Drogues Celtes

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Comme la plupart des descendants des Atlantes, les Bretons n’ont jamais cessé de taper du sabot. Au cours de transes musicales traditionnelles qu’ils appellent Fest-noz, le biniou couinant et la bombarde nasillarde remplacent le didjeridoo des Aborigènes ou la guimbarde des babas cool.

Là ça y va, jeunes et vieux, branle-bas de combat, ça rigole des genoux, la semelle claquant la terre, la plane en alpha de comètes en galaxies, depuis toujours, et c’est très bien comme ça. Pour rien au monde un vrai Breton ne renonce au vrai Fest Noz.

Hélas l’hydromel n’est plus ce qu’il était, du coup les Bretons se cuitent au cidre. Ou à la bière bretonne qui tape dur. Triste comme l’alcool sans venin… 

Leurs ancêtres étaient prêts à braver la mort par empoisonnement à la seule fin d’avoir une vision, ou de connaître l’éveil.

Les Celtes d’Armor allaient jusqu’en Auvergne dans de grands convois de chars à boeufs. Avant les voies romaines solidement construites en dalles de pierre, de grands chemins empierrés de cailloutis sillonnaient déjà les provinces.

De Bretagne en Auvergne, le voyage durait plusieurs semaines, parfois plusieurs mois s’il fallait reconstruire un pont. Les fils d’Armor descendaient leur puissant hydromel aux Arvernes, qui leur remettraient en échange un vivant trésor.

Tous les lecteurs d’Astérix le savent, la tractation se concluait toujours par force ripailles amènes et jubilatoires, avec ingestion de substances diverses et variées qui ne concourraient qu’à un seul but : planer parmi les oiseaux, plus haut encore, toujours plus haut.

Ils n’avaient pas seulement la moustache de Nietzsche, ils en avaient aussi la devise : ce qui ne les tuait pas les rendait plus forts. Les Gaulois n’avaient peur de rien. Quel trésor vivant rapportaient-ils, à peine dégrisés, vers la lointaine péninsule armoricaine ? Disposés serrés sur lit de tourbe, leurs chars croulaient sous des couches de champignons de l’espèce Amanita Muscaria.

 

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L’amanite tue-mouche, le champignon des Schtroumpfs, au joli chapeau rouge à points blancs – l’inverse de celui de Tintin sur son île mystérieuse, qui est blanc à pois rouges.

Il a l’air tout mignon, le tue-mouche, avec son chapeau rigolo ! Ne vous y fiez pas, il est mortel. N’y goûtez même pas. Danger. Ne laissez pas non plus vos enfants y toucher. 

Nos ancêtres usaient de ces amanites sous le contrôle d’un druide, qui possédait toutes les recettes de l’antidote. Elles sont perdues de nos jours. Seule solution si ingestion : le centre anti-poison.

Après une préparation dont nous ignorons le détail, et qui rendait ces champignons moins dangereux,en tout cas, je l’espère pour eux ! le druide faisait ingérer aux participants quelques-uns des points blancs qui ornent le chapeau. Puis ils buvaient chacun une coupe d’hydromel, et la transe commençait.

Ce rituel se déroulait dans un espace couvert, dans une grotte, sous une allée couverte, voire dans un temple de bois dédié à cet usage. En tout cas, jamais en plein air, on va voir pourquoi.

Une petite demie après l’ingestion de l’amanite, les braves se sentaient de plus en plus légers. Alors certains commençaient à s’envoler, et pof ! se retrouvaient collés au plafond. On aurait dit que l’absorption de cette potion annihilait la pesanteur.

J’ai été témoin d’une scène semblable sous l’allée couverte de la Roche aux Fées, en Ille-et-Villaine. Je précise que je n’avais absorbé aucune substance narcotique légale ou non. Pas même une goulée d’eau de Jade.

La puissance de certains lieux sacrés permet de voyager sur la ligne de temps. Le temps est un oignon dont les chamanes ont percé le secret. Une spirale vivante qui prend ses amants dans son orbe sans fin. D’aucuns appellent ça le voyage astral. Mot fourre-tout : mille et une expériences diverses sont affublées de cette étiquette.

En astral, il n’y a pas de temps : tout est immédiat. Ce qui du coup réduit aussi l’espace à un songe, une buée vite effacée à la surface de l’étincelant monde intérieur.

 

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Admettre que la vie humaine est gouvernée par la raison, c’est détruire toute possibilité de vie.
Sean Penn