Dix Tigres Bleus

 

Dix Tigres Bleus est une reprise du conte Ten Bulls, les Dix Taureaux, qui vient du bouddhisme zen. Cette variante fait un pont explicite avec le Tarot. Pour le publier enfin, j’ai cherché des images dignes du récit. Elles sont arrivées, magnifiques, c’est le talent de Virginie L Corre qui vous les offre. Régalez-vous, c’est beau, c’est grand. Vive le zen !

Il existe un parallèle troublant entre ces dix moments de la chasse au tigre et les dix dernières arcanes majeures du Tarot initiatique. Les deux ont la même énergie intérieure. Une telle ressemblance ne doit rien au hasard, puisqu’il n’existe pas. Aussi ai-je ajouté à la version traditionnelle une rubrique supplémentaire, Correspondance, qui renvoie à l’arcane équivalente du Tarot : le premier lien vers la description de l’arcane, le second vers l’arcane telle que je l’ai vécue. Vive le tarot !

1. Je cherche le tigre

Dans la jungle du monde, j’écarte les lianes en quête du Tigre. Au long de fleuves sans noms, sous des cieux inconnus, je vais jusqu’au bout de mes forces sans entendre sa voix. Seul le chant lancinant des criquets troue la nuit des forêts.

Commentaire
Le tigre est là, pourquoi le chercher ailleurs ? Je suis si perturbé que je ne vois pas l’évidence. Je ne sais quel chemin choisir ni vers qui me tourner.

Correspondance
Arcane XIIIL’arcane sans nom

2. Je piste le tigre

Sous les arbres de la rive, je découvre sa trace ! Jusque sous l’herbe parfumée je relève ses empreintes. Tout au fond des montagnes je les retrouve. Ces traces se voient comme le nez au milieu de la figure.

Commentaire
J’ai compris l’enseignement et je vois les empreintes du Tigre. Comme de nombreux outils sont faits du même métal, je comprends qu’une myriade de choses sont faite du Vivant. Si je ne fais pas la différence, comment distinguer le vrai du faux ? La porte n’est pas encore franchie, mais je vois déjà le chemin.

 

 

Correspondance
Arcane XIV – TempéranceTempérance et modération.

Là où il y a une volonté, il y a un chemin. (Lao-Tseu)

 

 

 

3. J’approche le tigre

J’entends le chant du rossignol. Le soleil est chaud, la brise est douce, les saules sont verts sur le rivage. Aucun Tigre ne peut se cacher ici ! Quel artiste peut peindre sa tête massive, son corps majestueux ?

Commentaire
Quand on entend la voix, on peut savoir d’où elle vient. Dès que les six sens fonctionnent, la porte est franchie. Dès l’entrée, on voit la tête du Tigre. Cette unité est comme le sel dans l’eau, comme la couleur dans la teinture. La plus petite chose est reliée au Vivant.

Correspondance
Arcane XV – Le Diable  –  Le Diable et sa pierre

4. J’affronte le Tigre

Je l’attrape en un combat terrible. Sa puissance est terrible, sa vigueur sans limite. Il m’entraine avec lui, je m’accroche à son dos. Il bondit de roche en roche sur les plus hauts sommets, puis il se coule au fond de ravines perdues.

Commentaire
Il a vécu longtemps dans la jungle, mais je l’ai eu enfin ! La nouveauté du paysage désoriente le tigre. Loin de sa jungle natale, il erre sans savoir où. Si je veux le soumettre, je brandis mon fouet.

Correspondance
Arcane XVI – La Maison Dieu  –  Le dieu dans la maison

5. Je dompte le Tigre

Le fouet, la corde et la volonté de fer. Les trois sont nécessaires pour l’empêcher de fuir dans la forêt. Bien traité, le Tigre retrouve sa douceur. La confiance vient. Sans broncher, il obéit à son maître.

Commentaire
Quand une pensée surgit, une autre pensée suit. Quand la première pensée jaillit de l’illumination, les pensées qui suivent sont vraies. L’illusion fausse tout. Elle vient de l’interprétation qui dénature ton rapport au tigre. Tiens-le bien par l’oreille, ne lui laisse pas l’ombre d’un doute.

Correspondance
Arcane XVII – L’ÉtoileL’Étoile sur terre

 

 

6. Je chevauche le Tigre

Avec le Tigre Bleu, je rentre à la maison. Le chant de ma flûte emplit l’or du soir. Ma main modèle la musique vivante, je dirige son rythme infini. Quiconque m’entend jouer vient vers moi.

Commentaire
La lutte est terminée. Les gains et les pertes sont comptés. Je chante la chanson du bûcheron, les enfants du village dansent sur ma musique. Au-dessus du tigre, j’observe les nuages. Je continue, rien ne saurait m’arrêter.

Correspondance
Arcane XVIII – La LuneLa Lune et l’écrevisse

 

 

7. Au-delà du Tigre

Sur le dos du Tigre, je rentre chez moi. Je suis serein. Le Tigre aussi peut se reposer. L’aube est venue. Voici l’heure du doux repos. Dans ma chaumière, je n’ai plus ni fouet ni corde.

Commentaire
Une seule loi, pas deux. Le tigre n’est qu’un thème passager. Comme la relation du lapin au piège, comme celle du poisson au filet. Comme de l’or dans la boue, comme la lune émerge d’un nuage. Un chemin de lumière claire continue à travers le temps sans fin.

Correspondance
Arcane XVIIII – Le SoleilJumeaux sous le Soleil

 

8. Au-delà du Vivant

Le fouet, la corde, le Tigre Bleu et moi, nous nous dissolvons dans le néant. Si vaste est le ciel qu’aucun message ne le souille. Quel flocon de neige peut résister à l’incendie ? Voici les traces des patriarches.

Commentaire 
La médiocrité est partie. L’esprit est clair de limitation. Je ne cherche aucun état d’illumination. Je ne reste pas non plus là où il n’y a pas d’illumination. Depuis que je m’attarde dans aucune condition, les yeux ne peuvent pas me voir. Si des centaines d’oiseaux répandent mon chemin avec des fleurs, une telle louange serait inutile.

Correspondance
Arcane XX – Le Jugement

 

 

 

9. J’atteins la Source

Trop d’efforts et de tâtonnements empêchent de regagner la source. Mieux vaut rester aveugle et sourd dès le début ! Habiter dans sa vraie demeure, sans se soucier d’aucun manque – la rivière coule tranquillement. Les fleurs sont rouges.

Commentaire
Dès le début, la vérité est claire. Dans le silence, j’observe ce qui naît et ce qui meurt. Illusion de la forme. Piège de l’apparence. Pourquoi réformer ce qui n’est pas déformé ? L’eau est émeraude, la montagne est indigo, je vois ce qui crée et ce qui détruit.

Correspondance
Arcane XXI – Le Monde

 

10. Dans le monde

Pieds nus, en haillons, je me mêle à la foule. Et moi dans ma misère, je suis toujours heureux. Je n’utilise aucune magie pour prolonger ma vie. Quand je passe devant eux, les arbres morts se couvrent de bourgeons.

Commentaire
Ma porte est close, les dix mille sages ne me connaitront pas. La beauté de mon jardin se cache aux passants. Pourquoi chercher les traces des patriarches ? Je vais au marché avec ma bouteille de vin et je rentre chez moi avec mon bâton. Partout sur mon passage, ceux que je regarde s’illuminent.

Correspondance
Arcane Le Mat

 

 

La demande de Kervor

Les œuvres originales de Virginie Le Corre ont été retouchées par Stef Kervor, sorte de geek maniaco-expressif qui sévit dans les parages. Il a modifié le cadrage ou le format, la composition de l’œuvre, et bien sûr les couleurs — Photoshop oblige.

Pour rendre justice au grand talent de Virginie, Kervor m’a demandé de reproduire aussi les originaux tels qu’elles les a peints. Ce que je fais bien volontiers. Merci de tout cœur Virginie.

 

 

Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière.
Michel Audiard