Ereshkigal

 

Ereshkigal ? Connais pas. C’est dans quel film ? Dans un film à faire sur notre histoire vraie, pleine de dieux et de héros, de bravoure et de cruauté. Dans le film qu’il faut tourner sur notre origine divine, sur les temps lointains où les dieux marchaient parmi les hommes. Ces temps si lointains qui sont pour moi si proches.

Déesses d’avant

Les dieux d’avant, c’est bien joli. Mais les déesses d’avant sont bien plus intéressantes. Nous avons été créés, choyés, nourris, éduqués par des déesses. Notre humanité, cinquième du nom, a commencé par un long matriarcat. Une très très longue suprématie féminine, oui-da.

Ereshkigal, la « Dame de la Grande Terre » est la déesse du monde des morts, les Enfers mésopotamiens. Son amant Nergal lui a donné un fils. En dehors de cette histoire d’amour, on ne sait pas grand chose sur la patronne du Grand En-Bas.

Comme la plupart des déesses mères de toutes les mythologies, Ereskigal régnait sur le monde souterrain. Son nom a été traduit par « reine du Grand En-Bas ». On la considère habituellement comme la sœur ou l’aspect sombre d’Inanna, et l’on dit que les deux déesses se seraient partagé la domination sur les mondes d’en-haut et d’en-bas. Une conception étayée par le fait qu’Inanna affirme descendre aux enfers pour assister aux funérailles de Gugul-ana, l’époux d’Ereskigal, sa sœur aînée. Parfois Ereskigal est identifiée à Ninlil, déesse jeune fille violée par Enki à plusieurs reprises.

Courroucés, les autres dieux exilent Enki aux Enfers et Ninlil, se sachant enceinte, le suit pour ne pas rester seule. Plus tard Enki réussit à s’échapper mais le Grand En-Bas garde Ninlil à titre de dédommagement. Recluse dans le monde souterrain, Ninlil donne naissance à la lune.

Bengali ?

Que signifie Ereshkigal ? On pourrait décomposer en phonèmes de la langue des origines, mais Google trad m’a mis sur une autre piste : le bengali. C’est une des langue indienne, celle qu’on parle au Bengale et au Bangla Desh. En bengali, Ereshkigal s’écrit : ইরেশ কি গল্  et veut dire : What the heck ? / Que diable ? Ça peut aussi s’écrire : এর এস কি গল্ qui signifie : Quoi de neuf ? What’s new ? Pure déconnade ou nouvelle piste prometteuse ? On verra bien.

Il se pourrait que le turc, comme l’allemand, soit une langue mère, un pont privilégié vers la source de toutes les langues, la langue des origines. En turc, ces phonèmes signifient tout autre chose : er (privé) esk (vieille) igal (occupation). En estonien, igal = tous. Ce qui évoque quelque chose comme : Ancienne mission secrète (d’intérêt général).

Montagne ou Enfers

Très différents de l’enfer chrétien, les enfers mésapotamiens semblent un espace intérieur où les morts sont gardés. Ces enfers s’appelaient d’abord KUR ou La Montagne. Par la suite, ils furent relocalisés sous terre, mais conservèrent le nom de KUR. Ils sont sous nos pieds et on les appelle la Montagne… Pourquoi ? Voyons voir. 

K UR, ce nom indique UR, l’origine des Dieux d’avant, et UR, première ville des dieux sur terre. Pourquoi (k)ur signifie la Montagne ? Pour la même raison que les Grecs situaient le domaine des dieux sur le Mont Olympe. Le thème du dieu sur la montagne est un mythème récurrent sur tous les continents. Parce que pour aller chez les Dieux, il fallait d’abord monter sur une montagne. Cela tient aux engins volants des dieux d’avant, qui ne pouvaient décoller que sur une hauteur, pyramide tronquée, montagne arasée… J’évoque cette question en détail dans Les trônes de Salomon.

L’idée à retenir c’est qu’autrefois, pour aller chez les dieux, il fallait passer par la Montagne, alors que maintenant, il faut descendre chez dame Ereshkigal.

 

 

Vers le bas

Elle est présente dans des récits comme la Descente d’Inanna aux Enfers ou Nergal et Ereshkigal ou dans les Hymnes aux temples. Elle règne dans son palais du Ganzer, assistée de quelques dieux infernaux, mais coupée de toutes relations avec les vivants de la surface et les dieux d’en haut. Ainsi le déduit-on de quelques bribes recueillies sur son compte au hasard des tablettes cunéiformes.

Ganzer, en allemand, veut dire entier. Qu’est-ce qu’un palais entier ? Un grand palais ? Ou bien un sas qui donne accès à l’univers entier ? Pour l’instant, bornons-nous à ces spéculations. Voilà qu’on connaît le nom de son palais, mais on ne sait pas en quoi consiste son activité de Reine d’En Bas. S’occupe-t-elle des morts dont elle a la garde ? Pas vraiment. Elle explique à son amoureux que s’il ne descend pas la rejoindre, elle rendra la vie à tous les morts qui viendront envahir la terre. Cette menace décide le pauvre transi, Nergal, dont le nom signifie en Suédois : Celui qu’une fille attire vers le bas. (Ner = vers le bas ; Gal = fille).

La langue suédoise laisse à penser que Nergal est Hyperboréen. Oui, encore un. Il y a toute vraisemblance que le corpus légendaire sumérien soit une relocalisation d’événements survenus plus au nord, en Hyperborée et sur les terres celtiques.

Mais ce mythème signifie que les morts le sont vraiment. Ereshkigal n’a donc rien à faire pour s’occuper d’eux, ils sont morts. Grosse différence avec l’enfer chrétien, où les morts sont bien vivants, où les pécheurs se font rôtir les miches et enfourcher les burnes par des salopards pervers polymorphes, à l’image du clergé catho. Mais alors, à quoi Ereshkigal occupe-t-elle son temps, toute seule au milieu des maccabs ? Sans parler de l’odeur, elle a dû se faire tartir à cent sous de l’heure. Surtout avant que son amant descende lui faire des trucs et un gamin. Ça occupe.

 

          Lai d’amende             

Ereshkigal a chanté tout l’été
La voilà bien dépitée
Du lieu qu’il faut habiter.
Elle s’en va pleurer misère
Chez Inanna sa commère
La priant de lui prêter
Son palais pour subsister
Dans ces Enfers détestés.

Inanna n’est pas bêcheuse
Elle a mille autres défauts.
-Est-ce tout ce qu’il vous faut ?
Dit-elle à son emprunteuse.
-Auriez-vous de quoi manger ?
De quoi rire et me changer ?
Auriez-vous quelque équipage ?
Une servante et deux pages ?
Et cocher, palefrenier,
Rôtisseur, laquais, meunier,
Chaque matin mille écus…

Inanna lui montra son cul.

 

L’entrée du Royaume

Ereshkigal est une grande dame qui ne s’en fait pas pour si peu. On l’appelle la Dame de la Grande Terre. Pourquoi ? Parce que la Grande Terre est son domaine. Le sous-sol lui appartient. Si la Terre est creuse comme des textes anciens l’affirment, ça fait beaucoup de place à l’intérieur. D’où Grande Terre.

Mouais… Il y a autre chose, forcément. Pour ce que j’en ai vu, Grande Terre est une image pour évoquer tout l’univers. Ereshkigal serait une clé sacrée. Elle attire Nergal vers le bas, non pour le perdre, mais pour le sauver. Passante. Il passe par elle.

La Montagne vers le bas. Le Très Grand Lieu débouche sur l’infini. Non au sens figuré, mais au sens propre. Sous nos pieds, dans le ventre de notre Mère, il y a un passage. Une Porte des Étoiles. Un sas vers l’Ailleurs. Un Pont Blanc qui brille de tous les désirs des hommes.

Ce n’est pas une seule porte, mais sept.

Ereshkigal est la Gardienne du Septime Seuil. Au-delà de la septième porte s’ouvre l’huis des étoiles. Le Centre Terre est un couloir spatio-temporel, comme le soleil.  Par ce portail, on peut rejoindre plusieurs planètes dans différents systèmes. En Alcor notamment. Les dieux Ases sont les enfants d’Ereshkigal, ils connaissent ce passage qui relie leur planète d’origine, Asgaard, à quelques autres dont la nôtre.

Ainsi Ereshkigal est passante. C’est par elle, avec elle et en elle qu’on atteint le Royaume. Pour tous les morts de cette planète, elle est le passage obligé vers la suite de l’aventure. Tel est son job où elle excelle.

Et par morts j’entends celles et ceux qui ont connu la mort initiatique. Celles qui ont passé le dur cap de l’arcane XIII. Ceux qui ont connu l’éveil. Il s’agit de ce seuil-là. Le voyage sans retour qui nous arrache à la pesanteur terrestre pour faire de nous des éphémères que le vent promène à son gré. Attirés par la lumière vive, nous nous brûlons les ailes sur les phares des naufrageurs.

Grand-mère Ereshkigal est la Grand-Gardienne du passage obligé. Du goulet voulu. De la porte étroite. Du chas de l’aiguille. Comment passer ? Humilité, toujours et encore. Si tu n’es rien, nul ne peut t’empêcher d’avancer.

 

Les sept portes

Le dieu Nergal tombe amoureux d’elle et descend la rejoindre aux enfers. Pour y parvenir, il doit briser sept portes, dit la légende. Ce que j’y vois, c’est le mythème « les sept portes ». Qui donne envie d’aller plus loin. Beaucoup plus loin.

Je ne suis pas scientifique. Ces gens-là cultivent la certitude sur le terreau de l’à-peu-près. Je m’efforce à l’inverse. Face aux faits, aux traces, aux preuves, aux concordances, aux concomitances, face à tout ce qui étaye cette autre histoire de l’homme décryptée jour après jour, je ne crie pas victoire. Je me contente de croire sans y croire.

 

 

La première est la porte de Bois. Qui la pousse d’un cœur léger parvient seul à la bouger.

La deuxième est la porte de Fer. Qui la pousse d’un cœur offert est paré pour le transfert.

S’ouvre en trois la porte du Cœur. Qui peut s’arracher le cœur voit la fin de son malheur.

Quarte porte est nommée Vertu. S’ouvrira sur un cri pointu. Comme fait le V de Vertu.

Quinte porte appelle Colère. Qui éclate à propos détendra l’atmosphère.

Sixte porte apaise Tonnerre. Après la foudre, les ions sentent bons.

 

Ainsi sont franchies les six premières.
À la dernière, renonce à ta vie même.
Abandonne cet ultime espoir.
Par ce don de toi, deviens ce que tu es :
un duvet de canard que le vent dépose sur le lac du Temps.

 

On avance à rien dans ce canoë / Là-haut, on te mène en bateau / Tu pourras jamais tout quitter, t’en aller / Tais-toi et rame.
Alain Souchon