Ramage

Ramage, tel est le titre que je donne à l’incunable inconnu inédit intitulé Les douze cris du Bélier. Ce texte me fut remis. Sans en garantir l’authenticité, mes yeux l’ont trouvé bon et mon cœur l’a aimé.

Ces cris se présente en douze stances disposées en quatre quatrains, présentation qui rappelle celle des hexagrammes du YiKing, et qui m’évoque les seize divinités Yorouba, les seize directions de la boussole marine ou compas. Seize est le chiffre d’Hyperborée.

 

Les douze cris

Ou Les douze cris du Bélier. Cette chanson serait tirée d’un ensemble intitulé Les dieux tombés.

On l’appelle aussi 
La dernière prière de Rama

 

1. J’ai pris sur moi les flux mauvais tandis qu’ils circulaient parmi vous afin que vous n’ayez pas à en pâtir davantage.

Il y a un accent christique dans cette première stance. Je suis l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. À moins que ce ne soit l’inverse ? Ne devrait-on plutôt dire qu’il y a un accent ramaïquede Rama dans le christ reconstitué. Ce qui n’a rien d’étonnant, vu cette reconstitution précisément. D’entrée Rama prend le bélier par les cornes et parle vrai : les flux mauvais sont à la fois les réseaux doubles et triples de la géobiologie, l’influence néfaste des druidesses et l’altération de la Wouivre, le réseau sacré des anciens celtes salement perverti par les Amazones, sans oublier les pandémies, puisque Ramos le Bélier d’Hyperborée s’est illustré grâce au gui de chêne qui a stoppé net l’affreuse épidémie décimant les populations pré-celtiques.

2. J’ai mangé le mal qui était disséminé sur la terre, du sommet de ses plus hautes montagnes jusqu’à ses entrailles les plus profondes.

Le mal qu’il appelle aussi le Malin est un démon, prince des ténèbres, habitant l’intérieur de la terre au-delà de la barrière des laves et de la fournaise. La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu’il n’existe pas, a dit Charles Baudelaire. Il existe sans aucun doute, mais ressemble-t-il au portrait naïf qu’en tracent les religions ? Dans ce monde de faux semblants et de faux culs, être malin s’avère utile. La caractéristique du kali yuga est précisément cette inversion totale des valeurs.

3. Et le Mal était si puissant qu’il pensait nous croquer d’une bouchée. Il a dû s’y reprendre à dix fois.

Oui le diable existe. Il est furieux contre nous qui l’avons diabolisé. Dieu tout puissant des anciens géants, voici que la religion d’un autre sauveur des hommes l’a relégué au fin fond du monde, loin sous nos pieds, où il se languit de la surface croirait-on. En fait pas du tout. Il est très bien là où il est. Le souci est qu’il n’y reste pas. Le diable a la bougeotte, disait Mougeotte.

4. Le vivant a voulu qu’il n’y parvienne pas. On m’attaque, on m’abat mais je suis toujours là.

Ceux qui l’abattent sont ses ennemis, ceux qui s’opposent à sa progression vers l’Orient, bien sûr, mais aussi celles qui l’ont poussé à s’éloigner de Celtie,néologisme à partir du breton Keltia désignant l’ensemble des terres celtiques à savoir les Druidesses.

Mais ça peut exprimer son dépit de voir ses fidèles se détourner de son culte au profit de religions nouvelles, de la même façon qu’Isis dans son magnifique exorde La Foudre Esprit Parfait.

 

 

5. Le vivant m’a donné sa puissance invincible. Le Malin m’avait pris pour cible et tous ses démons irascibles s’étaient amassés sur ma tête blessée.

6. Si fort ont-ils poussé que ma tête a glissé. Si fin m’ont-ils cassé

Ici commence la description du sacrifice de Rama. On peut y reconnaître le mythe plus récent de Prométhée enchaîné auquel s’ajoute indéniablement des accents christiques. Sauveur des hommes, Rama fait don de sa personne divine. Sa tête apparemment atteinte par quelque projectile aurait perdu la faculté de raisonner. Il se peut aussi que le glissement de la tête décrive un décalage de son point d’assemblage.

7. Que je me sens poussière semée sur la rivière tel un engrais lumière afin que des chaumières

8. Jusqu’aux palais princiers tout commence à briller.

C’est le renouveau de Rama. Il apporte sur le monde un printemps qui va durer deux mille ans. En pleine protohistoire, c’est la fin des bagarres. Les villages n’ont pas de défenses, palissades ou levées de terre sont absentes durant une longue période en Europe, et dans d’autres régions du monde. L’influence pacificatrice du système Rama est sensible de l’Europe à l’Asie, sans doute aussi en Afrique et en Amérique peuplée par des Noirs venus d’Afrique.

Il y a aussi, pour moi, une réminiscence d’un des bienfaits de la foudre : l’engrais précieux que constituent les nitrates de foudre pour booster les cultures et dynamiser les eaux vibrées. Rama est un des pionniers de l’énergie fulgurale, il y a apporté sa touche dans un épisode que je vous conterai peut-être un jour, La foudre en bouteille.

 

 

9. La peur a pris mon frère. La mort a pris mes pères

10. Et ma mère est tombée sans piper, bouche bée.

De quel frère est-il question ? Ram en eut plusieurs, il semble qu’il n’en compte qu’un. Et pourquoi parle-t-il de ses deux pères ? Il s’agit sans doute du passage le plus obscur du manuscrit.

Une seule mère et deux pères, tous morts. Donc Ram est bien le triple orphelin qu’il nomme dans la stance suivante.

11. Seul un triple orphelin peut braver le Malin. Dans mon ventre trop plein je l’entends qui se plaint.

Il s’agit sans doute une tentative d’empoisonnement dont Rama aurait été victime. N’oubliant pas que le jeune Ramos, berger de son état, a guéri toute la population pré-Celte d’Europe grâce à une préparation à base de gui de chêne. Ramos est donc considéré comme un saint guérisseur avant d’être le chef de guerre victorieux qui a subjugué le monde.

Cette stance montre l’importance du ventre que j’ai toujours soulignée. Deux parties du corps sont désignées malades, la tête au début, le ventre à la fin. Ce sont les deux sièges de l’esprit. Mental dans la tête, vital dans le ventre. Faut-il comprendre que la victoire de Rama sur le Malin s’est jouée grâce à son énergie vitale, trop puissante pour un être négatif comme le diable ?

12. Ce guerrier solitaire ne sera rien sur terre qu’un défunt locataire dépouillé du mystère dont il fut secrétaire.

Le guerrier solitaire dont il est question ne peut pas être le diable au sens moderne du terme. Ici le mot locataire doit attirer l’attention du chercheur. Avant d’être mort, Rama possédait des secrets.  Comment peut-il être mort et locataire encore ? La tentation est grande d’entendre locataire dans le sens castanedien : un ancien voyant qui vient recharger ses batteries auprès de quelque nouveau voyant…

 

Critique et décodage

Il ne faut y voir qu’une légende, au sens latin de legenda : qui mérite d’être lue. Je refuse de me prononcer sur l’authenticité d’un texte qu’un inconnu m’a remis en m’assurant que cette copie était unique. Un jour prochain peut-être, d’autres reproductions de ce texte, photographies d’un velin ou d’un parchemin, que sais-je ? viendront l’authentifier ou la réduire en poussière.

Elle a le mérite d’exister pour l’instant, et fausse ou non, elle peut se révéler fort utile, à condition de l’examiner dans le détail.

Le nom du recueil apporte une précision : La dernière prière de Rama.

Cette pièce aurait donc été écrite après son règne. Le fait qu’elle soit rédigée à la première personne pourrait laisser penser que Rama lui-même en est l’auteur. En ce cas, le titre n’est pas de lui. C’est pourquoi je préfère le premier titre, Les douze cris. On retrouve le parallèle troublant avec le don d’Isis. Ces deux pièces appartiennent peut-être au recueil perdu Les Dieux Déchus ?

Décidément il faut que je m’attelle à cette nouvelle recherche, réunir d’autres pièces émanant de quelques dieux déchus. Ils furent innombrables, des dizaines de millions au moins, on peut donc espérer que cette quête soit fructueuse.

Rama le diable

Avant de fermer cette page, je voudrais ajouter ceci. Puisqu’il semble que cette pièce soit postérieure au règne de Rama, on peut imaginer qu’elle soit l’œuvre d’un contradicteur, sectateur de Mithra ou d’Athéna par exemple, qui cherche à souiller l’honneur et la réputation du dieu déchu.

Auquel cas, Rama sera aussi le Malin, le diable qui apparaît dans les stances à plusiers reprises. On sait que toute nouvelle foi diabolise les dieux d’avant sa venue. Ainsi Dionysos le Tout-Puissant devint un démon dépravé, Bacchus pour les Romains, et sa Magia sexualis fut réduite à des orgies bestiales et sacrifices humains. Le Dieu Bélier devint Bélial le puissant démon. Seth l’administrateur de la Terre Ancienne fut transformé en Satan le Prince de la Matière. Prométhée Porte Feu fut transformé en Lucifer, le porteur de lumière en latin. C’est aussi la noire étiquette qu’on accole à Lugh le Super Lumineux, dieu des dieux celtiques, antique patron de Lyon.

 

 

Mais cette piste s’avère fausse. Vite elle disparaît sous les sables du temps. Trop de détails révèlent l’œuvre d’un disciple et non celle d’un détracteur. Les pouvoirs extraordinaires de Rama sont évoqués avec justesse et précision. Rien d’insultant ni de dépréciatif, bien au contraire : beaucoup de notions associées au premier empereur des hommes trahissent un auteur favorable à Rama. Un auteur qui aurait trop lu Eden Saga ?

 

C’est la mythologie qui survivra à la science si la science doit décliner.
Roland Lehoucq