Salut Xavier. L’impérieux besoin de te dire quelque chose me pousse à t’écrire ce texte pour toi, intitulé Promenade rue de la Pierre au Diable. Vas-tu le publier ? Si oui, tel que je te connais, tu trouveras le titre trop long. Mets-en un autre, comme d’habitude. Je t’embrasse, AA.

 

Il avait longtemps cru que les prophètes regardaient l’avenir. Il les avait imaginés les yeux tournés vers des siècles encore invisibles, leurs paroles recueillant dans le silence les événements qui n’étaient pas nés.Puis il comprit qu’ils regardaient surtout les hommes. Une prophétie est parfois un miroir que l’on prend pour une fenêtre, elle ne dit pas toujours ce qui viendra mais révèle souvent ce que nous craignons de voir venir. Et cette découverte, qui aurait pu l’attrister, lui apporta au contraire une paix étrange.

Les hommes de chaque époque ont annoncé leur propre fin avec les mots de leurs propres peurs. Chaque siècle invente son apocalypse à l’image de ses inquiétudes. Loin de s’en attrister, il comprit au contraire que si le futur n’était pas écrit dans les prophéties, alors il demeurait libre. Et si demain est libre, aujourd’hui devient précieux.

Nous cherchons à connaître demain lorsque nous ne savons plus habiter aujourd’hui. Nous demandons à l’avenir de nous rassurer sur ce que le présent nous refuse. Pourquoi savoir si nous serons heureux demain, comme si le bonheur était une maison dont quelqu’un d’autre possédait déjà les plans. Mais le jour ne demande pas au lendemain la permission de naître, l’arbre ne consulte pas le printemps avant de pousser, pas plus que la rivière ne connaît la mer lorsqu’elle quitte la montagne. Ce qui vit n’a pas besoin de connaître sa destination pour être vivant.

Alors il se demanda pourquoi l’homme voulait tant posséder l’avenir. Peut-être parce qu’il avait peur de perdre le présent ? « Nous demandons des garanties à demain pour ne pas avoir à faire confiance à aujourd’hui », se dit-il.

Il comprit que l’espérance elle-même pouvait devenir une fuite lorsqu’elle nous empêchait de voir ce qui était là. Et il se dit : « Le contraire de la peur n’est peut-être pas l’espérance, c’est la présence. Être là, regarder le visage devant soi, écouter la voix qui nous parle, aimer la main que l’on peut encore prendre. La vie ne nous promet rien ; elle nous offre quelque chose, et ce quelque chose s’appelle maintenant ».

Il se souvint alors d’une parole ancienne : Je suis le chemin, la vérité et la vie.

Il avait autrefois cru qu’il s’agissait de trois choses, puis il comprit qu’elles n’en formaient peut-être qu’une. Le chemin, lorsqu’on accepte de le parcourir, est la vérité ; la vérité est la vie lorsqu’on cesse de vouloir la posséder, et la vie est le chemin lorsqu’on cesse d’exiger de savoir où il finit.

 

 

Il regarda le soleil descendre. Il n’y avait aucun message dans sa lumière, aucune prophétie, mais seulement la lumière. Nous cherchons des signes dans le ciel alors que le miracle est déjà sous nos yeux. Un rire, un visage, une rencontre, une douleur que l’on peut soulager, une porte que l’on peut ouvrir, un pardon que l’on peut offrir.

Le futur est une terre que nul ne possède ; le présent est la seule terre où nos pas peuvent laisser une trace. Depuis ce jour, lorsqu’il entendait une prophétie, il se demandait : « De quelle peur est-elle le reflet ? »

Et lorsqu’on lui annonçait la fin du monde, il regardait autour de lui. Si quelqu’un avait besoin d’être aimé, il aimait. Si quelqu’un avait besoin d’être écouté, il écoutait. Si un enfant courait, il regardait courir l’enfant sans s’inquiéter. Car il avait découvert que l’avenir n’est peut-être pas quelque chose que l’on devine, mais quelque chose que l’on engendre, à chaque instant, par la manière dont on habite le présent.

Alors il continua son chemin, sans chercher à savoir où il le conduirait. Il lui suffisait de savoir qu’il avançait. Celui qui marche dans la vérité n’a pas besoin de connaître la destination.

Et, pour la première fois, l’inconnu ne lui parut plus vide, il lui parut vaste. « Le futur, se dit-il, est peut-être le nom que nous donnons à la liberté lorsque nous avons peur de ne pas la contrôler ».

Alors il sourit et marcha encore, car il avait enfin accepté que le seul temps dans lequel la vie puisse être vécue est celui-ci. Ici. Maintenant. Le reste appartient à Dieu, au hasard, ou au mystère — peu importe le nom que nous lui donnons.

 

 

L’avenir

L’homme de l’avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue

Friedrich Nietzsche

Le temps est une illusion obstinément persistante.

Albert Einstein

 

 

Dieu

Ce que l’un appelle Dieu, un autre l’appelle les lois de la physique.

Nikola Tesla

Et si vraiment Dieu existait, comme disait Bakhounine, ce camarade vitamine, il faudrait s’en débarasser.

Léo Ferré

 

 

Hasard

Le hasard n’existe pas. Tout ce qui arrive est voulu.

Bouddha

Le hasard est une loi qui voyage incognito.

Proverbe arabe

 

 

Mystère

Le vrai mystère de la religion : il y a des gens pour la pratiquer.

José Artur

Un guerrier traite le monde comme un mystère infini, et ce que les gens font comme une folie sans bornes.

Carlos Castaneda

 

Ce que j’aime en toi ? Ton côté premier communiant. Ce qui me gêne en toi ? La même chose.
Je t’embrasse, XS

 

Alain Aillet raconte

 

Alain Aillet

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Alain Aillet

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