Alcor et à cri

J’ai fait un rêve. J’en fais souvent. Celui-là m’a posé une énigme que j’ai lue gravée en relief sur une fabuleuse falaise. L’énigme qui m’est apparue est la suivante. Lac eau vidée la paour d’Ur est. Paour, c’est la peur en langue d’Oc. Et ça se prononce entre por et pour. Ce qui donne : un lac vidé de son eau suscite la peur d’Ur.

Le lac des signes

UR, comme vous le savez, c’est la planète d’ORigine des dieux d’avant, système d’Alcor, constellation Ursa Major, ou la Grande Ourse. Les dieux d’avant nous ont quitté mais croyez-moi, ils ne sont pas partis bien loin. Verra-t-on ce lac à l’eau vidée quelque part dans le monde? Pourra-t-on le reconnaître comme le premier signe du retour des dieux d’avant ? À vous comme à moi. Ils ont intérêt à surveiller leur magnifique création que nous salopons à qui mieux mieux depuis des millénaires. Ils veillent au grain. À l’occasion ils sauvent les meubles. Et quand on grouille en trop grand nombre, ils balancent une pandémie.

Comprenez-les, ils font ce qu’il faut pour protéger leur création. C’est leur mission. Et ça représente un sacré investissement. Jugez-en : leur première expédition d’aménagement a eu lieu il y a trois milliards d’années. Un fameux bail. La terre était toute jeune, de feu et d’eau, tsunamis, glissements de terrain, vents violents et séismes un peu partout. Ils ont bossé dur pour donner à notre planète une apparence moins brouillonne, lui imposer un cap à tenir et orienter son évolution dans le bon sens.

Tout ça ne nous dit rien de l’eau vidée, ni du lac, ni de la peur qu’Ur nous inspire. Si mon rêve a dit vrai, qu’il renie son mystère, qu’il renonce à se taire et tienne un parler clair. Reprenons donc le fil du conte. C’est ce qui compte.

Pôle nord

Pour éviter les désagréments de l’inconfort terrestre, les dieux d’avant logeaient sur Hyperborée, un gigantesque vaisseau-mère en vol stationnaire au-dessus du pôle nord. Oui, du pôle nord. C’est ce que signifie littéralement hyper – borée. Et c’est passé dans le langage courant. Perdre le nord, c’est oublier les dieux quand ils s’en vont. C’est ignorer qu’ils reviendront.

Hérons, hérons, petits pas, tapons. Tapons du pied pour faire entrer en résonance le lieu sacré qui cherche à s’animer. Grâce à qui ? Les dieux sont venus sur Hyperborée leur base avancée, zone de production intensive, labo génétique et cent mille autre tâches que supposent l’aménagement d’une planète sauvage. Un putain d’aménagement qui s’est étalé sur 3 milliards d’années, avec 30 millions d’intervenants… Tandis que les Terriens que nous sommes comptent aménager Mars en deux ou trois siècles à l’aide d’imprimantes 3D. Quel ego scélérat ! L’orgueil de ces rats-là m’accable…

Capable d’accueillir 30 millions de dieux sur ses quatre continents, le vaisseau avait d’autres missions à remplir et ne pouvait pas séjourner ici en permanence. Vu l’état pourri de la surface terrestre et ses dangers permanents, les terraformeurs ont aménagé l’intérieur, c’est plus tranquille. Et tellement plus discret ! L’habitude est restée : ils habitent encore là. Leur demeure est enfouie loin sous la couche des laves et des roches en fusion, dans le grand vide autour du cristal centre. Ils sont chez eux peinards grâce à la bande de rats qui s’expose à la surface et meurt pour les avertir s’il arrive un pépin.

Ces rats sont nos ancêtres. Et nous aussi par la même occasion. Des rats grouillent sur le toit de la maison où des dieux se la coulent douce en notre nom à tous. Des dieux qui nous ont faits à leur image. Si nous sommes des rats, qui sont-ils donc ? Oh what a rat race, isn’it a disgrace to see the human race in a rat race? (écouter)

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Alcor et Mirza

Depuis lors, au moins six périodes préhistoriques ont vu le retour des dieux d’avant, pour un séjour de plusieurs millénaires. Les dieux d’avant vivent 2000 ans. Certains même davantage. Ceux qui sont venus la dernière fois ne sont plus là. C’est ce que je crois.

Les dieux d’avant qui sont venus mettre sur orbite notre humanité, cinquième du nom, tous ceux dont nous parlent mythes et religions, ils sont morts à présent. Au mieux nous recevrons leurs enfants… s’ils reviennent. Mais on le dit. Et je le sens.

À dix ans je rêvais d’Alcor, étoile à peine visible près de Mizar ou Mirza sa grosse copine. Alcor divine étoile qui brille sur la planète Or, ma chère planète où je veux vivre encore, après ma mort qui vient. (écouter Mirza) Mirza la Belle a l’corps plus rond. Dans son miroir, Alcor la Sage mire sa beauté. Elles sont unies par les liens sacrés du mariage, ou bien pacsées pour l’éternité. Les géants d’Alcor sont venus à bord de leur grand vaisseau. Ils nous ont conçus, on les a déçus en tant que vassaux.

Revienne l’âge d’or, la fumée sur le lac, les brumes que le soleil dissipe, tous les flips et les trips qu’on a fait qu’on a vu qu’on a eu. Le cul nu sous les nues sur la foule qui hue, l’alcool qui tue, la foule qui roule comme une pierre et qui coule comme une bière. Oh j’ai tant aimé, j’ai tant reçu, qui remercier ? Je n’ai pas su. Dis merci sans répit chaque instant de ma vie sans jamais savoir à qui. Tu es un drôle d’outil. Un sacré ouistiti.

Ouistiti

Je rentre dans un piano-bar, au temps jadis, quand ils étaient ouverts. Le barman me sert un ouisky et quand il se retourne, un ouistiti se pointe et plonge sa queue dans mon verre. J’appelle le garçon, je lui dis que je ne veux pas d’un ouisky à la queue de ouistiti.

Soupçonneux, il regarde mon verre plein, me regarde, regarde le verre à nouveau, hausse les épaules et m’en sert un autre. Dès que le barman tourne le dos, le ouistiti revient, trempe sa queue dans mon ouiski et déguerpit. C’en est trop. Le garçon n’a jamais entendu une chose pareille mais il n’est là que depuis trois jours. Allez donc demander au pianiste, lui ça fait dix ans qu’il joue ici, il a tout vu.

J’y vais et je lui demande s’il connaît le ouistiti qui trempe sa queue dans mon whisky. Le pianiste me répond : Non je ne connais pas, mais chantez-moi les premières mesures et je vais vous la jouer.

Oisons mes frères

Langue des oisons, langue des oiseaux, langue des oisifs. Tels les contes de l’Amère Loi. C’est ainsi qu’il convient d’écouter mon énigme. Moi qui l’ai déchiffrée au cours des temps passés, moi qui l’ai visionnée dans le rocher gravée, je n’y ai pas songé. À haute voix lis-la. Dis-la. Ça donnera : la covid est là pour durer.

D’après certaines rumeurs infondées, il serait possible que le pire dure toujours — contrairement à l’amour qui dure trois ans. J’y crois pas dans les deux cas. Et toi ?La covid va durer trois ans aussi vrai que l’amour dure toujours

 

D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Moi, je peux vous le dire. Je viens de chez moi, et j’y retourne.
Pierre Dac