La Langue des Oisons

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Oui la métalangue est partout –oui, les synchronicités abondent– oui, nous nous reconnaissons au premier coup d’oeil –oui, les sens caché devient de plus en plus visible –oui, oui, oui, c’est si bon de dire oui…

En vieux françois lettré, on disait oïl, qui a donné oui – et en vieux français de la rue ou des champs, on disait oi, prononcé oué, qui a donné ouais.

Les petits-enfants de la Mère l’Oie sont-ils seuls à le savoir ? Pour désigner une langue comprise des seuls initiés, on parle du langage des oiseaux. C’était la langue mystérieuse des bâtisseurs des cathédrales du Moyen-Age. Mais cette formule n’est pas exacte. Il faudrait dire langue des Oisons.

La différence est signifiante. L’oison n’est pas n’importe quel oiseau : c’est le petit de l’oie. Pourquoi l’oie ? En langue codée, les compagnons bâtisseurs des cathédrales se nommaient les enfants de la Mère l’Oie, ce qui signifie aussi, en langue des Oisons, produits de l’amère loi.

La langue des Oisons adore les jeux de mots, les calembours, les gauloiseries et les paillardises, car le sacré s’en nourrit aussi. 

Les bâtisseurs médiévaux avaient d’autres raisons de se nommer petits de l’Oie, notamment le Pédauque, ou patte palmée de l’oie, comme on l’a vu dans la Mère l’Oie. Revenons à nos Oisons et à leur belle langue, qui s’appelle aussi l’argot. Pourtant il existe tant d’argots différents rien qu’en France ! La langue des oisons est une langue vivante, tandis que la langue académique n’est qu’une langue morte.

 

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Il y a autant de langues des oisons que de langues vivantes. Les patois et les dialectes locaux connaissent aussi – et très bien ! – cette langue imagée qui fait rire en même temps qu’elle fait comprendre.

Tout est codé par la sagesse populaire, qui repose sur le vécu quotidien d’une foule de gens, qui s’appuie sur ces centaines, des milliers d’incidents vrais, sur l’expérience forgée au gré des coups durs de la vie, des accidents affectifs, des traumatismes de l’enfance, et de l’âpreté du combat ordinaire que doit mener chaque jour, chacun de nous.

Dès qu’on commence à jouer avec les mots, ils nous le rendent bien. Chaque mot, chaque expression usuelle est gorgée de sens, qu’on a oublié, auquel on ne prend plus garde, parce que tout s’use – l’usure détériore et l’usage affadit.

Voilà pourquoi on ne connaît un pays qu’en parlant son patois, un quartier qu’en parlant son argot, une entreprise qu’en parlant son jargon. Voilà pourquoi on se reconnaît à la métalangue qu’on utilise. Toute langue est un code : en plus d’un moyen de se comprendre, c’est aussi un moyen de ne pas être compris pas les intrus.

C’est ainsi que les dialectes ou les patois ont tous leur version locale, qui peut être très différente d’un village à un autre. Ce qui explique pourquoi les vieux bretonnants ne pigent pas toujours le breton Diwan quand il est parlé, car le vocabulaire et la prononciation diffèrent notablement d’un clocher à l’autre.

 

 

La langue des Oisons n’est pas morte, elle ne peut pas mourir. On la trouve dans toutes les langues, elle en est une variante indispensable, elle permet à des tas de groupes et de sous-groupes d’échanger librement, et avec beaucoup de finesse et de précision, des informations qui favorisent l’épanouissement du groupe et de ses membres.

On parle aujourd’hui une langue pleine de surprises, qui doit beaucoup plus aux jeux de mots qu’à la linguistique universitaire. J’échangeais des idées avec un ami, Alain Aillet, qui est chercheur aussi. Nous discutions des premières implantations des dieux terraformeurs sur notre planète, du temps où elle était encore sauvage. Nous sommes tombés d’accord sur les monts Oural. Jusque là, pas de langue des oisons. Patience, ça vient.

Les premiers humains ne savaient rien, ils vivaient comme des animaux. Les terraformeurs en ont choisis certains qui seraient formés sur Hyperborée, leur gigantesque vaisseau-mère en orbite stationnaire au-dessus du pôle nord.  Où se situait le tout premier astroport où ces humains élus devaient embarquer pour Hyperborée ? Alain me répondit du tac au tac : sur le Mont Thabor. 

Devant ma surprise, il prit un air entendu : « Mont Thabor = Monte à bord » Je trouvais ça énorme, et pourtant ! Recherches faites, le Mont Thabor est éligible comme antique astroport, et Alain Aillet pourrait bien avoir raison sur ce coup-là.

La voilà, la langue des Oisons. Et c’est inexplicable. Un jeu de mots en français moderne décrit précisément une réalité antique, datant d’une époque où la langue française n’existait pas. Mieux encore : ce qui marche en français marche dans toutes les langues. C’est ça qui est beau.

La logique voudrait que rien de tout ça ne fonctionne. Mais ça marche du tonnerre et dans tous les cas !? Peut-on imaginer que les terraformeurs aient prévu ça de longue date ? Ce sont eux qui ont composés les mythes, comme je l’ai montré. Se pourrait-il qu’ils aient conçu toutes nos langues eux-mêmes, avec le plus grand soin ? En y insérant des clés, des astuces infinies, de façon que la vérité puisse émerger, même pour un enfant, des millénaires après leur passage ?

On a du mal à y croire… Pourtant, ils nous ont fabriqué, en tant qu’espèce, à partir de matériel génétique précis, pour obtenir un résultat escompté. Ces pros de la terraformation étaient des dieux, ne l’oubliez pas. Des dieux !Comme dans l’expression classieuse : tu baises comme un dieu. Expression que je n’ai jamais eu le bonheur d’entendre d’ailleurs. Ils savent en faire, des trucs et des machins.

Alors ils ont parsemé toutes les langues de jeux de mots potentiels, des graines de jeux de mots en somme, qu’il nous appartient de faire germer.

 

Une foultitude de jeux de mots modernes sont révélateurs de secrets lointains. Un bon exemple a été donné sur ce site, il s’agit de Perun, dieu slave de la foudre. En langue slave, Perun Aska se prononce comme Pérou Nazca, à l’autre bout du monde. Le cas a été étudié ailleurs, je n’y reviendrai pas.

 

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En multipliant les exemples, on trouve chaque fois le même sujet d’étonnement. Alors ? Jouons avec les mots, jouons avec les sons, la langue des origines se retrouve dans toutes nos langues modernes. Pour peu qu’on se donne la peine de ne considérer que le son, d’incroyables similitudes apparaissent dans des langues aussi éloignées, en apparence, que le slave et le péruvien, le français et le chinois, tel patois japonais, l’eskimo et le basque, pour ne citer que ces cas.

Et il faudra un de ces quatre supprimer les écritures et les caractères différents, pour adopter une transcription phonétique universelle. Alors on constatera toutes les similitudes qui existent entre des langues apparemment sans aucun rapport. Ce jour-là commencera la véritable quête de la langue des origines.

 

L’important n’est pas de croire ou de ne pas croire,mais de poser le maximum de questions.
Bernard Werber