Arthur Rimbaud (1854-1891)

 

Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène. 

 

Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse,néologisme de Rimbaud en s’en clamant les auteurs 

La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière ; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. Dès qu’il la sait, il doit la cultiver ; cela semble simple : en tout cerveau s’accomplit un développement naturel ; tant d’égoïstes se proclament auteurs ; il en est bien d’autres qui s’attribuent leur progrès intellectuel ! Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. 

Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, — et le suprême Savant ! — Car il arrive à l’inconnu ! Puisqu’il a cultivé son âme, déjà riche, plus qu’aucun ! Il arrive à l’inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innombrables : viendront d’autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons où l’autre s’est affaissé ! (Arthur Rimbaud)

 

Un autre

C’était il y a longtemps, dans une autre vie. On l’appelait Lili la Tigresse. Elle était jeune exagérément et semblait plus jeune encore. Comment aurais-je pu songer à la séduire vue la différence d’âge ? Depuis que la précédente m’avait largué, j’étais inconsolable. Un con seulabre.cad: seul. « Et moi, je veux être libre, seulabre. » (Peter Rabe, Tirez à vue) 

Je n’ai jamais largué une femme. Je n’en ai jamais dragué une seule non plus. Je ne saurais pas comment m’y prendre, et c’était inutile. Elles me tombaient toutes rôties dans le bec sans que j’y prenne garde. Les ondes, disent-elles.Sacha disait la même chose Mais elles s’accrochaient. Si elles me plaisaient, je laissais faire. Souvent je tombais amoureux.* Et je le suis encore de toutes celles-là. Les deux-trois autres que j’ai largué me haïssent trop pour me lire, même des années plus tard. Grand bien leur fasse. 

–Ne sois pas triste, mon Xavier. Les ruptures arrivent plein de fois dans l’adolescence. Et ça dure toute la vie. 
–Je suis un homme qu’on adore et qu’on quitte. Fait chier.
–Peut-être ?… Si tu étais plus gentil…
Ta gueule !!!

*Tomber amoureux, voilà une expression parfaite. On tombe de haut, vraiment. On se casse la gueule d’amour. On dégringole dans un puits sans fond plein d’amour tout du long. Quelle chute !* Comme la chanson de corps de garde : « Quelle chute nom d’une pute ! Quelle chatte nom d’une patte ! etc. »
 
 

Pronom Perso

Je n’est pas l’ego. Certes l’ego en use et en abuse, je par ci, je par là, mais je n’est pas l’ego. Je est normal. Standard. Moi je est plus chelou. L’ego c’est quand on dit tu pour dire je. On s’accapare la norme qui suggère que tout le monde a nos tics et nos tocs, nos travers, nos excès. Il n’en est rien.
Quand tu entends ça, tu fais quoi ? Tu fonces dans le tas. Tu supportes pas d’entendre des conneries pareilles !!

Le je n’est pas l’ego. Après ma formation universitaire, licence de psycho et maîtrise de philo, j’ai eu un mal de chien à larguer le nousautre forme du tu réservé aux intellos. Le nous est moins nivelant que le vous, mais à sa façon sournoise, le nous dit : « Aucune différence entre toi et moi. Je dis nous pour exprimer cette similitude et cet accord profond. » 

 

Prenons Père Sot

Les premiers articles d’Éden Saga, je les ai écrit au nous. La faute à l’université. Pourtant j’avais fait une école de journalisme qui m’avait dégrossi en me forçant au je. C’est la règle dans la presse. Mais pas dans Eden Saga, pensais-je.

Alors je me creusais les méninges pour que le je ne soit pas dit.

Respectons-nous, stoppons le tu qui tue. Le je est un jeu quand le nous me noue.

La règle hindoue est le Soi, l’Atman. Notre âme immortelle n’a pas d’ego. Rimbaud le poète ne manquait pas d’ego. Il était si jeune…

Sa deuxième vie de contrebandier en Afrique est peu connue. Comme s’il y avait eu deux Arthur Rimbaud bien distincts. 

Il y a beaucoup plus de deux Éden Saga. Ce qui est bien commode : je peux dire blanc dans un article, noir dans un autre.

Croire sans y croire est un précepte magique qui autorise à tout, ou presque. Pour ce que j’ai à vous transmettre, c’est une condition sine qua non. Indispensable. Ciné quoi nonne, absolument.

 

Salomon est tombé amoureux d’une noire, la Reine de Saba

 

Poètes de toujours

Xavier Séguin

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Xavier Séguin

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