Merveilleuse Cité d’Ys

 

Merveilleuse cité d’or et de cristal, où les lumières d’Hyperborée font scintiller les façades translucides, où les grandes statues d’orichalque s’allument et s’éteignent en mesure pour guider les vaisseaux de verre et les astronefs de diamant. De pierre et d’air, d’onde et de lumière, Ys la Resplendissante a dit-on abrité l’enfance de Lugh le cyclope, roi de la tribu sacrée de Danaan, père de Cuchulainn et cousin de Manannan.

 

Semblable à Ys

 Et Lugh crée un lien de plus entre l’antique capitale des Gaules, Lugdunum forteresse de Lug, et la capitale moderne de la France, Paris ou Par Ys, Pareille à Ys. Lugh aurait-il vécu à Paris ? Je l’ignore. Pourquoi pas ? La ville d’Ys s’écrivait Is, comme la Grande Déesse, Isis, qui fait aux humains le don le plus pur, l’éveil.

Au cœur de Paris, non loin de la cathédrale Notre Dame — dédiée à Ahn la Grande Déesse —  un rituel d’éveil s’est pratiqué durant des siècles selon l’antique culte d’Isis Dana Ahn . C’était l’affaire des Druides Guérisseurs, à l’enseigne de la Truie qui file.

 

La légende

Mais revenons à l’original, la Cité d’Ys. La légende dit qu’elle se trouvait au large de Douarnenez ou peut-être de Concarneau sur une île aujourd’hui engloutie. Les terres sacrées qui l’entouraient furent envahies par l’eau de mer durant des ères. La péninsule armoricaine a basculé d’un seul tenant, la côte nord émergeant de la Manche tandis que la côte sud s’enfonçait dans l’Atlantique.

Les rois successifs de cette glorieuse cité ont fait bâtir de formidables remparts d’une épaisseur considérable pour contenir les flots envahissants. Toute l’île d’Ys était cernée par cette digue derrière laquelle on entendait le choc sourd des vagues. Ce rempart sinistre ne comportait qu’une ouverture : une vaste écluse servait au passage des vaisseaux avant la montée des eaux.

La légende dit que Dahut, fille insolente et capricieuse du monarque régnant, se serait amusée à ouvrir cette écluse. Et puis elle se serait enfuie sur un cheval magique. Pour venger les morts innombrables et la perte de sa capitale, le Roi aurait rattrapé la fuyarde afin de la noyer de ses mains. Il y a d’autres versions qui me laissent pareillement sceptique. Directement issue de la tradition orale du Finistère, la plus ancienne est due à Jacques Cambry. Il visite le Finistère en 1794 et y entend parler de la ville d’Ys où règne le roi Gralon, et où sa fille « la princesse Dahut, fille du roi, oubliant la pudeur et la modération naturelle à son sexe, y donnoit l’exemple de tout genre de dépravation ». (source)Jacques Cambry

Décidément, tout ceci sonne faux. L’éducation morale et religieuse de l’époque a dénaturé ce mythe. Un mystère est forcément caché derrière, tant l’hypocrisie des curés s’étale par devant.

 

 

Une autre histoire

Si quelque chose me chiffonne dans le passé, j’adore me rendre sur place. Rien ne vaut le terrain. J’y suis allé voir. Et j’y retourne encore. Il faut savoir que je voyage sur toute la ligne de temps — ce qui est un fameux atout, je l’avoue, pour vous conter une autre histoire de l’être humain. 

Premier doute. Cette merveilleuse cité entourée d’une digue infranchissable, ayant pour seul accès l’écluse condamnée, comment faisait-on pour entrer ? Y avait-il un souterrain pour franchir la baie au sec ? Je ne pense pas. Quand j’y suis allé, j’ai vu des avions plein le ciel. Et moi aussi j’étais en avion.

Second doute — et j’en aurais bien d’autres. Pourquoi Dahut la folle se comporte-t-elle de la sorte ? Ça sent trop l’eau bénite. Est-elle vraiment folle ? On ne nous dit pas tout. Aussitôt j’y retourne.

Quand j’y vais, je suis chaque fois saisi par la magie de l’approche. On y arrive en avion — un biplace, petite bulle de cristal où je suis toujours seul. Je donne tous les détails, pour que la mémoire revienne à l’une ou l’autre d’entre vous. Ce rêve est le vôtre.

Dans ma bulle volante, j’en vois grandir une autre, gigantesque coupe de cristal qui enserre la merveilleuse cité flottante. La voir ainsi perchée, haute au dessus des houles, spectacle impossible et dément dont je ne peux me lasser. Ys est reine qui trône et diffuse aux vents sa fière lumière dorée bleutée. La voir dans la gloire du couchant me fait l’effet d’une bombe. Je crois voir Vénus radieuse en sa divine nudité. 

 

En mode Eden Saga

La cité repose sur un plateau transparent comme son dôme protecteur. Le plateau est porté au dessus d’un récif par un unique pied de cristal, fin à faire peur.

C’est le talon d’Achille de l’orgueilleuse cité. Les enfants en frissonnent. Les anciens sont tranquilles. Jamais jusqu’ici la divine technologie n’a connu le moindre souci. Après mille générations, la science des Surhommes d’Ur brille et dure encore comme au premier jour. Les anciens en sont sûrs, l’œuvre des dieux n’est pas près de faillir.

Aussi fin soit-il, le pied n’est pas fragile. Il saura résister aux assauts des marées, il saura tenir tête aux tempêtes. Il est fait dit-on du nerf optique d’un Dragon d’Or. On doute déjà que ce monstre mythique ait existé, alors que dire de son nerf optique  ? Je ne fais que rapporter ce qu’on m’a dit. L’avantage de ce nerf vivant tient à son élasticité. Il peut s’allonger dès que l’humidité l’atteint. Ce qui permet à Ys d’être toujours au dessus des flots, quel que soit leur niveau.

Hélas, l’enfance de Dahut fut empoisonnée par un père prédateur sexuel. Voilà ce que j’ai vu. Tous ici le savaient. La Cour, le Ministère, les Jardins, le Palais, qu’il soit magistrat ou simple citoyen, aucun n’en ignorait le plus petit détail. Personne n’a bronché. Et la petite a nourri dans son cœur blessé et dans son corps souillé une haine que seule la mort et le carnage peut apaiser.

Dahut s’est battue seule contre un roi tyrannique. Pervers. Despotique. Si puissant que nul être osa lui tenir tête, sauf à perdre la sienne. Dahut d’ombre et de haine. Que soudain la Mort vienne !

 

Cristal Bombe

C’est le son du dôme de cristal, explosion sourde suivie d’une myriade de clochettes de verre qui s’entrechoquent sur tous les tons, dans toutes les gammes, quand l’infini des croches des cloches qui se décrochent accroche le tympan tintinnabulant. Joli vacarme de vaisselle, scène de ménage chez les fées toutes petites, toutes jolies, toutes modelées sur un fond d’infini, idéales, guillerettes, nécessaires.

C’est le tintouin cristallin qui déclencha mille entrechats, bris, chocs, éclats, ruissellement répétitif des angles aigus qui piquent l’oreille en dégringolade de trilles, de treillis et de triolets.

Étincelle sonore qui fait déborder le vase. Oh comme se brise le fin cristal, éclats ténus tintant, tombant, tintinnabulant. Un son, bris d’un fin cristal, a déclenché l’avalanche d’écroulements brillants, de ruines divines, de lumières éteintes et de flots en furie ! Voir en quelques instants s’engloutir des millénaires de beauté ! Inadmissible affront, crime inexpiable, a-t-il fallu la fin d’Ys, a-t-il fallu la mort du lys, et le retour d’Ulysse en cité des Ullis.

Allo ? Ici police ! Parlez dans l’hygiaphone. Appuyez sur la touche étoile et déclinez toute responsabilité. Cochez ici et dites je le jure. Répétez, c’est confus. Retour à l’accueil. Toutes nos lignes sont occupées. Rappelez l’année prochaine à la même heure, un mardi.

 

Vengeance Tombe

Ainsi périt l’orgueil. La cité parmi les villes, l’élue des dieux, la radieuse, l’immortelle gît sous les flots mouvants. Voir briller sa beauté sur la coupe élevée – se dire plus jamais, ta beauté s’est noyée – la perte est douloureuse, horrible est ton destin, divine cité fée, sublime étoile, ô toi qui plus jamais ne luira sur la mer en souvenir d’hier.

La mer est entrée, la ville est noyée. Ainsi fut compensé le supplice abhorré d’une enfant dévoyée. Et Dahut Cœur de Pierre brisa le pied de verre portant la ville altière. Ainsi la Princesse héritière punit le Roi son père par qui elle a souffert tant de morts dans son corps, tant de cris dans l’esprit, tant d’horreur dans son cœur.

Ainsi s’est abattue la flamboyante capitale de cristal d’un empire fragile comme elle. Ainsi s’écroula-t-elle tel un château de cartes et les millions d’éclats des âmes cristallines ont tout à coup roulé sous la vague marine.

Ys a vécu. Un monde s’achève. Pour le pleurer, nul ne survivra. Le souvenir des morts s’efface, et la raison de leur trépas.

 

 

Mon Dieu, mon Dieu, délivrez- nous de toutes les religions.
Guy Bedos