Rutebeuf est un grand poète du 13e siècle. Il a beaucoup écrit sur la déchéance, la misère, la pauvreté, la vieillesse et toutes ces choses fort gaies. Mais a su en parler avec grandeur et dignité. Léo Ferré l’avait remis à la mode en adaptant quelques-uns de ses vers en français moderne.
Pour vous, j’ai continué son œuvre en adaptant d’autres poèmes du pauvre Rutebeuf, puisqu’il se désigne ainsi… Si ses poèmes sont souvent mélancoliques, ils n’ont rien de triste. Je les ai trouve plutôt magiques. Grisants. Prenants…Par honnêteté ou par scrupule, j’ai fait figurer l’original en vieux françois avant l’adaptation en français moderne. Servez-vous, c’est cadeau.
Ribaut, or estes vos a point:
Li aubre despoillent lor branches
Et vos n’aveiz de robe point,
Si en aureiz froit a voz hanches.
Queil vos fussent or li porpoint
Et li seurquot forrei a manches!
Vos aleiz en été si joint,
Et en yver aleiz si cranche!
Vostre soleir n’ont mestier d’oint:
Vos faites de vos talons planches.
Les noires mouches vos ont point,
Or vos repoinderont les blanches.
Explicit.
Gueux que vous voilà bien lotis
La feuille d’automne est partie
Aucun manteau ne vous vêtit
Aussi froid aux reins vous aurez
D’un douillet pourpoint vous rêvez
D’un surcot à manches fourrées
L’été vous étiez tant hardis
Or vous voici tant engourdis
N’a point de cire à vos souliers
Car point de semelle à vos pieds
Noire est la mouche qui vous pique
La blanche aura même pratique
En recordant ma grant folie
Qui n’est ne gente ne jolie,
Ainz est vilaine
Et vilains cil qui la demaine.
Me plaing set jors en la semaine
Et par reson.
Si esbahiz ne fu mes hom,
Ou’en yver toute la seson
Ai si ouvré
Et en ouvrant m’ai aouvré
Qu’en ouvrant n’ai rien recouvré
Dont je me cuevre.
Ci a fol ouvrier et foie oevre
Qui par ouvrer riens ne recuevre :
Tout torne a perte ;
Et la griesche est si aperte
Qu’ « eschec » dit « a la descouverte »
A son ouvrier.
Dont puis n’i a nul recouvrier.
Juingnet li fet sambler février :
La dent dit : Cac,
Et la griesche dit : Eschac.
Qui plus en set s’afuble sac
De la griesche.
En rappelant ma grand folie
Qui n’est ni gente ni jolie
Elle est vilaine
Et vilain qui en fait rengaine
Me plains sept jours en la semaine
Et par raison
Jamais nul ne fut si perdu
En hiver toute la saison
J’ai tant œuvré
Et je me suis tant appliqué
Qu’en œuvrant n’ai rien recouvré
Dont je me couvre
C’est fol ouvrier et folle œuvre
Qui par son travail rien ne gagne
Tout tourne à perte
Et la grièche est tant experte
Qu’un échec fait la découverte
À l’ouvrier
Qui dès lors n’a plus nul recours
Juillet lui semble février
Tant sont allés tant sont venus
Des passants qu’elle a retenus
Tous ceux de sa troupe sont nus
Et sans souliers
Par grand froid par grandes chaleurs
Même le plus puissant seigneur
N’a robe entière
La grièche a fait son bonheur
Partout de voir tenue légère
Adaptation xsd’après la traduction de S. Wellens en 1969
*Griesche ou grièche, nom féminin, signifiait alors aventureux, méchant, douloureux. Aujourd’hui on dirait la galère, d’où mon titre. Grièche n’a subsisté qu’en noms composés : ortie-grièche, pie-grièche…
Contre le tens qu’arbre deffueille,
Qu’il ne remaint en branche fueille
Qui n’aut à terre
Por povreté qui moi aterre
Qui de toutes pars me muet guerre
Contre l’yver
Dont mult me sont changié li ver
Mon dit commence trop diver
De povre estoire
Povre sens et povre mémoire
M’a Diex doné li rois de gloire
Et povre rente
Et froit au cul quant bise vente
Li vens me vient li vens m’esvente
Et trop sovent
Plusors foies sent le vent
Bien le m’ot griesche en covent
Quanques me livre
Bien me paie, bien me délivre
Contre the sout me rent la livre
De grant poverte
Quand vient le temps qu’arbre défeuille
quand il ne reste en branche feuille
qui n’aille à terre
par la pauvreté qui m’atterre
qui de partout me fait guerre
au temps d’hiver
Combien se sont changés mes vers
mon dit commence trop divers
bien triste histoire
peu de raison, peu de mémoire
m’a donné Dieu, le roi de gloire
et pauvres rentes
Et froid au cul quand bise vente
le vent me vient, le vent m’évente
point ne délivre
je sens venir le mauvais temps
La grièche* a promis autant
qu’elle me livre
Elle me paie bien et bien me sert
contre le sou me rend la livre
de grand misère
quand pluie me trempe ou chaud me tient
maudit le sort qui est le mien
d’un pauvre hère
Le monde est plein de malfaisants
et qui ruse le plus s’en vante
moi qu’ai-je fait
qui de pauvreté sens le faix
grièche ne me laisse en paix
tant me tourmente
Les dés m’ont pris m’ont enfermé
dans trop de lieux trop mal famés
en trop grand nombre
fol est qui leur conseil habite
de son débit point ne s’acquitte
mais bien s’encombre
Mes membres sont nus si souvent
qu’en été ne cherche ni vent
ni chambre fraîche
le mauvais lot de la grièche
m’a dépouillé mieux que carême
et nul ne m’aime
Avec le temps qu’arbres défeuille
Comme il ne reste en branche feuille
Qui n’aille à terre
Avec pauvreté qui m’atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d’hiver
Les maux ne sauraient seuls venir
Tout ce qui m’était à venir
M’est advenu
Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés ?
Je crois le vent les a ôtés
Ils m’ont failli
Ces amis-là m’ont bien trahi
Car tant que Dieu m’a assailli
En maint côté
N’en vis aucun pour m’assister
Le vent je crois me les ôta
L’amour est morte
M’a Dieu donné le roi de gloire
Et pauvre rente
Et froide au cul quand bise vente
Le vent me vient le vent m’évente
Et trop souvent
Tant de fois j’ai senti le vent
Quand la grièche m’éprouvant
Au froid me livre
M’a bien payé, bien me délivre
Contre le sou rendit la livre
Et m’écouta
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
Adaptation xsd’après Léo Ferré — le grand maître me le pardonne !
L'astral est plus grand que cette planète, plus vivant que cette vie qui finira.
Petit ou grand, un puzzle se commence par les bords, les pièces sont plus faciles…
Premiers "humains", les Cyclopes sont Argès l'éclair, Brontès le tonnerre, Stéropès la foudre.
Plus on s'avance sur le chemin de la vérité nue, plus la marche devient difficile.
Le sommeil est une petite mort, car l'esprit quitte le corps comme après la mort.