La transe de la chenille

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Le Moyen Age est affublé d’une terrible image : celle d’une époque sombre, dangereuse, où régnait violence et chaos. C’est vrai pour la période qui a suivi la fin de l’ordre du Temple, qui correspond à la Guerre de Cent Ans. Mais avant ce siècle noir, le Moyen Age est un âge de lumière et d’enthousiasme.

« A Chartres était pratiquée au solstice d’été la transe de la chenille. A l’aube, un par un, à la queue leu leu, la population entrait, rythmant tous ensemble des pieds le balancement de la chenille.

Boum à gauche, boum à droite, de leurs pas lourds, ils avançaient lentement vers le labyrinthe, et, après en être sortis, ils continuaient le balancement et allaient tranquillement s’entasser sous les voûtes.

Toute la journée, boum, boum, le balancement continuait, s’amplifiant sans cesse, et, le soir venu on fermait les portes pour que la cathédrale vibre au maximum. Au signal de l’évêque, tout à coup ces milliers de personnes s’arrêtaient et en une fraction de seconde, magique d’un silence hallucinant, toute cette population entrait en transe et fusionnait avec le divin. » (source)

Jean-Claude Flornoy n’emploie pas l’expression queue leu leu par hasard. En vieux Français, un leu c’est un loup. Avancer à la queue leu leu signifie en file indienne, comme une meute de loup qui s’aligne. Dans toute transe, la part animale vibre la première. La foudre d’éveil monte d’abord de la terre. Les tripes, notre cerveau sorcier, transmettent au corps l’ébranlement sacré, la vibration qui attire la folie qui vient d’en haut. La sainte folie qui guérit les plaies de l’âme et du coeur par son action catharsique.

 

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Lors de ces transes, la fusion avec le grand tout était intime : chacun rencontrait son dieu intérieur dans son temple sacré, celui du corps. Sans prêtre pour minauder ou condamner, sans curé pour orienter ou désorienter, sous le seul contrôle d’un évêque à l’ancienne : maître de transe qualifié, éveillé lui-même, il savait moduler la musique et libérer les forces de l’esprit, l’esprit total qui ne vient pas de la tête mais de tout le corps, à travers la caisse de résonance du ventre. L’unité sacré réalisée, la catharsis opère et nettoie.

L’acoustique des cryptes romanes et des cathédrales gothiques n’était pas calculée pour la musicalité, comme le sont nos auditoriums. Les bâtisseurs médiévaux savaient comment éveiller les chakras à l’aide des vibrations sonores. L’expérience peut encore être faite : écouter un cantique dans une basilique ou cathédrale gothique ; puis écouter le même cantique dans une crypte romane. On entend deux morceaux différents. Ce ne sont pas les mêmes chakras qui réagissent. Ce ne sont pas les mêmes émotions qui montent.

C’est tout ça que Philippe le Bel assassina sur le bûcher des Templiers. Il ouvrait toute grande la porte à la dictature des religieux, le temps noir de l’Inquisition commençait.

Saint Augustin était vaincu par Saint Thomas d’Aquin. L’être ne pouvait plus fusionner avec le divin sur ses propres forces, il lui fallait la « grâce » divine, que bien évidemment, seuls les prêtres et leurs rituels pouvaient induire.

Les Templiers avaient protégé les fraternités de constructeurs, quelle que fût leur obédience, des religieux et des seigneurs. Leur disparition les laissaient seuls face à leurs impitoyables ennemis. Le sacré désertait l’occident atlantique chrétien.

 

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Des professionnels de cette qualité sont rares. Partout où ils allèrent, ils furent bien accueillis. Venise était la richissime puissance dominante en Méditerranée, ils y travaillèrent. En Italie du nord où les comptables du Temple furent à l’origine des grandes familles des banquiers lombards, ils firent la Renaissance mais en s’y intégrant, ils perdirent leur particularisme et se sécularisèrent.

Dans les royaumes d’outre mer, c’est à dire au Moyen Orient, en Cilicie en particulier, ils réussirent à conserver leur âme et à maintenir leur culture ancestrale en l’état.

La science du « pèlerinage de l’âme », qui avait ossaturé leur spiritualité depuis les temps immémoriaux, y survécut et ils réussirent à nous la transmettre grâce au tarot (source)

 

Jean-Claude Flornoy (1950-2010)In Memoriam Iohanes Claudius Flornoii

 

Je sais que j’ai raison. Et tous les autres ont tort.
Bernard Werber