ? Les dieux nous ont « créés » pour les servir, et dès qu’ils reviendront, l’exploitation reprendra. A-t-elle vraiment cessé d’ailleurs ? Il est grand temps de se réveiller, mes amis.

Veillons donc « de crainte que les voleurs ne profitent de notre sommeil pour voler nos récoltes. » (source)L’Évangile de Thomas de Jean-Yves Leloup

Depuis quelques millénaires, les religions diffusent une propagande. De l’intox pure et simple. Ce n’est pas le principe qui est condamnable : se sentir relié, voilà qui est juste et bon. C’est le contenu qui craint. Cessons d’écouter les voix parasites. La Source de toutes choses, inutile de la chercher à l’extérieur. Sa chapelle est dans le secret du cœur. Elle y jaillit à profusion et chacun peut s’y enivrer. Ou y boire avec modération.

Le seul chemin qui mène à elle commence à l’intérieur, et pourtant, elle est partout. Ceux qui se prennent pour elle sont les pires des faussaires.

 

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« Si tu croises Bouddha sur ton chemin, tue-le », disent les bouddhistes. Je dirais : « Si tu croises Dieu sur ton chemin, oublie-le. » La Source est en toi, comment peux-tu la croiser ? Détruis le temple, refuse la religion, ignore les rites inutiles. Le seul temple est ton silence. La Source est en toi, mais tu n’es pas la Source. Une goutte d’eau n’est pas la rivière.

Quand le bruit mental s ‘apaise, la Source est là. Et quand Elle envoie sa paix puissante, son sourire se lit sur ta face.

La foi t’est aussi utile que l’air que tu respires. La foi en l’importance de ta présence, ici et maintenant. La foi dans ton rôle, dans ta capacité d’aimer, de rayonner la lumière qui est tienne, afin que tous en profitent. La foi en l’importance de l’enjeu, la confiance de t’y mettre, et la certitude de réussir. La foi en la grandeur de l’Homme, qui est Lumière né de la Lumière, qui fut Dieu, qui est ange et démon, capable du meilleur comme du pire, qui a souvent frôlé la catastrophe et qui toujours s’en tire.

Si Dieu existe, l’athéïsme doit être moins insultant pour lui que la religion. (Edmond et Jules de Goncourt)

 

Les gens oublieront ce que tu leur as dit, ils oublieront ce que tu leur as fait, mais ils n’oublieront jamais ce que tu leur as fait ressentir.
sagesse maya