La tierce oreille

 

Le troisième œil, on connaît bien. De nombreux auteurs le mentionnent, je l’ai évoqué à plusieurs reprises, dans l’Œil d’Oudjat, dans le Voir de Castaneda ou les Sept degrés du voir. Beaucoup moins connue est la tierce oreille, pourtant tout aussi fondamentale sur un chemin d’éveil.

Vous en avez entendu parler, normal, vous avez tendu l’oreille. L’une ou l’autre oreille. Mais la troisième, où se cache-t-elle ? Qu’entend-on par là ? Voilà ce qu’on ne sait pas trop. On connaît l’expression, on a vaguement pigé l’idée, danger ! On est prêt à gober les salades du premier gourou qui passe et qui rapace. Mes chers amis, mourir idiot est la plus idiote façon de mourir. Pour vous l’éviter, voici trois fonctions de la claire-audience et les possibilités qu’elles offrent. Qui s’y reconnaîtra au passage en fera son profit.

Le troisième œil a une réalité physique. Il fut un temps où il était visible au front des géants d’avant, les Cyclopes – qu’on appelle aussi les Archanges. La troisième ou tierce oreille n’est pas physique. Elle veut dire la claire audience ou l’audition subtile, parfois même la claire intelligence ou compréhension subtile.

Les degrés ou fonctions de la tierce oreille dérivent directement d’un concept sur lequel je suis souvent revenu, le langage des oiseaux, que je préfère appeler langue des Oisons. Elle a fait sa première apparition dans la mythologie grecque, au cours de l’incroyable histoire du devin Tirésias (source). Puni par une déesse qu’il avait vue nue, Tirésias devient aveugle. Pour atténuer sa punition, il reçoit le don de comprendre la langue des Oiseaux. Ainsi saura-t-il les mots derrière les mots, entendra-t-il les secrets de son corps et ceux du monde, ainsi deviendra-t-il devin.

 

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Ces trois fonctions peuvent devenir une réalité quotidienne pour le cherche-lumière. S’il s’en rend compte… On n’est pas toujours conscient de ce genre de don à son apparition. La plupart du temps, quand le don arrive, on n’y prend pas garde. On ne réalise que longtemps après, quand il se manifeste sans ambiguïté, dans un cas d’urgence. S’il est possible de savoir quand tel ou tel pouvoir s’est manifesté pour la première fois, il est difficile de dire quand on l’a reçu. C’est tant mieux.

Recevoir un pouvoir n’est pas lié au mérite ni au travail accompli. Ce n’est ni un salaire, ni une récompense. Le Vivant n’en donne pas. Il n’est pas bon d’avoir le culte des pouvoirs subtils. Les souhaiter est indigne d’un guerrier. Les attendre est pathétique. Celui qui se laisse aller de la sorte se lamentera comme une poule souillée en perdant ses pouvoirs. Ce qui lui arrivera inéluctablement. 

 

Derrière les mots

La première fonction est la compréhension subtile : le tout premier sens qu’on donne à la langue des oiseaux. Entendre les mots derrière les mots. Tu me dis « maintenant » et j’entends « main tenant« , la main qui tient l’instant pour qu’il dure autant que maintenant. Comprendre le sens profond qui se révèle aux initiés. Sauf que comprendre, en langue des oiseaux, c’est prendre pour un con. Il y a cette distrayante dictée de CM2 : « Les poules s’étaient enfuies dès qu’on leur avait ouvert la porte. » ce qu’une majorité d’élèves a écrit : « Les poules s’étaient enfuies, des cons leur avaient ouvert la porte. »

Plus sérieusement – faut-il être sérieux quand on parle de choses sérieuses ? – j’ai passé ma vie à comprendre autre chose que la majorité. Tout enfant, la première fois que j’ai entendu parler de la couleur caca d’oie, j’avais compris ceci : caca-doigt, et je trouvais ça particulièrement dégoûtant. Très récemment, à la radio, une pub de la Poste m’a choqué grave : « Monte un branling » Pardon ?! C’est quoi cette affaire ?? Vérification faite, il s’agit de la campagne « Mon timbre en ligne ». A force d’entendre d’autres mots, de comprendre autrement que tout le monde, j’étais prédestiné pour décrypter les malices de la langue des oiseaux…

L’entraînement et la pratique y sont pour beaucoup. Mon conseil : ne cherchez pas à écouter ce qui se dit, contentez-vous d’entendre les sons. Ils sont comme une musique, ils changent de sens comme de note et de mesure. Laissez-les danser dans votre tête, rouler en tous sens dans votre corps, et à la fin ils vous donneront tout ce qu’ils ont. La porte qu’ils ouvriront pour vous, où mène-t-elle, vous le verrez bien. L’important est de suivre la piste sacrée. Pour ça, il suffit de comprendre la langue des oiseaux.

 

 

Ecouter son corps

La tierce oreille vous permettra peut-être la seconde prouesse : entendre les messages de votre corps. Et savoir les interpréter. L’oreille intérieure permet de capter les bruits ténus du corps profonds. Je ne parle pas de borborygmes ni de flatulences, mais des claquements sourds, changements de fréquence… bruit dans les oreilles, bourdonnement, acouphènes… Ouvrir la deuxième porte. Elle donne sur les secrets de guérison. D’abord guérir le corps, puis guérir l’esprit. Le mieux étant de guérir les deux en même temps.

Ecouter son corps pour le comprendre. Apprendre les chemins secrets qui relient les organes, suivre le cours de veines et des artères, sentir palpiter son cœur ou sa tripaille, descendre sur le fil électrique des nerfs, parler sa langue, éprouver son flux, sa force et son élan. Tout vient à point à qui sait attendre. Ton corps est une bête sauvage, elle a peur de toi. Elle ne te connaît pas. Apprivoise-la. Deviens l’allié de ton corps, fais de lui ton ami.

N’importe qui peut se mettre à l’école de son corps. Les jeunes enfants sont les plus doués. A l’opposé, les adultes d’âge mûr ou les vieillards font preuve d’un piètre talent. Plus la personne est éduquée, instruite – c’est à dire désinformée de tout ce qui touche à sa vraie nature – moins elle parviendra à lire le livre de son corps.

 

Devenir devin

La troisième prouesse de la tierce oreille est un don sacré. Ceux ou celles qui l’avaient étaient reconnus sorciers ou prophètes. C’est souvent une disposition dont on fait état dès l’enfance. Il existe des êtres sensitifs capables de déceler très tôt les signes de ce pouvoir chez les très jeunes enfants. Entendre les secrets du monde, devenir devin, visionnaire ou prophète… Au Tibet de jadis, les individus faisant preuve de telles dispositions étaient élevés spécialement pour faire face à leurs futures responsabilités. Maintenant le lamaïsme tibétain a perdu son authenticité et sa vérité.

Le Dalaï Lama est un vieillard sénile dont le sourire figé ne parvient plus à masquer le profond malaise intérieur. cet homme est trop intéressé, trop accaparé par le matériel, le factice, les collections d’objets technologiques ou autres passions funestes pour un tel homme dans un tel rôle. Les principes sacrés du lamaïsme ne sont plus suivis. Ils ont perdu leur caractère sacré. Ils sont secrètement contrés par des actes négatifs dont la pratique semble se multiplier ces dernières décennies. Le kali yuga, âge du déclin, frappe partout avec une égale violence. 

Il existe aussi des cas d’éveillés qui acquièrent ce pouvoir à l’occasion de leur éveil, notamment en cas de foudroiement ou d’électrocution. Ceux-là aussi réclament une formation. Un être éclairé doit veiller sur eux, les protéger d’eux-mêmes et des étranges pulsions de mort qui peuvent s’emparer d’eux, déroutés par l’afflux soudain d’un pouvoir terrifiant : connaître l’avenir, savoir avec certitude ce qui va arriver demain ou dans dix ans, il y a de quoi flipper quand ça vous tombe dessus sans crier gare.

La foudre a de ces effets sur les sujets qu’elle frappe. Si elle ne les tue pas, elle ne les rend pas forcément plus forts. Certains pouvoirs disproportionnés sont une malédiction pour des êtres fragiles, ou mal préparés. L’irruption de l’autre monde est un choc d’autant plus violent que celui qui la subit n’y a jamais cru avant.

 

 

Voilà les trois fonctions principales de la claire audition, qu’on appelle aussi la tierce oreille. Avant de vous dire à plus tard, je souhaite que ces éclaircissements vous soient profitables, et que mes mots ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd.

Le souvenir des faits extérieurs de ma vie s’est, pour la plus grande part, estompé dans mon esprit ou a disparu. Mais les rencontres avec l’autre réalité, la collision avec l’inconscient, se sont imprégnées de façon indélébile dans ma mémoire. Il y avait toujours là abondance et richesse. Tout le reste passe à l’arrière-plan.
Carl Gustav Jung