Dans le miroir, j’ai vu mon double. Il m’a dit tristement : Oh Xavier qu’es-tu devenu ? Il s’est effacé comme une larme. Honte à moi qui t’ai dit cent fois : Je t’ai appris tant de choses ! Oubliant qui tu es, je t’ai pris tant de choses ! Merci à toi ! Merci pour ce que tu me donnes.
De près ou de loin, que tu penses à moi ou pas, que tu m’envoies des bonnes ondes ou que tu laisses fuser des piquants porc-épic, tu m’enseignes ce que t’ont donné ces quarante années qui me manquent. Oui.
Tu es née quarante ans après moi, et pourtant tu n’as pas quarante ans de moins, mais quarante tours de plus. Face à l’évidence de la vie, l’arithmétique est vaine. L’intellect le plus acéré passe à côté de la vraie sagesse, qui vient de la Terre.
À chaque tour qu’elle fait autour de son étoile, notre planète emmagasine de nouveaux pouvoirs. Chaque tour la revigore et la rajeunit. À chaque naissance, on nourrit son corps subtil de ces pouvoirs tout neufs. Ils sont propriété des nouveaux incarnés qu’ils relient.
Quand tu es née, la terre avait quarante tours de plus qu’à ma naissance. Tu as une tapée de pouvoirs dont je ne peux que rêver. Peu à peu, je m’en inspire et j’évolue. Mais je ne te rejoins jamais.
Je ne t’apprends que du savoir, tu m’enseignes l’être au monde. Ma soi-disant sagesse, tu la trouverais dans les livres, mais non : tu préfères la vie. Tu sais comment une âme doit entrer dans le feu de l’étoile avant de s’incarner sur une planète.
Toutes les étoiles communiquent entre elles par des trous de ver. Des raccourcis dans l’espace-temps. Passer d’étoile en étoile est instantané. Le vaisseau-mère qui a apporté la vie sur terre, Hyperborée, se comporte comme une étoile et comme une planète. On peut passer par Hyp pour gagner n’importe quelle étoile. On peut s’incarner sur Hyp comme sur toute planète.
Les livres sont morts avec ma génération. Les gens s’en contrefoutent, ils regardent les images pour entrer dedans, ils voient qu’elles n’ont rien à dire, referment le livre et le glissent dans une boîte à livres. Où quelqu’un le prendra pour le glisser plus loin, déçu du voyage. Ou du non-voyage.
On se déplace autrement à présent. Je ne sais pas faire ça.
No, no don’t let me play the fool
Mes complices, mes chers amis, mes modèles qui me souffrent tout juste et me font souffrir le martyre. JCD et JCF, éternels absents toujours là, vous me soufflez des mots morts qui tombent avec fracas dans une oreille distraite. Vertigineux voyage avant l’oubli final. Ces mots périmés, idées qui n’ont plus cours. Vous êtes morts au bon moment, mes deux lâcheurs. Je vous ai tant aimés. Je vous aime encore trop sans doute. Mon dernier présent c’est vous.
Sale temps pour les mouches, aurait dit Sartre. Ce JP me fout la nausée. Jean-Sol Pâtre, berger des âmes mortes. Volées à Gogol.
Nicolas Vassiliévitch Gogol (1809-1852) est un romancier, nouvelliste, dramaturge, poète et critique littéraire russe d’origine ukrainienne.
En quittant la Russie en 1836, Gogol emportait dans son maigre bagage, outre quelques habits, le manuscrit des Âmes mortes, qui deviendra son chef d’œuvre. (source)
Nicolas Mongolito : nom de fou pour un fou.
Des tours sur le mur d’incompréhension qui sépare les époques. Quarante tours érigées sur les murailles du temps. Je peux les voir de loin, ces tours sans créneaux, sans guetteurs, sans drapeaux. Ces tours sans histoire que je ne connais pas. Ces tours fragiles : ces tours de terre. Les murs de verre. La pantoufle de vair au pied de la princesse, au pied de la tour où guette le dragon.
Certains dragons ont l’air morts alors qu’en fait ils sont en état de profonde méditation.
Ce monde est factice : terrain de jeu, labo, test. Nous sommes de passage ici-bas.
Le printemps suivant, des hirondeaux minuscules sortent du nid, piaillant, insatiables.
Il suffisait d’ouvrir une petite porte de bois, un peu de travers, pour quitter la…
Il y a quatre écueils sur ton chemin de lumière, quatre ennemis que tu dois…
Enivrer-vous sans trêve. De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!