La fin du Temple

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Au 13e siècle, l’Ordre du Temple est une multinationale financière et commerciale qui fait tourner l’Europe unie et qui prête de l’argent aux rois dont les caisses sont vides. Voire aux papes, aussi ruinés que les rois…

En deux siècles, le Temple est devenu une banque centrale florissante qui permet aux monarques de financer les croisades et qui payent leurs rançons s’ils sont faits prisonniers. Son siège social est une énorme forteresse qui s’étale sur tout le centre de Paris : le quartier du Temple. Rasé par Philippe le Bel, il n’en reste que des plaques émaillées : rue du Temple, rue Vieille du Temple, rue des Blancs-Manteaux. La puissance de l’Ordre n’est pas que matérielle. Ceux qui y entrent en attendent des bienfaits intérieurs.  Certes les moinillons n’auront pas les mêmes bénéfices spirituels ou financiers que les puissants « pauvres chevaliers ».

Dans l’Ordre, derrière une apparente égalité, et malgré les voeux de pauvreté, il y a des fortunes et des degrés d’initiation très divers. La plupart des moines n’obtiennent jamais le titre de Chevalier, sans parler des grades supérieurs. Très peu de dirigeants savent tous les secrets de l’Ordre.

On dit que le Grand Maître officiel était secrètement doublé par un véritable Grand maître, inconnu de presque tous, et qui ne risquait donc pas d’être pris. Ce culte du secret et cette hiérarchie militaire se retrouvent, affadis, chez les Francs Maçons ou les Rose-Croix,On dit aussi Rosicruciens qui s’en disent les héritiers. L’initiation la plus haute que confère le Temple dessine une élite spirituelle et temporelle, détentrice des secrets de ce monde et de l’autre. Elle représente le cœur sacré de la Chrétienté, comme le soufisme est encore le cœur sacré de l’Islam. Ces Chevaliers Initiés pèsent très lourd dans le destin de l’Europe. Ils contrôlent toutes les routes maritimes connues …et inconnues !

Grâce à d’antiques portulans, ils ont retrouvé le chemin des Amériques et de leurs trésors. Ils y exploitent des mines

Des fortunes considérables en métaux rares et pierres précieuses viennent grossir les confortables bénéfices de leur système bancaire, qui couvre toute l’Europe et le proche Orient. Sous le règne de Philippe le Bel, le Temple est devenu un état dans l’état, qui fait des affaires… d’or. Plus puissant qu’aucun monarque, l’Ordre frappe monnaie, émet des billets à ordre, hérite de maintes fortunes, trafique pierres et métaux précieux, vend des remèdes, des terres, des bijoux, des indulgences et des épices.

 

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Il fait travailler quatre cents corps de métiers différents dans ses innombrables établissements : artisans, gens de robe et gens d’armes, marchands, apothicaires, guérisseurs, charpentiers, menuisiers, ébénistes, ivoiristes, lapidaires, maçons, sculpteurs, vitraillers, peintres, paveurs, chaque profession avec sa corporation, sa règle, ses usages et ses trois grades : apprenti, compagnon et maître.

 Au plus fort de leur règne, les Pauvres Chevaliers sont devenus bâtisseurs, banquiers, soldats, policiers de la route, douaniers, chirurgiens, médecins, pharmaciens, hôteliers, voyagistes et transporteurs. Ils entretiennent des léproseries où les malades les plus contagieux reçoivent soins et nourriture, pouvant même assister à la messe et communier à travers un guichet spécial. Les navires templiers sillonnent les sept mers, faisant claquer au vent la croix pattée rouge. 
Cette réussite insolente défrise le roi de France, Philippe, personnage le plus puissant d’Europe… après le Grand Maître du Temple ! 

Philippe le Bel veut la fin du Temple, mais le pape Clément V protège les Pauvres Chevaliers. Jusqu’à un certain point…

Jacques de Molay, dernier grand maître du Temple, apprend qu’un complot se trame contre l’Ordre. Juste avant son arrestation, sur son ordre, six lourds chariots sous bonne escorte quittent Paris en pleine nuit par la route de l’ouest. Ces chariots emportent vers une destination inconnue le colossal trésor des Templiers. Au matin, Jacques de Molay et les principaux dignitaires de l’Ordre sont jetés ès culs de basse-fosse. Après un procès sordide de sept ans, où les aveux des chevaliers sont obtenus sous la torture, où les pires calomnies leurs sont imputées, l’Ordre est enfin dissous et ses biens confisqués.

Les dignitaires, jugés coupables d’hérésie, seront brûlés vifs sur le bûcher.

« Le Grand Maître n’ayant plus que la langue libre et presque étouffé de fumée, dit à haute voix : « Clément, juge inique et cruel bourreau, je t’ajourne à comparaître, dans quarante jours, devant le tribunal du Souverain Juge. » (source)François Mézeray (1610-1683)

 

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Or Clément V mourut dans les délais annoncés ! Hasard ou non, au fil des siècles cette légende populaire est devenue une véritable tradition.

Revue et amplifiée par Maurice Druon dans Les Rois maudits, la malédiction deviendra : « Pape Clément !… Chevalier Guillaume !… Roi Philippe !… avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste jugement ! Maudits ! Maudits ! Maudits ! soyez tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races. »

Le compte est bon. Treize générations, pour les Bourbons, c’est Louis XVI décollé par la Terreur. L’échafaud qui répond au bûcher. On dit qu’au moment de l’exécution de Louis XVI, un homme se serait écrié dans la foule : « Jacques de Molay, tu es vengé! » 

Même si Druon a exagéré la malédiction, Molay aurait laissé, outre ses imprécations, des consignes précises pour les temps futurs afin que le Temple survive à sa dissolution. Il s’agissait avant tout de récupérer le colossal trésor. Au fait, qu’est-il devenu ? 

 

Il n’y a qu’une seule chose de mauvaise en toi, tu crois que tu as l’éternité devant toi.
Carlos Castaneda