La mort de Zeus

Dieu se meurt ! Dieu est mort ! Sur le mont Olympe, l’émotion est à son comble. Au pied du mont divin, sur les quatre îles, tous les Hyperboréens se désolent. Sont-ils sincères ? Ils en ont l’air. Mais le doute est permis à cause d’une loi qui dit : Quand Zeus mourra, que tu le regrettes ou pas, tu pleureras. Faute de quoi, la mort sera aussi pour toi. Comme tu l’imagines, on a beaucoup pleuré sur Hyperborée.

Les humains d’en bas ne sont pas soumis à cette loi-là. Pour une fois, elle ne s’applique qu’aux maîtres venus d’Alcor, anges, géants, devas et autres dieux mineurs. Les Olympiens, eux, pleurent si ça leur chante, et chante si ça leur dit. Les lois des rois ne sont pas les lois d’en bas. Mais les rois des rois n’ont pas de lois. Pas de l’oie ?

Au sommet du palais qui domine le mont Olympe, sous la bulle de la salle panoramique, Athéna rêve. En ce lieu, les Supérieurs viennent purger leur vague à l’âme. Ils se plantent le nez dans les étoiles avec le grand regret de n’être pas chez eux, en Alcor la belle, bien loin de cette vilaine planète terre. Ce soir bizarre, Athéna est seule avec sa lyre. La guerrière a troqué les larmes pour le chant. Et dans son rêve éveillé, la guerrière improvise une espèce d’éloge funèbre pour son père. Ou bien est-ce un pamphlet contre un tyran qu’elle n’aimait pas ?

Père est mort, chante-t-elle. Zeus le grand nous a quitté. Jamais plus nous n’entendrons sa voix puissante tonner la mort tandis que son bras lançait des éclairs sur la terre des petits. Dieu est mort, Zeus n’est plus, le dieu des dieux a rendu l’âme, il faut aussitôt qu’un autre dieu lui succède. Et c’est mon frère Apollon, selon la loi divine, qui est appelé à régner.

Araignée ? Quel drôle de nom ! Pourquoi pas libellule ou papillon ?

Athéna rit, tourne la tête et salue son frère dont elle a reconnu la voix et l’esprit. Apollon rit aussi en prenant sa sœur dans ses bras splendides. Apollon est sage, courageux, habile. Il fera un dieu des dieux meilleur que son père, qui n’avait en tête que gaudrioles et galipettes. Héra devait faire tout le boulot, et Dieu sait qu’il y en a. Non, en fait Dieu ne le savait pas. Dieu s’en foutait.

Apollon, tu es le dieu des dieux, va-t-on t’appeler Zeus comme notre père ?
( Zeus, c’est à dire Dieu. Souvenons-nous que dans la langue grecque il n’y a qu’un seul mot, Theos, pour désigner les deux. Zeus est Dieu, Dieu est Zeus. Et voilà que Dieu est mort. )

Oui, Athéna, je serai Zeus. Les petits n’aiment pas le changement. Ils m’appelleront Dieu comme ils en ont pris l’habitude. Zeus ne sera plus une personne vivante, mais un titre. Je serai Apollon, le Zeus des hommes. Les petits n’y verront que du feu. Bientôt le feu Dieu ne sera plus que cendres froides.
– C’est notre sort à tous !
s’écrie Athéna.
– Tais-toi, malheureuse ! Parle plus bas, un mortel pourrait nous entendre.
– Un humain, veux-tu dire. Tous les dieux sont mortels, et tu mourras aussi.
– Pas tant que je boirai le nectar d’ambroisie. D’ailleurs j’en prendrais bien une coupe. En veux-tu ?

Un simple mot, un simple souhait suffit pour que le e-frigo s’exécute. Voici venir flottant dans l’air deux coupes du meilleur nectar d’ambroisie qui se puisse rêver dans cette lointaine banlieue galactique. Le frère et la sœur en sont gourmands. Qui ne l’est pas pour l’ambroisie ? Leurs coupes vidées d’un trait, ils les reposent ensemble dans un éclat de rire. L’euphorisant fait déjà son effet. Le peu de tristesse que leur inspirait la mort du père est à présent dissout.

Dix sous, c’est pas beaucoup, dit Apollon. Il adore faire rire Athéna en citant à sa sœur toutes les vannes assassines de tous les futurs et de tous les pays. Et ça marche à tous les coups.
Je suis trop bon public, petit frère. Ce qui t’encourage à déconner sans cesse.
– Serais-tu jalouse? Si Héra n’avait pas abdiqué, le patriarcat n’aurait pas pris la relève. Et tu serais la nouvelle Grande Déesse.
– Oublie-moi, concentre-toi sur ce qui t’attend.
Et songe à t’acheter une conduite plus digne de tes nouvelles fonctions.

Digne ? Comme celle de père ? Cavaleur et culbuteur, éternel amoureux, colérique et cruel ? Est-ce assez digne pour ton goût ?
– À ton tour de baisser le ton, Apollon. Si on t’entendait…
– Je ne fais que dire tout haut ce que chacun murmure.
– Grave imprudence. Sur ce, bonsoir, Zeus Apollon. Je me retire en mes appartements.

Resté seul, Apollon contemple la Grande Ourse. Il songe. Imprudence, oui, bien sûr. Elle n’a pas tort. Et quand bien même ? La vie est imprudence. Que ça ne m’empêche pas de vivre encore mille ans. Quand je pense à la longévité de Zeus ! 10 000 ans passés, le bougre ! Il y a beau temps qu’on s’est arrêté de compter. Combien d’hectolitres d’ambroisie a-t-il ingurgité pour en arriver là ?

Dieu est mort. Et après ? C’est mon tour de régner. Puis de mourir aussi. Le plus tard possible. Je me demande ce que je vais changer dans la vie des hommes et l’organisation des cités. Il faut toujours changer quelque chose, pour revenir ensuite sur ce changement s’il déplaît à la majorité. Tout le monde prend ça pour un cadeau. Au bout du compte, rien ne bouge. Sauf le style. La mode a changé. Il faut prendre le contre-pied. Rompre avec le dieu à la papa. Le nouveau Dieu se porte jeune. Frais. Branché. Cool. Imberbe, il évolue.

Ouais, voilà ce qu’il se dit, le Zeus Apollon. Voilà comme il inaugure son règne : visions dorées. Mais la réalité est tenace, elle donne tort aux plus menteurs, même dieux. Au bilan, ce deuxième patriarche a quand même fait bouger les lignes. Son règne, je vous le conterai bientôt. Je suis en voyage dans cet espace-temps, profitez-en. Dégustez ce que je vois en temps réel.

Le règne d’Apollon fut marqué par la rigueur, la géométrie et la justice. Autant de qualités totalement absente chez papa Zeus. Les dieux se suivent et ne se ressemblent pas. Pourtant les chiens ne font pas des chats. Apollon régna peu de temps, et passa la main à son cousin Prométhée, l’ancien rival de Zeus.

Un dieu peut en cacher un autre. Certaines versions parlent d’Hercule, mais je n’y souscris pas. Hercule n’est qu’un demi dieu. Un héros, comme disaient les Grecs. Un héros trop humain ne peut régner sur les dieux Olympiens.

La dynastie divine, telle que je me la représente actuellement,oui, car ça changera demain serait quelque chose comme ça :

Les Matriarches

Quatre Grandes Déesses se succèdent,
incarnant le pouvoir suprême sur la Terre.
Ana Gaïa, épouse d’Anu Ouranos Odin Manou
Hathor Rhéa, épouse de Thor Kronos.
Isis, épouse d’Osiris.
Héra, épouse de Zeus.
Avec Héra s’achèvent à la fois la terraformation et le matriarcat.

Les Patriarches

La période de consolidation est celle des Patriarches. Quatre dieux se succèdent.
Le premier, Zeus Jupiter, a légué son nom aux suivants, qui devint leur titre.
Zeus 1er fut d’abord le prince consort de la Matriarche Héra,
avant de devenir le premier Grand Dieu du patriarcat.
Aussi a-t-il connu le plus long règne.
Zeus 1er Jupiter
Zeus 2 Apollon
Zeus 3 Prométhée
Zeus 4 Orphée

Voilà ce qu’on pourrait appeler une table des matières. En effet, c’est le plan de ce que je vais vous conter ici-même dans les semaines à venir. D’abord je vous parlerai des Patriarches. J’ai déjà commencé. Le prochain article sera consacré au règne d’Apollon. Viendra ensuite le tour de Prométhée, puis Orphée. C’est bien la première fois que je vois exactement comment mon voyage dans le temps va se dérouler. Ça me donne une grande joie. Pour moi, c’est un accomplissement.

Pour vous comme pour moi, c’est un beau cadeau de Noël. Un don de pouvoir et de connaissance d’une valeur inestimable. Pensez ! La dynastie des Grands Dieux qui ont régné sur Hyperborée, donc sur la Terre. Oui, une dynastie ! Et même plusieurs. Car je vous raconterai ensuite la dynastie précédente, celle des Matriarches. La dynastie des Grandes Déesses.

Sacrés vingt dieux ! Nous v’là ben ben loin du dieu unique. (Rions un peu : j’avais tapé « inique« .) (Inattention ou message subliminal ?)

Pour la saga d’Eden c’est un prodigieux bond en avant. La protohistoire obscure et la lumineuse mythologie viennent de s’unir sous les grains de riz et les hourras. Le puzzle géant auquel je me suis attelé voilà une douzaine d’années vient de compléter une bonne partie du tableau final. Tant mieux, c’est loin d’être fini, ça m’excite grave. Écrire c’est jouir. Jouisseur je suis. J’écris.

Après les dynasties divines viendront les dynasties semi divines, comme la dynastie des Kristos, des Christs, qui commence avec Orphée, dernier des dieux d’avant, premier christ, qui se poursuit avec Mithra Yves Esus, pour se terminer avec Jésus le Composite.

Cet article ne cite pas ses sources, et pour cause : ce sont les miennes. Voyez Annales akashiques et La ligne de temps.

Le guerrier qui voyage sur toute sa ligne de temps est un passe-muraille qui nous montre le chemin à suivre. (Lao Surlam)

L’ignorance n’est point le manque de savoir, mais le manque de connaissance de soi ; sans connaissance de soi il n’est point d’intelligence.
Jiddu Krishnamurti