Tout a commencé l’avant-veille de mes 77 ans. Par un rêve. Les rêves sont mon Eden et ma saga. Rêveur je suis, mais cette fois pour le pire en jetant le meilleur. Ce rêve-là, sous sa forme runique, ou plutôt sa déforme onirique, a mis en scène un personnage que je n’avais pas rencontré jusqu’ici. Pourtant j’aurais dû, car il est incontournable, comme Lewis Caroll l’a montré. Il s’agit du dieu bouc, du dieu Pan.

 

Et ce rêve hermétique, il a fallu le décoder. Il ne s’est pas livré d’emblée, déguisé de main de maître par Hermès Trismégiste, ou par Hermès père de Pan le satyre, Pan l’enfant, Pan le créateur.

 

Qui est Pan ?

Pan est le dieu des bergers et des troupeaux ; il veille à leur fécondité. Son front porte deux cornes, son torse velu est humain, et ses membres inférieurs sont ceux d’un bouc. Dans l’Hymne homérique qui lui est dédié, la nymphe Dryopè qui le mit au monde prit peur à sa vue et l’abandonna.

Homère l’aède n’a raconté que des âneries, des caricatures grotesques de la véritable mythologie. En Grèce, un aède n’était pas un auteur sérieux. Plutôt un chansonnier, un bouffon, un clown. Ses pièces étaient écrites pour dérider les foules. Pan n’a pas été épargné par ses pitreries. Voyez l’opinion  d’un sage antique et d’un contemporain.

Homère méritait d’être chassé des concours à coups de bâtons,  et Archiloque aussi. 

Héraclite

 

Homère est un plagiaire, ou plutôt un bouffon qui, pour divertir ses contemporains, n’a pas hésité à déformer la puissante saga de Ram pour en faire sa risible Odyssée.

Lao Surlam

 

Au-delà de la caricature

Fils d’Hermès et de Dryopè, Pan a été caricaturé pour son appétit sexuel bestial et insatiable. Par Homère, naturellemment, et tous les aveugles qui l’ont suivi.

Pauvre Pan ! Dieu grec du plaisir et de la joie, il ne faisait que suivre l’exemple des dieux d’avant, tous baiseurs sans trève ni repos. Ses pieds de bouc, le pelage sur ses jambes et ses cornes au front n’ont rien d’anormal dans le contexte mythologique.

Les dieux animaux sont multiples dans la mythologie grecque, elle-même issue de la mythologie égyptienne dans laquelle la plupart des dieux sont des animaux. Et les mythologies asiatiques abondent en bestioles diverses et variées.

Des bêtes intelligentes, courageuses, aussi sympathiques que les personnages de Walt Disney ou Lewis Trondheim, illustres mythologues animaliers. 

 

 

Présentation du nouveau-né

Contrairement à Dryopè, Hermès l’accueillit fièrement, l’enveloppa dans une peau de lièvre et s’en fut le montrer aux grands dieux sur l’Olympe / Hyperborée. Le bébé ouvre la bouche pour crier, mais il bêle, ce qui fait hurler de rire les dieux assemblés. Puis, comme le bébé bouc continue son boucan, les Olympiens décident que ça suffit, que le petit Pan est bruyant et souriant, mais qu’il faut le dégager.

Il fait du bruit. Il n’est pas le seul. Dionysos le Bruyant et Apollon l’Ebranleur en font également. Mais seul l’enfant aux pieds de bouc est capable de semer la panique. Car panique vient de Pan. La panique est la peur qu’il inspire, une absolue défaite de la raison en rase campagne, dont le dernier témoignage attesté pendant une bataille concerne les Gaulois quand ils envahirent Delphes.

Pan sortit sa conque, souffla dedans et selon Pausanias, paniqués par le bruit des chevaux imaginaires, des troupeaux inventés et des taureaux inexistants, les Gaulois s’entretuèrent en plein sanctuaire de Delphes.

Quand il cesse de baiser, Pan joue de sa flûte, la célèbre flûte de Pan. Selon certains, il courait derrière la nymphe Syrinx qui ne voulait pas de lui. Il la rattrapa. Syrinx demanda aux dieux de la changer en roseau, et les dieux l’exaucèrent.

Triste et désolé, Pan coupa une gerbe de roseaux, tout ce qui restait de sa bien-aimée, et coupa les tiges à des hauteurs différentes en les collant les unes aux autres avec de la cire. Ainsi, des amours ratées de Syrinx et de Pan, naquit la flûte qu’on appelle syrinx ou flûte de Pan.

Alors Pan découvrit que la flûte de roseaux aidait l’étalon à saillir la jument, qu’elle pouvait faire pousser l’herbe, favoriser la lactation des femelles. Après quoi, aucune nymphe ne résista au charme de Syrinx qui, sous les lèvres de son amant cornu, s’était transformée en instrument à vent.(d’après Catherine Clément)

 

Mais ce n’est pas ce Pan-là qui m’apparut en rêve. Celui dont j’ai rêvé était un créateur. Qu’a-t-il créé ? Vous le saurez. Il faut d’abord lui rendre sa grandeur, dépasser l’animalité, assumer l’anormalité, et le voir supérieur à Jupiter lui-même. Pour lui rendre son lustre, sa grandeur impériale, un seul poète. Vous le connaissez aussi, et vous le reconnaîtrez bientôt.

 

 

Pour moi, mille fois mieux que le triste Homère,
c’est notre géant national, Victor Hugo, qui en parle le mieux.
Voici la fin de son poème fleuve tiré de La légende des siècles.

 

Le satyre

Tout en parlant ainsi, le satyre devint
Démesuré ; plus grand d’abord que Polyphème,
Puis plus grand que Typhon qui hurle et qui blasphème,
Et qui heurte ses poings ainsi que des marteaux,
Puis plus grand que Titan, puis plus grand que l’Athos ;
L’espace immense entra dans cette forme noire ;
Et, comme le marin voit croître un promontoire,
Les dieux dressés voyaient grandir l’être effrayant ;
Sur son front blêmissait un étrange orient ;
Sa chevelure était une forêt ; des ondes,
Fleuves, lacs, ruisselaient de ses hanches profondes ;
Ses deux cornes semblaient le Caucase et l’Atlas ;
Les foudres l’entouraient avec de sourds éclats ;

Sur ses flancs palpitaient des prés et des campagnes,
Et ses difformités s’étaient faites montagnes ;
Les animaux qu’avaient attirés ses accords,
Daims et tigres, montaient tout le long de son corps ;
Des avrils tout en fleurs verdoyaient sur ses membres ;
Le pli de son aisselle abritait des décembres ;
Et des peuples errants demandaient leur chemin,
Perdus au carrefour des cinq doigts de sa main ;
Des aigles tournoyaient dans sa bouche béante ;
La lyre, devenue en le touchant géante,
Chantait, pleurait, grondait, tonnait, jetait des cris ;
Les ouragans étaient dans les sept cordes pris
Comme des moucherons dans de lugubres toiles ;
Sa poitrine terrible était pleine d’étoiles.

Il cria :

L’avenir, tel que les cieux le font,
 C’est l’élargissement dans l’infini sans fond,
C’est l’esprit pénétrant de toutes parts la chose !
On mutile l’effet en limitant la cause ;
Monde, tout le mal vient de la forme des dieux.
On fait du ténébreux avec le radieux ;
Pourquoi mettre au-dessus de l’Être, des fantômes ?
Les clartés, les éthers ne sont pas des royaumes.

Place au fourmillement éternel des cieux noirs,
Des cieux bleus, des midis, des aurores, des soirs !
Place à l’atome saint qui brûle ou qui ruisselle !
Place au rayonnement de l’âme universelle !
Un roi c’est de la guerre, un dieu c’est de la nuit.
Liberté, vie et foi, sur le dogme détruit !
Partout une lumière et partout un génie !
Amour ! tout s’entendra, tout étant l’harmonie !
 L’azur du ciel sera l’apaisement des loups.
Place à Tout ! Je suis Pan ; Jupiter ! à genoux. 

 

 

Franchement maître Hugo, votre Pan a de l’allure, une classe folle ! Face aux dieux de l’Olympe, Pan les surclasse tous ! Place au fourmillement éternel des cieux noirs, place à l’atome saint, place au rayonnement de l’âme universelle ! Et place à Tout, bien sûr. Car Pan signifie tout

Place à Tout ! Je suis Pan ; Jupiter ! à genoux. 

 

Si j’ai quelque talent, face à Hugo je m’écrase et j’admire. On ne puit que s’incliner bien bas devant pareil génie. 

 

 

Masque antique

Mon rêve prémonitoire portait un masque antique. J’y ai vu le grand Pan, inlassable, vaquer à l’organisation d’un monde. Interloqué, je le regardais faire. Il me dit que jadis il a créé partout, dans le ciel, sur la terre et dans le fond des mers. Il créait sans répit, sans prendre aucun repos, il créait comme on joue de flûte ou du pipeau. Mais cette obsession de créer l’a quitté. Il ne crée plus du tout. Depuis lors on l’a surnommé…

Le réveil brutal a effacé la suite. Je ne saurais jamais le nom qu’on t’a donné, mon Pan, mon créateur ? Dans ma tête à l’instant ont retenti ces mots : « Xavier ! Tu y es presque !« 

Quoi ? Qu’ai-je dit, mon Pan ? Que tu créas ?  

Pancréas ! C’est donc ça qui me ronge !
La fin est proche, ce crabe est un rapide.
Fulgurant, fulminant, il pourra m’emporter
au grand galop d’un cheval noir botté d’argent.
Je souffrirai malgré les soins
— si j’en veux, mais j’en doute.
La mort sera bientôt rendue.
J’ai déposé les armes.

Je vous aime.
Soyez grands.
Continuez à rêver.
Quand votre tour viendra,
vous saurez l’affronter. 

 

 

Mythes & légendes

 

Comme son benefactor Jean-Claude Flornoy,
en ce triste jour, lundi 21 mai 2036,

un sale cancer du pancréas a terrassé Xavier. 

 

 

J’y ai bien cru…

Mais non, ce n’est rien, juste un doux délire qui m’a laissé le cœur troué. Juste un brin de vie qui palpite encore au coin de l’œil, la lèvre blême, l’haleine de fièvre et le dos lourd. Je me traine et fais peine à voir, mais je vis. Oui je vis vous-dis-je, et plus vif que jamais !

Une douleur me tenaillait parfois le soir au fond du lit. Du côté gauche de l’abdomen, en symétrie du foie. Je me suis mis en tête que j’avais chopé cette grosse saleté, le crabe du pancréas qui fusille et foudroie les plus braves. Mais je me suis trompé. Le pancréas n’est pas du tout là, il est au milieu tout en haut sous la plèvre. Je ne sens rien par là. 

C’est la rate qui s’dilate et le foie qu’est pas droit et le ventre qui se rentre et l’pylore qui s’colore, l’estomac bien trop bas, la poitrine qui s’débine, l’abdomen qui s’démène… (source)chanson créée par Gaston Ouvrard en 1932

Bon, je ne mourrai pas ce coup-ci mais vous m’avez bien foutu la trouille avec cette page montée à mon insu, que je découvre ce matin en lisant mon Eden Saga quotidien. L’espace d’un instant, je me suis cru mort pour de bon. C’est vache de me jouer un tour pareil. Bande de sauvages !!

Xavier Séguin

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Xavier Séguin

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