Toi qui agis sans attendre les fruits de ton action, agis sans cesse. Toi dont l’action n’est pas guidée par le profit ni résultat, agis pour agir. Tu ne peux pas t’arrêter, parce que ton agir est brûlé par le feu de la connaissance. Aussi, guerrier impeccable, ces lignes te sont dédiées.
Extraite du puissant ouvrage épique de l’Inde antique, le Mahabharata est la grande geste des Bharata, issus de l’empereur Bharat. Les Bharata sont le peuple indien traditionnel, opposé au Bouddhisme comme à l’Islam. Dédié aux géantes de l’ère qui a précédé la nôtre, le Mahabharata conte l’âge des Héros. Il faut lire héroïnes, car les « héros » sont des femmes de race noire.
Les Bharata se battent pour leur race, leur caste, leur statut. Ces guerrières valeureuses n’ont pas d’autre choix. L’ennemi sans nombre est avide de victoire. Il leur fallait vaincre ou mourir : elles ont vécu.
Depuis le patriarcat a gommé le vrai passé. Non seulement les femmes sont niées et remplacées par des hommes, mais la race noire est méprisée, avilie, captive même. Double hérésie. Tandis que « dans le Mahabharata, les femmes sont les égales des hommes, combattent à leurs côtés et ont leur franc-parler. » (Wikipédia)
Pour ma part, je suis persuadé que dans sa version originale, le Mahabharata ne mettait en scène que des femmes. En ces temps lointains, seules les femmes allaient au combat. Les hommes restaient à la maison pour s’occuper des enfants. Aussi ai-je remis la Grande Déesse, mère de nos âmes, à la place du Bienheureux Seigneur de la version actuelle, trafiquée par le patriarcat.
Impossible d’analyser un si vaste ouvrage. Je veux évoquer la plus belle perle de sa couronne : la Bhagavad Gita. Son titre était Chant du Bienheureux Seigneur. Je l’ai nommé Chant de la Déesse primordiale. En voici les plus belles citations.
Pour qui est né, la mort est certaine et certaine la renaissance pour qui est mort. (BG 2, 27)
Le cycle est éternel, comme la Vraie Vie.
Tuée au combat, tu gagneras le ciel. Victorieuse, tu jouiras de la vaste terre. Sois donc résolue au combat. (BG 2, 37)
La vie terrestre n’est pas la Vraie Vie. La terre est un purgatoire, une prison.
Privée de tout, accablée de malheur, si tu n’éprouves ni joie ni haine, te voici confirmée en sagesse. (BG 2, 57)
C’est moi qui met ces sentences au féminin, c’est ainsi que je les lis.
En ce monde, attache-toi à une double discipline : celle de la sagesse métaphysique et celle de l’action pour l’action. (BG 3, 3)
Cette double discipline est déjà indiquée dans le titre du chant précédent : yoga de la métaphysique et de l’action. Yoga a donné le mot français joug. Il signifie d’abord atteler. Mais on le traduit aussi par jonction, union.
La convoitise et la colère possèdent le Grand Vorace, le Grand Malfaiteur. (BG 3, 37) Son siège tient dans la sensibilité, le mental et l’intellect. Le Grand Vorace les utilise pour dérouter l’âme incarnée.(BG 3, 40)
Le Grand Vorace, le nom est bien trouvé. Ialdabaoth, cet archonte prédateur, a pour seul but de nous abattre.
Lui dont toutes les actions sont sans désir, lui qui agit sans projet, lui dont l’agir est brûlé par le feu de la connaissance, le peuple ému l’appelle un sage. (BG 4, 19)
Et le peuple ému a toujours raison.
Aucune purification de ce monde ne peut égaler la connaissance. Par la pratique du yoga, du contrôle de soi, tu la découvriras en toi. (BG 4, 38)
La connaissance est notre tâche ultime, la cause véritable de nos incarnations terrestres. Hors de la chair, l’âme est stable et ne progresse pas pendant les éons qu’elle ne perçoit pas.
« En fait, je n’agis pas » dit l’esprit pur qui voit la vérité, qui entend, touche, sent, mange, dort et respire. (BG 5, 8)
Il n’est qu’acte pur et permanent, mais pour lui c’est chose banale. Cette humilité est son ultime grandeur.
Le cœur sans attaches extérieures trouve son bonheur en lui. Son âme pure lui donne ce bonheur durable. (BG 5, 21)
Soyez seul et vous connaîtrez les desseins de la multitude. Ils ne seront jamais les vôtres.
La purification ultime est une science divine, un secret royal de l’ordre sacré. Cette purification se capte par intuition directe. Elle se réalise facilement, elle est immédiate et durable. (BG 9, 2)
On y parvient quand on a accompli toutes les autres étapes. Elle est montrée dans le Tarot initiatique par l’arcane 21, Le Monde. Il s’agit du monde supérieur, du vrai monde, et non pas du petit monde clos de nos existences terrestres.
Je suis la cible, l’appui, le refuge, l’amie, l’origine et la fin, l’éternelle éternité. (BG 9, 18)
Je suis la Déesse, j’ai donné une âme impérissable à votre corps animal.
Je suis le temps qui tue les mondes, tel est mon rôle. Un jour ces armées ne seront plus en guerre. (BG 11, 32)
Un jour, demain, hier, la paix véritable s’obtient par le cœur et non par les armes. Le temps tue les mondes qui lui sont soumis. Mais les vrais mondes sont hors du temps.
Le temps est une illusion obstinément persistante.
Pour les sages, le renoncement est le rejet des actions intéressées et l’abandon est renoncer à tous les fruits des actions. (BG 18, 2)
La boucle est bouclée. Ce que j’annonce en introduction est ici confirmé sans équivoque. Renoncer, abandonner, c’est se défaire de tous les liens qui nous empêchent d’être, de grandir et d’aimer.
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