Le Tarot de l’espèce humaine

 

Bien des choses ont été écrites sur le tarot divinatoire dit de Marseille. J’ai beaucoup travaillé sur ces cartes, qui durant des siècles ont circulé de mains en mains dans les tripots, comme un honnête jeu d’argent. Les gens simples qui y jouaient avec passion lui ont donné, outre son caractère sacré, un statut historique et social qui le classe au patrimoine mondial de la culture initiatique. 

Le tarot de Marseille a été interprété de bien des façons. Ma préférée est celle de Jean-Claude Flornoy, qui le considère comme un récit de notre histoire personnelle. Selon lui, les vingt-deux arcanes majeurs décrivent les vingt-deux étapes de la vie humaine. La vôtre comme la mienne. Je sais, ça défrise. On aimerait se sentir différent. On aimerait que ça parle des autres, mais pas de nous. Et pourtant ! Chacun de nous, volant nolant, qu’il le veuille ou non, vivra ces étapes au cours de sa vie. Toutes les étapes s’il parvient à l’état de bouddha (arcane le Mat), ou seulement quelques-unes si sa vie n’est pas assez longue ou ses efforts, insuffisants. En hommage au maître cartier Jean-Claude Flornoy disparu en 2011,  j’ai illustré cet article avec sa version du tarot de Jean Dodal, patiemment et scrupuleusement restaurée et restituée d’après l’original conservé à la Bibliothèque Nationale. On peut se procurer ce jeu ici.

Les philosophes distinguent deux histoires qui selon eux se reproduisent en miroir : l’histoire de l’individu et l’histoire de l’espèce, en langue scientifique : l’ontogenèse et la phylogenèse. J’ai toujours en tête ce punch line de mon prof de philo : l’ontogenèse récapitule la phylogenèse (source). Attendez, je traduis. Nos histoires personnelles, la vôtre, la mienne, l’histoire de chaque individu reproduit celle de sa lignée. Pour vérifier cette belle hypothèse philosophique, j’ai cherché à voir dans quelle mesure les arcanes majeurs qui nous racontent pourraient conter aussi l’histoire de notre espèce.  A ma grande surprise, ça colle grave. Pas à l’histoire bidouillée des manuels scolaires, non, ça colle à la vraie. Ça colle avec l’autre histoire, celle que je vous raconte depuis dix ans dans la saga d’Eden. Jugez plutôt.

I LE BATELEUR représente l’aurore de la cinquième humanité, la nôtre. Un bateleur est un amuseur public, un forain sans feu ni lieu. Ainsi naquit l’humanité actuelle. Adam a été créé pour distraire les dieux nos créateurs. Les premiers hommes étaient des esclaves, des jouets sexuels et des fous du roi. La question qui se pose, sommes-nous autre chose ?

II LA PAPESSE représente une druidesse, c’est la première époque de notre humanité, l’origine du matriarcat qui a gouverné la planète humaine pendant de nombreux millénaires. L’âge de la Grande Déesse  est l’âge d’or une période apaisée où le pouvoir féminin était maternel, Héra, Hathor, Isis et le don qu’elle fait de l’éveil à toute l’humanité. Jean Dodal écrit LA PANCES. Allusion au dieu Pan ? Ou bien une façon d’indiquer que la Papesse, érudite avec un livre sur les genoux, sait aussi se servir de l’intelligence du ventre. De la panse…

III L’IMPERATRICE c’est la deuxième époque, le matriarcat triomphant, mais aussi le durcissement du pouvoir, l’autoritarisme des femmes, et leurs troupes d’élite, les Amazones qui traquent les mâles.

 

 

IV L’EMPEREUR c’est Rama le conquérant, premier empereur planétaire. Incarnant la revanche du sexe masculin, ou plutôt le rééquilibrage des deux sexes, Rama a réalisé l’unification de l’Europe, Afrique, Asie et Amériques sous une même loi, une même religion et des mêmes structures sociales, dont certaines subsistent encore, alors même que le nom de Rama a été oublié en occident.

V LE PAPE c’est un autre visage de Rama, en fin de vie, Lama le sage bouddha dans les montagnes du Tibet. C’est le triomphe de la Loi de Rama qui devient l’évangile de l’éveil à travers quatre continents. Il a fait son possible pour réconcilier les deux sexes, mais les mâles, traumatisés par le souvenir de l’Impératrice et les exactions de ses Amazones, veulent à tout prix s’assurer la domination sur les femmes.  

VI L’AMOUREUX c’est le successeur de Rama, Orphée le poète musicien, l’inventeur de la lyre. Version occidentale de Krishna le joueur de flûte enchantée, Orphée deviendra le dieu des dieux, troisième successeur de Zeus — ou plutôt de sa femme Héra (Anna, Anu). Comme Rama, Orphée régnera lui aussi sur un empire groupant les principales nations de la Terre : Europe, Asie, Afrique et Amériques. Mais Orphée le poète n’a pas assez de poigne pour empêcher la tutelle d’une idéologie machiste dominante apparue sous le règne du Pape Lama.

 

 

VII LE CHARIOT c’est Atlas aux commandes du chariot des dieux, le gigantesque vaisseau-île Atlantide, qui a loupé son décollage et est lourdement retombée dans l’océan Atlantique, causant les ravages du Déluge Jean Dodal écrit non pas CHARIOT, mais CHARIOR, j’y vois une façon de signale l’origine du Chariot des dieux : OR ou UR, c’est à dire l’étoile Alcor dans la Grande Ourse, en latin URsa majOR.

VIII LA JUSTICE  Le Déluge est vécu par les humains comme la justice divine, alors qu’il fut une grande injustice : l’erreur du dieu Atlas a causé un tsunami de 4 km de haut. Les côtes d’Amérique, d’Europe et même d’Afrique de l’ouest ont subi les ravages de plein fouet. Il y a ceux qui s’en sortent, rares et hagards. Et il y a les monceaux de cadavres et la cohorte des disparus. Un âge sombre se dessine pour les humains abandonnés par les Dieux.

VIIII L’ERMITE Sur les côtes atlantiques des deux continents, les rescapés du Déluge qui traversent un long épisode à la Mad Max. L’Europe redevient sauvage pour plusieurs millénaires, en attendant d’être civilisée par les colons américains, nettement plus avancés.

 

 

X LA ROUE DE FORTUNE Ou la fortune grâce à la roue. Les misères des humains vont être fabuleusement soulagées par l’invention (ou la redécouverte ?) de la roue. L’économie sinistrée est repartie grâce à une agriculture renaissante et des échanges commerciaux facilités par les chariots. Mais le pouvoir politique est fragile : une suite interminable de roitelets va se succéder sur les mini-trônes d’un empire planétaire en miettes. Les  grosses bêtes et les fauves d’Afrique ont envahi l’espace sauvage d’une Europe fragilisée.

XI LA FORCE Une femme reprend le pouvoir aux roitelets. Grâce aux vestiges de l’arsenal des dieux, elle impose l’ordre dans les restes du l’empire planétaire. Les fauves et les grands mammifères sont éradiqués par la force. On peut dire que c’est le retour de l’impératrice, qu’on l’appelle Isis, Dana ou Anna… Le nom de cette impératrice planétaire est oublié, effacé par le pouvoir mâle sans doute parce qu’elle a fait resurgir de très mauvais souvenirs chez tous les partisans du patriarcat.

XII LE PENDU C’est le dendrites Dyonisos, un Christ antique qui fut pendu à un arbre. Il a fortement inspiré la fable de Jésus. Jugez plutôt : Dyonisos est né d’une vierge le 25 décembre, et en tant que saint enfant, il fut placé dans une mangeoire. Enseignant itinérant, il a accompli des miracles.  Lors d’un cortège triomphal, il chevauchait un âne. Roi sacré, il fut tué et mangé lors d’un rituel eucharistique pour apporter fécondité et purification. Il ressuscita des morts le 25 mars. Dieu du vin, Dyonisos changeait l’eau en vin. On l’appelait le Roi des Rois et le Dieu des Dieux. On le considérait comme le fils unique, le sauveur, le porteur de péché, l’oint, l’alpha et l’oméga. On l’identifiait avec un mouton et un agneau. Son titre sacrificiel de « Dendrites » ou « jeune homme de l’arbre » indique qu’il a été pendu à un arbre ou crucifié (source).

 

 

XIII L’arcane sans nom, c’est un massacre qui évoque le deuxième déluge, daté de 2500 avant notre ère, qui a entraîné des séismes et des éruptions volcaniques d’une telle violence qu’on a pu croire toute la terre en feu. Selon Velikowski, cette catastrophe aurait été causée par l’irruption d’une grande comète dans le système solaire, qui se stabilisera entre la Terre et Mercure, devenant la planète Vénus, faussement nommée l’étoile du Berger.

XIIII TEMPÉRANCE Le déluge de – 2500 a causé de tels ravages que les humains rescapés l’ont pris pour un châtiment divin… et sans doute en était-ce un ! Comme le grand déluge de – 10500 causé par la chute du vaisseau Atlantide dans l’océan, celui de – 2500 ne vient pas d’une comète, comme le croit Velikowski, mais de l’irruption d’un gigantesque vaisseau-mère, Hyperborée.

XV LE DIABLE est-ce Baal ? L’épisode se passerait à l’époque de Moïse, à qui Yahveh donne l’ordre explicite de renier Baal, dont le nom vient de Bel ou Belenos le Bélier Celte, lui-même avatar du jeune Rama, fils d’Hyperborée, qui vivait en Celtie et s’appelait Ramos le Berger. Avec Moïse, une nouvelle religion se met en place, le monothéisme. Elle a vite fait de transformer le dieu d’avant en nouveau diable. Ainsi font les nouvelles religions pour détrôner les anciennes croyances. Ainsi ont fait nos missionnaires chrétiens pour éradiquer les pratiques animistes et fétichistes des sauvages… ça s’appelle les bienfaits de la civilisation, mes chéris.

 

 

XVI LA MAISON-DIEU c’est la maison de l’éveil, ou le Temple de Salomon. Ici encore, le don d’Isis se manifeste, puisque le temple de Salomon, comme le Henge d’Avebury, comme les pyramides d’Egypte, d’Amérique et d’ailleurs, étaient des capteurs de foudre et des lieux d’éveil.

XVII L’ÉTOILE des Rois Mages à Bethléem, naissance du christianisme avec Jésus. Nous sommes au 1er siècle de l’ère commune.

XVIII LA LUNE au croissant en berceau, c’est la naissance de l’Islam au 6e siècle de notre ère. C’est aussi la dernière arcane qui décrive notre passé. Après commence l’inconnu…

 

 

Nous en sommes là, mes chéris. La suite est encore dans le futur. Notez qu’elle n’est pas très longue : cette humanité, la cinquième, n’a plus à vivre que trois arcanes numérotés,ci-dessus et l’arcane sans nombreci-contre qui peut intervenir à tout moment, comme l’excuse du jeu de tarot.

 

XVIIII LE SOLEIL retour d’Hyperborée. Un deuxième soleil, beaucoup plus gros, beaucoup plus lumineux que le premier, va illuminer le ciel de son insoutenable éclat. C’est un astre artificiel. C’est le gigantesque vaisseau-mère qui ramène les dieux d’avant, ou leurs successeurs… ou bien des imposteurs ! Ces géants sont transformistes, ils peuvent prendre n’importe quelle apparence, divine, humaine ou animale.  Vont-ils nous apparaître sous les traits des principaux dieux qu’on adore encore ici ? Ça serait de bonne guerre. 

XX LE JUGEMENT dernier, si l’on en croit la Bible, c’est le retour du Maître du champ qui vient séparer le bon grain de l’ivraie. En dehors de la tradition chrétienne, il peut s’agir d’autre chose, une sorte de cours de rattrapage pour ceux qui ne sont pas à niveau. Par exemple. 

XXI LE MONDE à venir, qui verra l’entente et l’harmonie régner parmi les humains, les divins et les animaux. C’est le retour des deux paradis, le paradis terrestre qui verra une planète dépolluée se changer en jardin et le paradis céleste dans le soleil géant qui nous domine de toute sa masse, cette planète-vaisseau où vivent les dieux.

LE MAT représente, selon la lecture de Flornoy, la fin du cycle des réincarnations. Les bouddhistes parlent de nirvana, d’éveil, de libération karmique. Pour les bouddhistes comme pour les tarologues, cette libération karmique est individuel.

 

Dans une version élargie à l’humanité, cette libération pourrait être globale. L’idée est que l’ensemble des humains vont accéder ensemble à l’état de Bouddha. Ce serait le commencement d’un nouveau cycle, c’est pourquoi le Mat ressemble tant au Bateleur. Et c’est pourquoi on ne peut lui donner un numéro : il n’appartient plus à ce cycle.

 

 

Les dieux ont toujours faim, n’en ont jamais assez Et c’est la mort, la mort toujours recommencée.
Georges Brassens