La Toison d’Or

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Dans la mythologie grecque, les Argonautes -en grec ancien Αργοναῦται / Argonaútai- sont un groupe de héros partis de Grèce avec Jason à bord du navire Argo, le Très Rapide, pour retrouver la Toison d’or. Ils apparaissent dans de nombreuses légendes. Selon les sources leur nombre varie, mais la tradition rapporte que l’expédition était composée de 50 hommes en plus de Jason et d’une femme. (source)

C’est la version officielle, celle que les Grecs ont réécrite pour leur propre usage et commodité. Mais la source grecque de cet épisode est bien tardive, et très affadie. On nous dit que cinquante solides gaillards, la fine fleur de ce qui se fait de mieux à l’époque, s’embarquent sur un bateau très rapide pour retrouver une peau de bouc. Pardon, de bélier. Des géants et des héros mythiques tous unis pour une vieille peau ? Cherchez l’erreur. On ne traverse pas la moitié du monde connu pour ramener une peau de chèvre, fut-elle dorée. D’ailleurs, la peau est accessoire. Le vrai but de cette quête est de délivrer le Titan Prométhée enchaîné par Zeus sur un mont lointain, et de le ramener en triomphe sur l’Olympe. En triomphe… et en aéroplane.

Patrie mythique de la Toison d’or, la Colchide se situe à mi-chemin entre le rêve et la réalité, au pied de la montagne où est enchaîné Prométhée. Pour l’atteindre, il faut emprunter des moyens de transport féeriques et franchir d’étranges contrées, où l’on passe alternativement du récit fantastique aux faits divers les plus abominables, ou les plus triviaux. (source)

 

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Pétaouschnok en Colchide

Si la Colchide existe, elle représente pour les Grecs antiques le mythe exemplaire des confins du monde. Selon moi, il ne faut pas situer le terme du voyage des Argonautes dans cette Colchide située en Géorgie occidentale, sur les bords de la Mer Noire, où les Grecs la place.

L’expédition des Argonautes avait un but précis sans rapport avec une peau de mouton. Le but était de délivrer Prométhée, car le départ (ou la mort ?) de Zeus faisait de lui un prétendant légitime au trône d’Olympe, laissé vacant. Et Prométhée, on l’a vu, était enchaîné à un pic des monts Oural, près de l’antique cité d’Arkaïm. C’est donc là que sont allés les Argonautes.

J’en veux pour preuve le Prométhée Enchaîné d’Eschyle, où il est clairement dit ceci dès le prologue : « dans ce pays, terme du monde, au fin fond des plaines scythiques, nous t’avons conduit Prométhée. »

On peut voir sur la carte qui suit que les plaines scythiques se situent bien au-dessus de la Mer Noire, et le fin fond de ces plaines scythiques, c’est l’Oural, et non la Colchide qui est le territoire des Parthes, trop proche de Grèce pour être un « terme du monde ». Il s’agit pour moi d’une relocalisation tardive, pour adapter l’histoire originale à la géographie de la Grèce du 5e siècle AEC.Avant l’ère commune

 

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Il n’y a pas que les lieux qui ont changé. Beaucoup de choses ont été altérées dans ce récit, qui, dans la version que nous ont transmis les Grecs, est devenu complètement incompréhensible. La version la plus complète s’appelle Les Argonautiques, rédigée en grec ancien par Apollonius de Rhodes. Vous la trouverez partout si vous ne la connaissez pas encore, et vous n’y comprendrez rien à votre tour. L’histoire que je vais vous conter est assez différente en apparence, mais beaucoup plus proche d’une vérité historique très ancienne, et très oubliée.

 

Super production made in Hollywood

Pour commencer, Zeus n’a pas le premier rôle dans cette prod, loin de là. Toute cette affaire a été dès le début téléguidée par le véritable dieu des dieux, une déesse, et pas n’importe laquelle, la Grande Héra / Hathor. Celle-ci, fatiguée des frasques sans envergure du petit Zeus, son consort, le répudie sans crier gare, et hop ! il disparaît de la mythologie. La grande déesse veut installer le neveu Prométhée sur le trône et surtout dans son lit.

Il faut d’abord le libérer, et la déesse compte assez sur son protégé Héraklès, Gloire d’Héra, qui ne jure que par elle et fera tout pour lui plaire. Mais la prison de Prométhée n’est pas la porte à côté. Bien des périls guette le voyageur dans ces contrées peu connues, hostiles, perdues.

Il faut trouver un engin volant, le réparer ou le construire au besoin. Il faut une petite armée de jeunes gens sans complexe, des spécialistes du pilotage et de la mécanique, bien sûr, des guerriers rompus au maniement des armes lourdes, des navigateurs habiles, sous l’égide d’un meneur d’hommes incontestable. Héra s’appuiera sur son protégé Héraklès. La Grèce ne manque pas d’ingénieurs et de mécaniciens versés dans l’astronautique ancienne. L’expédition se fera, Prométhée régnera sur l’Olympe, ainsi en a décidé Héra.

On voit combien la Grande Déesse s’est investie dans ce projet, capital pour elle comme pour l’avenir du monde. Mais on ne voit toujours pas ce que vient faire dans l’histoire cette foutue toison d’or.

Laissez-moi éclairer votre lanterne. On raconte que jadis, un héros promis à une mort certaine s’est échappé sur le dos d’un bélier volant. Je n’ai jamais entendu parler de bélier volant, mais je sais fort bien que Ram le Bélier d’Hyperborée possédait un avion supersonique. La peau du Bélier aux reflets métalliques… Et je suis persuadé que ce vaisseau était couleur d’or. D’où son nom : Toison d’Or.

 

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Cette expédition visait à restaurer Prométhée dans sa grandeur titanesque. Pour ce faire, parer Prométhée d’un luxueux jet supersonique, celui du grand Rama, serait du plus bel effet. D’où la nécessité de ramener la Toison d’Or, c’est à dire, d’abord, de la réparer afin qu’elle soit en état de voler. C’est pourquoi on trouve des pilotes, techniciens, mécaniciens et artisans spécialisés parmi les cinquante Argonautes.

Je sais que j’ai raison. Et tous les autres ont tort.
Bernard Werber