Pourquoi Eden Saga ?


Oui, pourquoi douze ans de labeur, de dépenses, de don de soi, de sueur, de soucis, d’efforts quotidiens ? Faut-il être motivé ! Je le suis. Par quoi ? Je me le demande. Désir de transmettre ? Plaisir d’être écouté ? Besoin de plaire ? Envie de disciples ? Mégalo mytho ? Volonté de puissance ? Virus du web ? Crise de la soixantaine ? Passe-temps de retraité ? 

Un peu de tout ça, sans doute. Mais rien qui soit décisif. Par désir de transmettre, j’aurais pu me contenter de quelques apprentis, comme doit le faire tout honnête sorcier de mon acabit. A moins que je sois un mégalo mytho. Dictateur frustré. Violeur de consciences. Manipulateur satanique.ta race ! Bon, fini de rire, le lecteur est seul juge.

Transmettre, oui. J’avoue, ça me titille. Faire passer quelques bribes des mille et une vies qui m’ont été données.  Sauf que la seule transmission qui vaille ne passe ni par le web, ni par l’écrit, ni par l’image. Dommage. Elle est directe, transmission par l’exemple, à travers le vivre ensemble. Et ça se joue à deux, pas à dix mille.

Par plaisir d’être écouté ? Honnêtement, l’acte d’écrire est mon plaisir le plus intense. Et faire les images qui vont avec. Soigner l’édition bilingue, et mettre en ligne. C’est là que je prends mon pied. Éditeur en retraite, artisan conteur en activité, j’aime raconter des histoires à un petit cercle d’intimes, au coin de la cheminée ou sur le chemin des falaises. Voilà qui satisfait pleinement ma nature. 

A moins que je ne souffre d’un irrépressible besoin de plaire ? Mouais… Si vraiment je voulais des disciples, pourquoi les chasser à coups de pieds ? Je ne cesse de décrier les gourous et autres directeurs de vies. Pas du tout ma tasse de thé vert. Je ne suis pas assez mielleux, pas assez faux-cul, pas de sourire commercial rivé à la face. Je n’ai pas l’onctuosité d’un chanoine prébendé,Une prébende désigne le bénéfice ecclésiastique attaché à la charge de chanoine. ni la tolérance béni-oui-oui qui prévaut de nos jours. S’il y a un style qui m’insupporte, c’est le marchand d’âme qui n’a de maître que le nom. Il use, il ruse, il abuse et n’amuse que les niais. Vu leur nombre, ses affaires prospèrent. Pas les miennes.

Alors pourquoi Eden Saga ? Je n’ai pas la réponse. J’ai peut-être chopé le virus du web. Il est vrai que je prends très au sérieux mon travail d’éditeur en ligne. Parmi les nombreux métiers que j’ai exercé, l’édition me colle à la peau et au cœur. Je soigne la présentation, le look, l’ergonomie, les images, l’appareil critique… 2018 a vu la quatrième formule d’Eden Saga depuis sa création en mai 2008.

Il y a une ligne rédactionnelle qui court en fil rouge sur les volutes de la Saga. Il s’agit de réécrire la triste histoire gauchie. L’autre histoire de l’Homme se veut grande ouverte sur l’aube, l’essor, l’envol de l’homme divin. Je suis un grand admirateur de Nietzsche, doublé d’un modeste émule du plus grand des philosophes allemands. Comme lui, je crois en la grandeur de l’homme futur. Et je veux l’aider à grandir par mes histoires de l’autre histoire.

Une autre histoire de l’Homme… qui commence avec des femmes. Le matriarcat fut la première gouvernance de notre humanité – qui est la cinquième par ordre d’apparition. J’adore vous raconter le fond des âges. La lumière n’était pas la même, plus chaude, plus vive. La pesanteur si faible rendait les humains surhumains par la taille et par la vigueur. Les animaux aussi, géants fabuleux parmi les plantes géantes.

 

 

Plusieurs auteurs passionnés m’ont rejoint. Leur tâche est difficile. Ils doivent être patients, le temps ne respecte rien de ce qu’on fait sans lui.  Je ne leur demande pas d’abonder dans mon sens, ni d’épouser mes idées trop folles ou de partager mes contradictions chéries. Il ne s’agit pas pour eux de se renier, juste de respecter une ligne rédactionnelle. 

Il y a un style Eden Saga. Il y a aussi une attente permanente chez mes lecteurs.Quatre millions de visiteurs depuis 2009 Quel que soit le sujet traité, ce sitesomptueux ! se caractérise par son point de vue décalé. Ici on skie hors pistes. On tâche de côtoyer les cimes, tout simplement parce qu’on s’y sent bien. Les cimes sont très peu fréquentées. Beaucoup de gens sont sujets au vertige. Ils rechignent à me suivre sur les pentes abruptes où j’adore batifoler comme la chèvre que mon nomet mon bouc ! évoque. Pas de blâme, ceux qui se sentent mieux dans la plaine méritent l’infini respect. Essentiel, le respect. Il faut de tout pour faire Eden. Un rien suffit à le défaire.

Les auteurs qui me rejoignent doivent comprendre que la pensée dominante est un poison pour l’esprit. Insidieuse, elle interpose son écran déformant entre notre regard et le monde. Elle empêche le recul salutaire et le nécessaire exercice du doute. La pensée dominante n’a pas sa place ici. Une foule de sites en font leur fonds de commerce. Ils se trompent et nous trompent. Comme le président US. L’idéologie dominante ne domine plus. Pour moi son règne est fini, même si beaucoup l’ignorent encore. Quand on me propose un article qui pourrait figurer tel quel dans Wikipédia, je n’en veux pas. La Saga y perdrait son âme.

En dix ans d’existence, Eden Saga a beaucoup changé. Le ton des articles est différent. En 2009, impossible de parler à la première personne. Depuis, je me suis rattrapé. Mon point de vue se décale. Je n’ai aucune certitude définitive et réclame le droit de me contredire. Je ne diffuse pas une idéologie toute faite. Un système parfaitement cohérent serait parfaitement faux. La sublime cohérence des contraires est hors de portée de notre perception comme de notre intellect. Hors de portée. Ceci est l’inconnaissable.

« L’existence fait éclater tous les systèmes, » écrivait Kierkegaard. Aucun système de pensées ne pourra jamais décrire le monde. Toute description ne fait qu’ajouter sa propre complexité à l’objet qu’elle croit décrire. « Il y aura toujours plus de vérité dans l’univers que dans tous les livres des hommes » disait Bill Shakespeare.

Comprenez-moi bien, je n’ai pas envie qu’on me suive, je n’ai pas non plus besoin qu’on me plaigne. A dire vrai, je nage dans le bonheur. Rien ne manque à ma félicité. Depuis dix ans s’est arrêté le flux incessant des pensées importunes. Ma tête est vide de chez vide, mes doigts courent tout seuls sur le clavier, et quand je relis ce qu’ils ont tapé, je découvre, sans déconner. Là je me dis : C’est toi qui as écrit ça ?

Les surréalistes faisaient la même chose, ils appelaient ça l’écriture automatique. Leurs textes déliraient grave. Par chance les miens restent à peu près clairs. L’époque n’est plus la même, tout devient accessible. Ce qui était caché vous sera révélé.  Je suis mon premier lecteur en fait. Et la première lectrice, c’est ma chérie. Mais avant de lui faire lire, je corrige. Avec humilité, car les textes qui surgissent d’eux-mêmes sont sacrés. Je sauvegarde toujours l’esprit, et le plus souvent la lettre aussi.

 

 

L’année 2018 touche à sa fin. Quel monde voulons-nous à la place de celui-ci ? Sentez venir un joli bouquet de surprises pour l’an futur. Que je vous souhaite constructif.

 

Je me demande si l’instinct n’est pas une forme accomplie d’intelligence.
Nicolas Hulot