Zombis en Haïti

Dernière modification le 03/03/2014 à 18h55

Des yeux vides, absolument inexpressifs

 

La mode zombi a croqué la planète jeunes. Faces blanchies, sapés de noir, hérissés de plaies, les zombis plaisent. Ils font des émules. Mais les zombis, c'est nous.

 

Haïti 1970


Rite vaudou 

en HaïtiEn Haïti, on ne plaisante pas avec les zombis. En ce pays vaudou, on croit dur comme fer à ces morts-vivants plutôt gore. C'est de la sorcellerie pure et simple. Le sorcier s'empare d'un cadavre peu après le décès. Par des rituels secrets, il ranime le corps, sans conscience, sans volonté propre. Le zombi ainsi créé devient l'esclave du sorcier qui l'exploite sans répit ni repos, les morts n'en ont pas besoin. Dans une jeep japonaise sur des pistes défoncées, nous visitions l'île et ses pièges.

 

La République d'Haïti, 

francophone, partage son île avec celle de Saint-Domingue, hispanophone

 

Vaudou haïtien Un jeune garçon nous a tanné pour nous servir de guide. Son verbiage incessant ne l'empêchait pas de sourire. Le malin petit frère n'avait peur ni des serpents mortels, ni des mygales, ni des tontons-macoutes, les pires des trois. Ex-milice privée des Duvallier - tyrans historiques - les Macoutes sont des bandits sans foi ni loi. A éviter. Déjà loin de Port-au-Prince, la jeep longeait un champ où des moissonneurs travaillaient dur, quand notre intrépide jeune guide plongea au fond de la jeep.

 

Souvenir du Vaudou, ou Vodou,   ou Voodoo

 

Il tremblait sous un siège. "Zombis !" souffla-t-il au bord de la syncope.  A cet instant l'un des paysans s'est tourné vers nous. Ses yeux n'étaient qu'une flaque grise. L'absence de regard déclencha l'horreur d'une infinie tristesse. La jeep fit un bond en avant à l'assaut de la montagne. Ce jour-là est resté le jour des zombis. Nous faisions route dans la sierra désolée, grise, aux arbres rares, pour assister à la principale cérémonie du vaudou haïtien, le pélérinage de Saut-d'eau Ville-Bonheur. Après cette poignante mise en train, nous allions vivre des moments rares.

 

 

 

Deux Zoreilles à Saut-d'Eau

 

Masque cérémoniel vodouA ras du précipice, la jeep double des camions peinturlurés qui brinquebalent dans les lacets, tandis que leurs passagers trop nombreux, entassés dans la benne comme des sacs de ciment, hurlent des cantiques pour tromper la peur  : "Jésus prends le volant" ! Enfin voici Saut-d'eau : des files de cases le long d'un sentier où la terre battue est si douce que nous avons ôté nos sandales pour la fouler pieds nus. Les ruelles grimpent à l'assaut d'une colline où grouillent des fidèles en extase, des enfants et des femmes.

 

Pélerins baptisés sous le Saut d'eau de Ville-Bonheur, HaïtiCombats de coqs dans les cours bariolées. Sorciers ivres qui vaporisent du rhum sur les passants. Ici on égorge une chèvre, là des fillettes nues marchent sur un lit de braise, ou bien se roulent sur des tessons de verre et se relèvent sans une égratignure,  partout des odeurs fauves et criardes comme les couleurs comme la musique ; et au bout, une fourmilière humaine sous la chute d'eau, celle qui a donné son nom à ce village, Saut-d'eau-Ville-Bonheur. Sauvage et splendide, l'écho lointain de notre divinité oubliée.

 

Saut d'Eau Ville BonheurRecevoir une chute d'eau droit sur la fontanelle fait toujours le plus grand effet. S'il s'agit d'eau sacrée, l'effet, sans doute, est décuplé. Nous avons ôté nos fringues, nous sommes allés sous la dure douche du baptême vaudou. Un baptême qu'on doit prendre chaque année. Il y avait 10.000 personnes et pas un touriste. Nous étions les seuls blancs. Mais le Saut d'eau se fout de la couleur de la peau. Ici, il y en a pour tout le monde. Parfois les Haïtiens sont endeuillés par un séïsme. Ils n'ont rien, la fureur des éléments réduit ce rien à néant.

 

Zombi c'est une mode chez certains ados, c'est aussi une réalité religieuse

 

La nuit des Morts-Vivants

 

Le zombi n'est pas un vampire qui se nourrit de sang, ni un mort-vivant qui sort la nuit du cimetière pour manger les braves gens. Le zombi est un mort que les sorciers ont harnaché. Une vraie personne qui est devenue une sorte de robot, animé d'une apparence de vie, capable d'action sur la matière : tenir des outils, agir, marcher, mais incapable de courrir ou de parler. Les Haïtiens ont cent trucs pour identifier les zombis. C'est bien inutile. Un zombi, ça se reconnaît aussitôt.

 

Jésus, Marie, Joseph, Ogoun Ferraille et Baron Vendredi, délivrez-nous du mal

 


Il a des gestes saccadés, mécaniques. Et de ces yeux ! Un regard terne, opaque et dénué d'expression. Quand on en a vu un, on n'oublie jamais, dût-on vivre 130 ans. Certains auteurs prétendent que ces êtres sont tout simplement de pauvres drogués, soumis corps et âme au sorcier qui les fait marner sans répit ni pitié. C'est fort possible, quoique la possibilité de faire travailler les morts ne semble pas tellement extraordinaire dans le contexte ahurissant de la plus ancienne république noire de la planète. Bon, si l'on ne parle que des temps modernes, bien sûr.

 

Car dans une lointaine antiquité, les Noirs d'Afrique ont développé une civilisation florissante qui a dû connaître la république.... même si, depuis lors, le peuple noir a sagement choisi la voie de la nature. Ce dont les blancs ont lâchement profité pour les réduire en esclavage.... et dont ils abusent encore en pillant sans vergogne les ressources minières du continent africain. 

 

La transe vaudou fait partie de la vie quotidienne en Haïti