Survivre à l’hiver nucléaire

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Une chose est sûre :  il y a cent quinze mille ans vivaient des hommes comme nous. Les vieux avaient la carte vermeil. Leurs abeilles faisaient du bon miel. Des bateaux sans ailes filaient dans le ciel. Tout pareil. 

Et quelqu’un leur a dit : « Planquez-vous sous terre, les petits gars. Un dieu a merdé, c’est l’hiver nucléaire, ça va durer jusqu’à perpète, garez vos vaches, cochons, couvées sous une bonne épaisseur de terre, et qui survivra verra. » 

Chers dieux d’avant ! Toujours prêts à rendre service.

Et puis les Dieux sont repartis dans leurs bateaux du ciel en attendant que ça se réchauffe. L’histoire en question se passait il y a trop longtemps. 

Il a duré, l’hiver. Plusieurs générations. Plusieurs civilisations. Plusieurs mondes. Cachée sous d’épais nuages de poussières radioactives, la terre est restée sans voir le soleil pendant cent mille ans.

Sur la surface de la terre, toute vie avait disparu. Les animaux, les plantes, tout ce qui vit avait laissé place à un manteau de poussière grise, mortifère et puante. 

La vie avait trouvé refuge sous terre. Les dieux ont su prévoir l’horreur absolue, ils ont fait creuser des milliers de kilomètres de tunnels et de salles souterraines, dont la majeure partie existe encore.

Grâce à l’inépuisable énergie vril, les hommes ont recréé un biotope, environnement favorable à la vie. Ils y ont installés des couples d’animaux, toutes les plantes utiles, et ils se sont organisés pour cent mille ans de solitude.

Ils ont terraformé les profondeurs du globe comme d’autres ont terraformé cette planète.

Maintenant imaginons qu’à cette même lointaine époque, l’un des dieux n’ait pas voulu – ou pas pu – quitter la terre dans son bateau du ciel. Par exemple, le dieu qui nous a créé, Prométhée.

Ou plutôt son modèle sumérien, Ea Enki. Il n’a pas voulu abandonner ses créatures, le petit père. C’est lui qui pendant cent mille ans fut le seul Roi du Monde. Il en avait soupé de son oncle Marduk Zeus et des Anounna Olympiens.

 

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Au bilan, leur action sur terre se solde par une cuisante défaite. La terre atomisée pour cent mille ans !

C’est Enki-Prométhée qui a prévenu les hommes. Prométhée qui pense vite a tout prévu, tout organisé, avec son oncle Héphaïstos-Mardouk. Ils y ont mis les plantes, la lumière artificielle, l’eau des rivières souterraines, puis les animaux par couples, et enfin les humains.

Un maximum d’humains. Il fallait une grosse main d’oeuvre pour creuser les tunnels. Tout s’est passé comme il avait prévu. Son peuple avait travaillé avec coeur. Quand l’apocalypse arriva, ils étaient fins prêts

Alors il s’est enfoui sous terre, lui aussi. Bien profond.  Et il y est toujours. Et ça pourrait bien être l’origine du mythe de l’enfer des chrétiens, retourné comme une chaussette pour le diaboliser, comme les religions s’y entendent si bien.

Origine de l’enfer ou de son anti-modèle sumérien, l’abzu, la terre creuse qui est devenu le domaine de Enki, nous dit la légende. Toutes les planètes seraient creuses, et l’intérieur, bien plus confortable, serait réservé aux dieux. Exposées aux intempéries et aux météorites, les créatures inférieures vivent sur le toit.

Ce fabuleux mythe aux accents troublants a connu un regain de popularité il y a un siècle avec la thèse du Roi du Monde qui vivrait caché dans l’Agartha sous les montagnes du Tibet.

Si non e vero e bene trovate. Mais s’il nous trouble autant, c’est qu’il nous rappelle quelque chose.

Car nous y étions, souvenez-vous mes chers amis. N’incriminez pas mon délire mais la paresse de votre mémoire. Nous y étions. Souvenez-vous… L’âge de glace. Les hommes-taupes. Les enfants perdus au fond d’improbables tunnels… L’armée des douze singes… Surface interdite.

Ces souterrains interminables et parfois surpeuplés, qui puent comme le métro à cinq heures. Il a fallu y passer je ne sais combien de vies, souvenez-vous, à attendre que le soleil perce les nuages. Et que la glace commence à fondre. 

Rappelez-vous la première sortie au soleil, cent mille ans qu’on attendait ça.

Et les dieux qui nous ont accueillis dehors, toujours souriants, si amicaux : « Pauvres petits, vous en chiâtes ? Tirez un trait, c’est pas le moment de vivre au passé, on a un monde à reconstruire. »

Ils nous ont gentiment expliqué ce qu’il fallait faire et ils sont encore repartis un coup en attendant qu’on s’organise.

Braves dieux. On comprend qu’on leur ait dédié toutes ces belles religions. C’est tout de même grâce à eux qu’on en est là. On leur doit tout : la vie trop courte, la planète trop petite, et même la bombe atomique.

 

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Dire qu’on n’a pas renoncé au nucléaire pour autant. Hiroshima, Fukushima, mais ça chie pas. « How many times must a man look up ? »Bob Dylan et aussi : « Pour faire un homme, Dieu que c’est long ! »Hugues Auffray

C’est comme ça. Mais n’accablons pas ces pauvres diables, les dieux sont des hommes comme les autres. Heureusement qu’il y a des femmes avec eux. Qui ont du coeur. L’une d’elle, Isis-Athéna, que les Sumériens appelaient Ninhursag, l’une d’elle s’émut et nous donna une âme.

D’un coup le robot animal que nous étions se transforma en graine de dieu. A charge pour chacun de la faire grandir. On ne s’en tirerait pas si mal si seulement on n’avait pas oublié le mode d’emploi.

 

Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l’Histoire est la leçon la plus importante que l’Histoire nous enseigne. (Aldous Huxley)

 
Prenez quelqu’un qui ne tient pas de score, qui ne cherche pas à être plus riche, qui n’a pas peur de perdre, ni le moindre intérêt même dans sa propre image : il est libre.
Rumi